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02/04/2016 – 08h00 Belfast (Breizh-info.com) – Ce fût un gros week-end de Pâques 2016, à Belfast, comme dans toute l’Irlande. Et cela surtout en raison des grandes commémorations de l’insurrection de Pâques 1916. A Belfast, de nombreuses marches et parades étaient organisées, côté nationaliste et catholique comme côté loyaliste et protestant d’ailleurs.  Une commission des parades est d’ailleurs chargée, toute l’année, de contrôler, de valider, d’informer sur les parades, pour qu’elles se déroulent dans les meilleures conditions et sans risques de heurts entre communautés.

Le dimanche 27 mars 2016, c’est à Falls Road, bastion nationaliste catholique, que nous avons assisté à un grand défilé en hommage aux soldats de l’Irlande libre. Des milliers de personnes s’étaient massées, malgré les nombreuses averses du dimanche, tout au long des kilomètres qui mènent de Divis Tower (proximité du centre-ville « neutre » de Belfast) à Milltown Cemetery, le cimetière de Belfast où – entre de nombreuses tombes et croix celtiques totalement laissées à l’abandon pour certaines – l’on retrouve notamment le « carré de l’IRA », l’armée républicaine irlandaise.

Tout au long du parcours, des familles de soldats de l’IRA, portant fièrement les cadres familiaux, ou tantôt des victimes des paramilitaires loyalistes, ont défilé. Elles furent suivies de nombreux groupes, de jeunes et de moins jeunes, parfois en uniformes d’époque (début 20ème siècle), parfois en tenue de football gaélique. Une grosse délégation américaine était présente, ainsi que des groupes venus d’autres nations Celtes, mais aussi du Pays Basque.

Après deux heures de défilé au total – dans un esprit toutefois moins solennel et plus festif que les parades orangistes – une cérémonie a eu lieu à Milltown en présence de Gerry Adams, président du Sinn Fein , qui a notamment déclaré : « Nous sommes fiers d’être ici aujourd’hui pour honorer la mémoire de ces Irlandais sous équipés militairement qui ont tenu tête au plus grand empire que le monde ait jamais connu.».

Aussi vite qu’ils étaient arrivés pour suivre le défilé, les badauds sont ensuite rentrés pour la plupart dans les quartiers d’habitation, ou au pub ; à noter que pour le dimanche de Pâques, les pubs fermaient à 22h au lieu de 23h habituellement (une heure de moins également le samedi soir), et qu’ils n’avaient pas eu l’autorisation d’ouvrir le dimanche matin, avant le défilé (sans doute par crainte d’incidents autour d’une population trop fortement alcoolisée dès le matin). Les murs de séparation entre quartiers catholiques et protestants ont été fermés. Nos journalistes ont d’ailleurs été chaleureusement invités par une famille à rentrer dans une maison qui jouxte le mur, seule vue d’un jardin qui ne peut pas voir le soleil …

Il est à noter que plus les années passent, plus les « murals », ces fresques rendant hommage aux combattants , d’un côté comme de l’autre, évoluent. Ainsi, à l’occasion du centenaire, une fresque orangiste représentant le fondateur de l’UVF (Ulster Volonteer Force) a été érigée dans Falls Road, ce qui a provoqué sa dégradation, deux fois en une semaine.  Cette fresque, fait partie d’une longue série nommée « international wall » sur laquelle on trouve pèle-mèle des hommages à Nelson Mandela, au Che Guevara, au PKK Kurde, ou encore …aux réfugiés (en Gaélique et en arabe notamment) …

L’influence de la gauche et notamment du Sinn Fein se retrouve partout dans les quartiers catholiques, avec de nombreux messages, ici pour le droit des LGBT, là pour l’immigration, ou encore contre le fascisme . Les références à l’Irlande et au combat nationaliste se font désormais plus rares, le sociétal l’ayant semble-t-il emporté. « Ces gens ont combattu, comme nous, pour leur liberté. Tous les combattants de la liberté sont les bienvenues en Irlande » nous explique un participant au défilé nationaliste.  « Ils sont imprégnés et gangrénés par le marxisme culturel » nous confiera plus tard Jim, un loyaliste d’East Belfast . « Les nationalistes irlandais de gauche détestent leurs voisins qui vivent depuis des siècles à 150 m d’eux, mais par contre réclament encore et toujours plus d’immigration, c’est totalement incohérent » s’exclame Denis, jeune supporter des Glasgow Rangers rencontré dans Sandy Row, bastion loyaliste.

Un bastion loyaliste qui change lui aussi de visage, signe d’une évolution des mentalités : il y a encore moins de dix années, une grande fresque « you are now entering in loyalist sandy row, heartland of south belfast freedom fighters », sur laquelle on apercevait un homme cagoulé et en armes et la main rouge de l’Ulster, était érigée à l’entrée du quartier. Elle a été remplacée par un « collage » en hommage au roi William III, nettement plus « politiquement correct ».

Prochaines grandes parades commémoratives : le samedi 24 avril avec encore les commémorations de Pâques 1916 organisées par « North Belfast 1916 Easter Rising Centenary Committee ». Une parade qui suscite déjà des tensions, puisque les manifestants veulent partir de Barack Street, en centre-ville, et que les loyalistes ont déjà annoncé leur intention d’empêcher et de protester contre ce qu’ils estiment être une provocation.

Crédit photos : Breizh-info.com
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