Présidentielle. Le vote des chasseurs existe-t-il encore ?

21/04/2017 – 07H30 Nantes (Breizh-info.com) – En 2012, il y avait 1.2 millions de chasseurs en France. Si leur nombre ne cesse de baisser et l’âge moyen de grandir, les chasseurs sont un électorat recherché… pour ne pas dire pourchassé, par les candidats aux élections, et notamment à la présidentielle. Si le parti qui prétend représenter les chasseurs, CPNT, marqué à droite, a choisi Fillon dès le second tour des primaires de la droite, il semble cependant que le vote des chasseurs n’existe plus en tant que tel. C’est du moins ce que nous disent les chasseurs que nous avons réussi à contacter.

« Je vais voter Front de gauche. Enfin Mélenchon », nous explique Michel, qui vote dans une commune du nord-est de la Loire-Atlantique. « J’ai toujours voté communiste, d’abord à l’usine, et maintenant que je suis en retraite, pas parce que je suis chasseur, mais parce que je suis d’abord un ouvrier et que je fais partie de la classe ouvrière ». Son copain Jean-Jacques (*) lui, va tourner casaque cette année. « J’ai souvent voté à gauche et presque toujours PC. Mais là ce sera Marine. La France a besoin qu’on y remette des frontières et de l’ordre, la classe ouvrière pâtit du bordel actuel. Les communistes ne le disent plus. Ils le disaient en 1981 pourtant, c’est Marchais qui a eu raison ». La part de la chasse dans son vote ? « Minime ».

Patrick refuse de dire pour qui il vote, puis explose : « le vote des chasseurs, c’est une vaste fumisterie ! Un truc de journaleux ou de politique. Pourquoi pas le vote des pêcheurs, des footballeurs ou des majorettes tant qu’on y est ? ». Thibaut, plus jeune, a passé le permis il y a quelques années. « J’ai toujours voté à droite, et je continue. Ce sera donc Fillon, pour l’enracinement, les valeurs. J’ai des copains de chasse qui votent Le Pen, Mélenchon, Lassalle ou pas du tout, et ça ne pose aucun souci, on en parle ouvertement. La chasse, c’est un loisir passé ensemble, pas une micro-société ou une nation ».

Pierre et Louis (*) sont Briérons. Cette année, « pour nous, c’est Le Pen. C’est le seul parti à parler des Chantiers, des travailleurs détachés – avant les briérons allaient travailler à Saint-Nazaire, maintenant ils importent des polonais et autres qui sont moins chers mais augmentent le chômage ici – du bazar dans le pays, etc. En 2012 et 2007 on avait voté tous deux Sarkozy, mais il nous a beaucoup déçus. On est allés la voir en meeting, elle a été top niveau ». Quelle importance a la chasse dans leur vote ? « Aucune. Nos copains, nos collègues votent presque tous Le Pen, qu’ils soient ou non chasseurs ».

Une constante peut-être tout de même… les écolos n’ont pas bonne presse. « Mettre les épluchures de pomme dans le tas de fumier, fermer l’eau quand on se brosse les dents, OK », acquiesce Patrick. « Mais interdire le nucléaire pour aller acheter du gaz en Algérie ou chauffer au charbon, interdire la chasse à courre, rendre le permis si difficile à passer qu’un jeune sur cinq roule sans, foutre une écotaxe pour plomber encore plus l’économie, c’est de l’écolo-connerie ». Pierre est plus radical : « ils veulent la dictature oui ! Quand tu n’es pas d’accord avec eux, t’es un pollueur fasciste, faut t’enfermer. A quand le goulag pour les chasseurs ? ». Brigitte (*), qui pratique la chasse à courre, en a « plus qu’assez de ces jeunes et moins jeunes cons qui veulent nous empêcher de pratiquer notre loisir et qui se jettent entre les chiens et le gibier. Est-ce qu’on les empêche de fumer du chichon ou de manger leur quinoa ? ».

On a peut-être trouvé l’impossible, la perle rare. L’écolo qui chasse. Jérome (*) participe aux manifs de Nantes Révoltée, ne votera pas et fera son troisième tour social dans la rue. « Les élections c’est de la fumisterie. On s’en fout, nous on veut prendre le pouvoir dans la rue et les virer tous, ils sont tous responsables de l’effondrement de la France et de l’absence d’avenir pour nous les jeunes ». Opposé à « l’aéroport de Notre-Dame des Landes, le barrage de Sivens, le nucléaire et l’enterrement des déchets nucléaires à Bure », il chasse néanmoins, « et pas seulement par tradition familiale – c’est mon oncle qui m’a appris, il a chassé pendant près de quarante ans ».

Pour Jérôme, « être chasseur, c’est être écolo. Les écolos-bourges qui mangent du quinoa, fument du shit coupé au lait en poudre pour faire jeune et moderne, vont voter Hamon ou Macron et qui ont des dreads, ils sont gentils, mais cons. L’écologie, ça ne se fait pas depuis ton studio au quatrième droite. Être sur le terrain, agrainer, faire des comptages, développer des espèces sur un territoire, établir un plan de chasse, réguler les nuisibles pour éviter qu’il y ait trop de dégâts sur les cultures, faire de la formation, ça c’est de l’écologie. L’action de chasse, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg : nous sommes en quelque sorte les jardiniers de la nature ».

(*) les noms ont été changés

Louis-Benoît Greffe

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