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Aux élections, seul le résultat compte. Pour être élu ou réélu, toutes les combinaisons sont possibles. On peut même changer de pied d’une élection à l’autre. Seule la victoire est jolie. Murielle Lepvraud en sait quelque chose.
Elue en 2022 en battant le député sortant Yannick Kerlogot (Ensemble-Renaissance) et réélue en 2024 en battant le candidat du RN Noël Lude, Murielle Lepvraud (LFI) peut se flatter d’être une acrobate de la politique. Dans le premier cas, elle bénéficie au second tour du renfort d’environ 3 000 électeurs du RN, ce qui lui permet de vaincre le macroniste (21 716 voix/18 939). Dans le second cas, elle l’emporte grâce au désistement du candidat macroniste (Cyril Jobic, maire de Calanhel). En 2022, dès le soir du premier tour, elle se met à geindre : « On savait que le scrutin serait serré. Je vois que la colère populaire s’est dirigée vers le Rassemblement national, donc j’espère que Cyril Jobic, le candidat terminant en troisième position, comprendra la nécessité de faire barrage au RN et se désistera au second tour. Je pense qu’il le fera. » (Le Télégramme, Guingamp, lundi 1er juillet 2024) On peut même dire qu’elle pleurniche : « Au vu de la situation, il est très important que M. Jobic se désiste pour un vrai front républicain. En 2017, Emmanuel Macron a été élu pour faire barrage. Le score du RN, ce soir, est inquiétant. Et j’ai la possibilité de gagner si M. Jobic se désiste. » (Ouest-France, Côtes-d’Armor, lundi 1er juillet 2024)
Jobic hésite d’abord et obéit ensuite
Cyril Jobic pourrait très bien tenir le même discours puisque seulement 271 voix le sépare de Murielle Lepvraud : 17 826 (31,03 %) pour l’insoumise et 17 555 voix (30,56 %) pour le macroniste, alors que Noël Lude (RN) fait la course en tête (19 700 voix, 34,30 %). Rien n’interdirait à Jobic d’estimer qu’il est plus “efficace“ que Lepvraud pour battre le RN. Pourquoi n’exigerait-il pas le désistement de la députée sortante ? D’autant plus qu’elle ne se gêne pas pour critiquer la macronie. Ainsi, au soir de son squccès de 2022, elle explique que sa victoire nette « montre bien la volonté d’en finir avec la politique de casse sociale de Macron. Les gens voulaient l’union de la gauche. » (Ouest-France, Côtes-d’Armor, lundi 20 juin 2022). Résumons : en 2022, elle dénonce la « casse sociale de Macron », en 2024, elle demande aux macronistes un « vrai front républicain ». Si bien qu’au soir du premier tour de 2024, Cyril Jobic ne se montre guère enthousiaste à la pensée de se désister pour Murielle Lepvraud : « On va se laisser le temps de la soirée pour analyser les choses et, dès demain, on apportera notre position pour le second tour. Ce serait un regret de ne laisser que le choix possible entre les extrêmes au second tour, si ça devait être le cas. » (Ouest-France, Côtes-d’Armor, lundi 1er juillet 2024) Mais, mercredi 3 juillet, le candidat de la majorité présidentielle se désiste au profit de Mme Lepvraud. Différentes explications sont possibles : des pressions venues d’en haut, des échanges de bons procédés (une circonscription contre une autre), du chantage aux subventions (il est maire)… On remarquera au passage que les électeurs de Calanhel n’ont pas suivi leur maire puisqu’à ce second tour, ils ont préféré Noël Lude à Murielle Lepvraud (110/73).
Les résultats des élections législatives de 2022 et 2024 montrent que le socle de Murielle Lepvraud est insuffisant ; elle a besoin d’un coup de main sérieux au second tour pour l’emporter – les électeurs du RN en 2022, ceux de Macron en 2024. Faute d’une clientèle électorale suffisamment étoffée, dans une triangulaire, elle serait éliminée. Cette fragilité la met en danger pour les prochaines élections législatives – après l’élection présidentielle de 2027. Elle pourrait être victime de la progression d’un Rassemblement national qui profiterait de la dynamique provoquée par l’éventuelle élection de Marine Le Pen. Et comme Mme Lepvraud n’a pas envie de retourner secrétaire dans un cabinet d’avocats à Guingamp… Il y a donc lieu d’améliorer popularité et notoriété en bénéficiant de celles d’une vedette médiatique.
Attention aux « bourreaux de la République »
Or, il se trouve que Bally Bagayoko (LFI), maire de Saint-Denis et ancien cadre de la RATP, effectue une tournée dénommée “Alliance des numéros 10“ ; « une initiative qui vise à trouver des “meneurs de jeu“ dans l ‘Hexagone, “des référents pour soutenir la campagne de Jean-Luc Mélenchon, a expliqué Bally Bagayoko. Il ne faut pas opposer ruralité et quartiers populaires. Ce sont des généreux, courageux et qui sont travailleurs. » (Erwan Chartier-Le Floch, Le Poher, 21 octobre 2026) Selon Bally Bagayoko, ruralité comme quartiers urbains périphériques sont aussi « les premiers remparts contre l’extrême droite. Ils ne sont pas condamnés à tomber entre les mains des bourreaux de la République, qui piétinent nos valeurs. » (Le Télégramme, Bretagne, lundi 19 octobre 2026) Au programme de ce dimanche pour l’invité de Murielle Lepvraud : une visite au vide-greniers de Bulat-Pestivien et une rencontre avec le conseil municipal de Trémargat. « Allez à Trémargat pour LFI, c’est un peu leur zone de confort. Il va leur falloir en sortir s’ils veulent vraiment rencontrer la ruralité parce que pour paraphraser Proust, c’est un peu la recherche des campagnes perdues pour LFI », commentait un élu du secteur (Le Poher, 21 octobre 2026) Question « meneur de jeu » à Guingamp, il faudra trouver quelqu’un de plus performant que Murielle Lepvraud pour faire entrer Jean-Luc Mélenchon à l’Elysée. D’autant plus que les sondages portant sur les intentions de vote pour l’élection présidentielle ne sont pas favorables à Méluche : 17 à 19 % au premier tour et 30 % au second (vendredi 23 octobre 2026, Toluna Harris interactive pour M6 et RTL).
Bernard Morvan
Photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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