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Il n’aura fallu que quelques semaines de fronde pour que la réforme phare du Home Office perde l’essentiel de sa portée. Le 2 novembre, la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood a présenté aux Communes la version définitive de sa réforme du droit au séjour permanent. Le principal changement : environ 300 000 aides-soignants étrangers échappent au durcissement annoncé. Selon les propres chiffres de son ministère, cette exemption pourrait coûter 10 milliards de livres au contribuable britannique.
De 15 ans à 5 ans pour les aides-soignants
Le statut d’Indefinite Leave to Remain (ILR) permet de vivre, travailler et toucher les prestations sociales au Royaume-Uni sans limite de durée. Il ouvre aussi la voie à la nationalité 12 mois plus tard. Dans son projet initial, Shabana Mahmood voulait obliger les aides-soignants étrangers à attendre 15 ans avant d’y prétendre. Finalement, ceux qui respectent les conditions de leur visa et gagnent au moins 25 000 livres par an pourront l’obtenir au bout de 5 ans, comme aujourd’hui.
En mars pourtant, la ministre affirmait elle-même que maintenir ce délai de 5 ans ferait peser 10 milliards de livres sur les finances publiques. Le chiffre tient à plusieurs effets : davantage de prestations versées, moins d’impôts perçus, et des dépenses de santé et d’éducation en hausse. Le Home Office et son comité consultatif sur les migrations (MAC) estiment qu’un aide-soignant étranger, parmi les salariés les moins bien payés du pays, coûte en moyenne 36 000 livres au Trésor sur l’ensemble de sa vie. Le coût monte à 67 000 livres pour chaque personne à sa charge.
Rayner, les syndicats et 100 députés travaillistes
Ce recul est le fruit d’une offensive menée de l’intérieur du parti. Angela Rayner a jugé le premier projet « injuste » et contraire aux valeurs britanniques, et a pris la tête de la contestation au sein du gouvernement. Plus de 100 députés travaillistes et les grands syndicats ont menacé de voter contre. Selon le Telegraph, le Premier ministre Andy Burnham, qui a succédé à Keir Starmer à la tête du Labour cet été, a été directement associé aux arbitrages. Il avait déjà laissé entendre qu’il souhaitait épargner les aides-soignants, dans l’optique de son futur service national de soins.
Le syndicat Unison s’est félicité d’avoir mené la bataille, avec l’appui des travailleurs immigrés eux-mêmes. Sa secrétaire générale s’est réjouie que la ministre ait renoncé aux mesures les plus dures. À la gauche du parti, certains trouvent que le compte n’y est toujours pas. Diane Abbott dénonce le caractère rétroactif de certaines règles. Stella Creasy aurait voulu accélérer l’installation de 200 000 migrants supplémentaires, chercheurs et techniciens compris.
1,4 million de bénéficiaires de la « Boriswave »
L’enjeu est considérable. Après le Brexit et la pandémie, sous les gouvernements conservateurs de Boris Johnson puis de ses successeurs, 1,9 million de migrants sont arrivés outre-Manche. Les Britanniques appellent cette vague la « Boriswave ». Selon le Home Office, 1,4 million d’entre eux pourront tout de même obtenir l’ILR au bout de 5 ans.
Ce groupe comprend les médecins, infirmiers, enseignants et autres soignants, ainsi que les salariés gagnant plus de 50 271 livres par an. Il inclut aussi les Hongkongais réfugiés au Royaume-Uni et les réfugiés arrivés par les voies légales encadrées par le gouvernement. Les plus hauts revenus, au-delà de 125 141 livres par an, et les profils dits « talents mondiaux » pourront même s’installer au bout de 3 ans.
À l’inverse, environ 500 000 migrants verront leur attente s’allonger. Les travailleurs peu qualifiés, comme les bouchers ou les cuisiniers, devront patienter 10 ans. Ce sera aussi le cas d’environ 100 000 aides-soignants qui n’ont pas respecté les conditions de leur visa. Ces derniers se verront néanmoins offrir une « seconde chance » : ils pourront demander un nouveau visa de 5 ans, au terme duquel ils pourront s’installer. Les migrants arrivés illégalement par small boats devront attendre 30 ans, réduits à 20 s’ils travaillent ou étudient.
