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Libération nous conte les vingt-quatre heures de terreur d’Emma, seize ans, fille de bourgeois du bas Montreuil. Son fait d’armes ? S’être écrit « ACAB » sur le ventre. Une garde à vue, une cellule inconfortable, des policiers qui ricanent, et voici notre Gavroche des beaux quartiers promue héroïne de la répression. Alexis Corbière vient même la visiter dans son cachot. Il ne manque plus que Victor Hugo pour immortaliser le martyre.
Notre jeune insurgée raconte son calvaire : la lumière restait allumée, le matelas était trop mince, les toilettes manquaient d’intimité et, comble de l’épouvante, les policiers portaient des armes. Heureusement, papa et maman montaient la garde devant le commissariat, tandis qu’un député venait s’enquérir du sort de la prisonnière. L’affaire a été classée sans suite. Emma, désormais auréolée de son premier séjour au poste, est retournée manifester. Une vocation révolutionnaire vient de naître.
Le détail le plus révélateur est ailleurs : ses parents travaillent dans la culture. Tout un monde ! Celui d’une bourgeoisie culturelle qui vit de subventions, tire ses ressources de la richesse produite par d’autres et consacre son activité à entretenir l’ordre moral issu de 1945.
Un ordre moral qui prétend émanciper les hommes tout en disqualifiant les héritages, les appartenances et les autorités traditionnelles. On ne sait rien des activités précises de ces parents, mais leur réaction est éloquente : leur fille proclame que tous les policiers sont des salauds, et ils se déclarent « fiers » de son éveil politique. Le père réserve même son indignation aux policiers.
Car « ACAB », rappelons-le, signifie « All Cops Are Bastards » : tous les policiers sont des salauds. Difficile d’imaginer slogan plus propre à déshumaniser ceux qui incarnent l’ordre public. Voilà ce que produit cette bourgeoisie qui enseigne la détestation de l’autorité tout en jouissant de la sécurité qu’elle lui procure. Elle applaudit la transgression chez ses enfants, puis crie à la persécution lorsque les institutions prennent leurs provocations au sérieux.
Ainsi naissent les révolutionnaires de salon : dans le confort matériel, l’indignation héréditaire et la certitude d’appartenir au camp du Bien. La révolte devient un rite de passage bourgeois, la garde à vue un brevet de vertu, et Libération se charge de rédiger la légende familiale. Emma peut poursuivre sa révolution. Papa et maman veillent, et le système qu’ils prétendent contester leur fournit jusqu’aux moyens de leur indignation.
Trystan Mordrel
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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