20/11/2017 – 06h45 Nantes (Breizh-info.com) – A. est un ancien patron de boîte de nuit. Après avoir vendu son affaire il y a deux ans, il est en train de constituer le tour de table pour en racheter une autre, à l’autre bout de la France. Serveur, puis videur, puis patron de boîte, il a toujours travaillé dans le milieu de la nuit, un monde parallèle qui n’a cessé d’alimenter les fantasmes et les légendes urbaines. Il se livre à quelques confidences sur son métier et son environnement professionnel. Accrochez-vous.

Breizh Info : A, comment êtes vous devenu patron d’une boîte de nuit ?

A : J’ai toujours été dans ce milieu. J’ai commencé comme serveur, puis au vu de ma carrure – je faisais des sports de combats – j’ai été embauché comme videur. Au fil des années je gagnais de mieux en mieux ma vie : je n’avais pas de casier, je virais les emmerdeurs sans les casser, j’avais une présence, disons, tranquillisante. Bref, j’ai accumulé des sous et les bons contacts. J’ai fini par racheter une boîte de nuit en province.

Breizh Info : Pourquoi pas à Paris ou sur la Méditerranée ?

A : Il y a des régions où avoir une boîte de nuit, c’est bosser avec la mafia et souvent finir dans de sales histoires. En région parisienne il y a la mafia des quartiers, dans le Languedoc ce sont les Gitans, en Provence la Camorra. Si tu refuses de leur filer une part du chiffre d’affaire ils ne te laisseront pas travailler. Mieux vaut s’écarter et aller en province, il y a moins d’argent à se faire, mais on reste clean.

Breizh Info : Il y a tout de même de la racaille en province ?

A : Oui, mais il suffit d’avoir les bons contacts. Par exemple il y a les tire-caisse, des mecs qui viennent te voir en costard et qui te proposent leur protection, ça coûte gros. Du genre 10.000 voire 20.000 euros à chaque fois qu’ils passent. Sinon ta boîte crame ou tu as des soucis. Il y a des équipes que tu paies, ils viennent en costard aussi et qui causent dans leur langue. S’ils ne comprennent pas ou veulent régler ça en se battant, ils peuvent aussi mettre les poings sur les i.

Breizh Info : Il y a tout de même pas mal d’argent à gagner ?

A : Oui. A chaque soirée je faisais de 60.000 à 100.000 euros tous frais payés.

Breizh Info : Dans ces conditions, comment faire pour couler une boîte ?

A : Il faut être fort. Ou honnête. Si on déclare tout, c’est intenable. Après, c’est facile de faire du black, faut gérer et être intelligent. Même avec des doseurs électroniques et des caisses enregistreuses, c’est possible. Suffit d’avoir des bouteilles en-dessous du bar. Ou on se fixe un « quota », une sorte de moyenne, et quand on l’a atteint, tout le reste c’est du black. Ce n’est pas à 2h30 du matin que tu vas avoir un contrôle fiscal.

Breizh Info : Est-ce qu’il vous est arrivé d’avoir des problèmes plus sérieux qu’une équipe de tire-caisses ou les loubards du coin ?

A : Oui. Et souvent ça vient de concurrents. Les grandes heures c’est fini [la France comptait en 2014 2000 boîtes de nuit contre 4000 en 1980, et 800 ont fermé de 2008 à 2010, Ndlr], en province, lorsqu’une boîte marche bien, elle attire des gens qui viennent d’autres villes et ça fait du mal aux établissements qui y sont. Moi j’ai eu le problème. Et dans ce cas là, ils ne s’attaquent pas seulement à ta boîte, c’est toi qu’on veut obliger à fermer. C’est no limit, ils peuvent s’attaquer à ta maison, ta famille, tes enfants… J’en dirai pas plus.

Breizh Info : Il y a un énorme ras-le-bol en ce moment parmi les fêtards nantais à cause de l’insécurité récurrente au Hangar à Bananes, les agressions toutes les nuits etc. Vous qui êtes dans ce milieu, qu’en pensez-vous ?

A : Je ne suis pas nantais, j’ai connu beaucoup de villes et je ne suis peut-être pas au courant de tout, mais je viens régulièrement à Nantes depuis plusieurs années, et ça se dégrade de plus en plus. Ce laisser-aller général, ça me paraît dingue. La justice ne fout rien, on laisse les gens vendre leur dope, se droguer, se bourrer et mettre la merde en centre-ville. Il faudrait tout au moins dégager la gauche qui est à la mairie et obliger la justice à faire son boulot.

Breizh Info : Quant aux établissements de nuit sur l’île de Nantes, qu’en pensez-vous ?

A : La gestion est naze. L’emplacement du Hangar à Bananes est dangereux, il y a pas mal de morts noyés en Loire, ce n’est quand même pas dur de mettre un grillage ! Après, il y a beaucoup d’insécurité, et le fait que la ville a des intérêts dans le Hangar à Bananes ne me paraît pas sain non plus. Ces établissements n’ont pas une bonne image, et je ne reprendrai pas une boîte de nuit à cet endroit.

Propos recueillis par Louis-Benoit Greffe

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