Des conditions d’accès durcies
Pour sauver la face, la ministre a relevé les exigences imposées à tous les candidats. Il faudra un casier judiciaire vierge, un niveau d’anglais nettement plus élevé, aucune dette envers l’État, et un revenu au moins égal au seuil de cotisation sociale (12 571 livres) pendant 5 des 7 dernières années. Jusqu’ici, seule une condamnation à 12 mois de prison avec sursis ou plus bloquait l’accès à l’ILR. Désormais, une simple amende, une mesure civile pour comportement antisocial ou une suspension de permis de niveau pénal suffiront. Une infraction aux règles d’immigration repoussera l’installation à 20 ans. Les bénéficiaires d’allocations devront justifier de 5 années consécutives sans en percevoir.
Devant les Communes, Shabana Mahmood a assuré que le séjour permanent, accordé jusqu’ici presque automatiquement, devait désormais se mériter. Les ministres affirment que le compromis permettra encore d’économiser des milliards. Leur argument : les 100 000 aides-soignants exclus de la procédure accélérée seraient les plus coûteux pour les finances publiques.
Philp et Farage dénoncent un renoncement
L’opposition n’y croit pas. Le ministre de l’Intérieur du cabinet fantôme, Chris Philp, a rappelé aux députés un document publié par le Home Office le 5 mars. Selon ce document, les seuls aides-soignants coûteraient 10 milliards de livres au contribuable, en raison de leurs bas salaires et du grand nombre de personnes à charge qu’ils ont fait venir. La ministre, a-t-il souligné, admet elle-même que nombre d’entre eux sont entrés de manière frauduleuse.
Dans une tribune publiée par le Telegraph, le député conservateur accuse Shabana Mahmood d’avoir capitulé devant l’aile « open borders » du Labour. Il estime qu’elle ne contrôle plus la politique migratoire depuis l’arrivée d’Andy Burnham, et juge sa position intenable. Il rappelle que le Home Office prévoit 1,9 million d’attributions d’ILR d’ici 2030. Il promet qu’un gouvernement conservateur retirerait le statut aux migrants récemment installés qui ne subviennent pas à leurs besoins. Il plafonnerait aussi les attributions et interdirait aux titulaires de l’ILR de toucher des prestations.
Nigel Farage a parlé d’un revirement majeur et très coûteux pour le pays. Le chef de Reform UK a énuméré l’enchaînement visa de travail, regroupement familial, séjour permanent automatique, puis nationalité un an plus tard. Il a conclu que le Royaume-Uni se montrait « exceptionnellement stupide » de faire cela depuis tant d’années.
L’opinion favorable au durcissement
Le gouvernement va à rebours de l’opinion. Selon un sondage YouGov, 47 % des Britanniques approuvent l’allongement du délai avant l’obtention de l’ILR, contre 35 % qui s’y opposent. 37 % souhaitent qu’il s’applique aussi aux migrants déjà présents, tandis que 43 % voudraient le limiter aux nouveaux arrivants.
Le Premier ministre ne semble pas pressé de fermer les vannes. La veille de l’annonce, sur ITV, Andy Burnham a estimé difficile de dire si l’immigration était trop forte ou trop faible lorsqu’elle est planifiée. Il a écarté l’idée d’un plafond pour l’immigration légale, au nom des pénuries de main-d’œuvre. Le solde migratoire est tombé à 171 000 personnes fin 2025, contre un pic de 944 000 en 2023. Le stock d’arrivants accumulé ces dernières années, lui, pourra s’installer définitivement.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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Une réponse à “Royaume-Uni : sous la pression de la gauche travailliste, Shabana Mahmood recule sur l’immigration”
Il est idiot de leur donner la nationalité GB.
On ne peut plus les virer