Avec l’affaire Epstein, la débauche des puissants fait la Une. Entre les compromissions réelles ou supposées, les thèses jadis taxées de complotistes mais vérifiées, les fausses surenchères complotistes et les tentatives de minimiser le scandale, on en perd son latin. Parmi ces dernières, un argument refait souvent surface : les élites ont toujours été et seraient par nature dépravées sur le plan sexuel. C’est en partie vrai – car le pouvoir attire les individus corruptibles – mais cela manque de pertinence. Car, au-delà du scandale, ce qui compte, c’est la réaction adoptée par la société face à celui-ci.
Dans un éditorial au titre juteux : Sexe, pouvoir, réseaux secrets : quand la Rome antique vivait son « affaire Epstein », Le Point, voulant démontrer que la débauche sexuelle des puissants n’est pas une chose nouvelle, évoque l’affaire des bacchanales, « un réseau impliquant de puissants Romains se livrant à des abus sexuels sur des jeunes gens« . Dans son Histoire romaine, Tite-Live raconte que durant ces fêtes, la corruption sexuelle se mélange à la corruption financière :
« Quand le vin, la nuit, et le mélange d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux les avaient échauffés, alors s’éteignait tout sentiment de pudeur et commençaient des débauches en tout genre; chacun prenait son plaisir dans le domaine où il pouvait satisfaire ses caprices. Les rapports intimes entre hommes et femmes n’étaient pas le seul délit mais de la même officine venaient aussi des faux témoins, des fausses signatures et des faux testaments ainsi que de fausses informations, des empoisonnements et des meurtres dans des familles où l’on ne retrouvait même pas les corps pour les enterrer. Beaucoup de crimes furent commis par ruse; la plupart par violence. Le secret était bien gardé parce qu’on ne pouvait entendre les appels au secours de ceux qui étaient violés ou assassinés à cause du bruit des tambourins et des cymbales. » Tite-live, XXXIX, 8
Cependant, bien que cet épisode présente de nombreuses similitudes avec le vaste scandale pédocriminel et financier révélé par l’affaire Jeffrey Epstein, la réaction des institutions romaines a été très différente et mérite qu’on lui porte attention. Car la répression est alors terrible, implacable et immédiate.
En effet, dès que le Sénat entre en possession des résultats d’une enquête qu’il a lui-même commanditée, des mesures fermes seront prises : les bacchanales sont interdites dans toute l’Italie, les autels à Bacchus sont détruits et ses adeptes sont traqués et sévèrement réprimés dans toute la République. Plusieurs milliers de personnes compromises sont arrêtées et un grand nombre d’entre elles sont exécutées.
« ceux qui s’étaient souillés dans la débauche ou le meurtre, qui s’étaient corrompus en donnant de faux témoignages, en contrefaisant des testaments et par d’autres pratiques frauduleuses, ceux-là furent condamnés à mort. Il y eut plus de personnes exécutées que de personnes mises en prison. » Tite-live, XXIX, 18
Des plaques de bronze reportant le décret d’interdiction sont affichées dans de nombreuses villes : « si quelqu’un agit contrairement aux prescriptions ci-dessus, le Sénat a décidé que cela constituait un crime entraînant la peine de mort. » La célébration du culte bachique sera étroitement encadrée par le Sénat.
Aucune société n’est exempte de corruption et de perversion. Aucune civilisation n’est à l’abri de la décadence et de la dégénérescence. Mais c’est la réponse qui est mise en œuvre pour endiguer ces maux qui décidera de sa disparition ou au contraire de sa régénérescence.
Les décideurs romains le savaient. Et c’est parce que ces bacchanales menaçaient la Tradition romaine – l’ensemble de valeurs choisies comme fondement de la société romaine – qu’elles furent aussi sévèrement réprimées. Les décideurs romains le savaient : Rome était Rome, Rome traversait les siècles et dominait parce qu’elle respectait ces valeurs, regroupées dans le Mos Maiorum (1). Et c’est l’abandon de ces valeurs qui sera la cause principale de la chute de la civilisation romaine.
À bon entendeur.
Audrey D’Aguanno
(1) « Dans l’Antiquité, être un Romain ne se réduisait pas à détenir la citoyenneté de l’Urbe. Pour l’être vraiment, il fallait obéir au Mos maiorum, un ensemble de valeurs et de traditions qui constituaient le fondement de la civilisation romaine, son identité propre. En lui étant fidèle, on se reconnaissait comme membre d’un même peuple, le maillon d’une chaîne qui liait les générations, passées, présentes et à venir.
Ces valeurs étaient, entre autres : la virtus, c’est-à-dire la qualité propre du grand homme, du vir (force, courage, fermeté, cohérence dans l’action…). La dignitas, proche de ce qu’est notre honneur ; la fides, la loyauté ; la pietas, le respect des obligations et des devoirs qui nous lient aux autres (dieux, patrie, famille, amis) ; la gravitas, la grandeur d’âme figurée dans un comportement sévère. » Héros d’Europe, treize modèles d’hier pour aujourd’hui, Audrey Stéphanie et Louise Bernard, éditions Hétairie
Photo d’illustration : La jeunesse de Bacchus, peinture orgiaque de William Bouguereau (1884)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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