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A chaque jour de grand vent, la fin du marché de la Petite Hollande est l’occasion d’un festin pour les mouettes et d’une grande pollution du centre de Nantes : les sacs plastiques, les cartons, les boîtes en polystyrène laissés sur le marché en vrac s’envolent dans le centre-ville de Nantes, jusqu’à la place du Commerce, s’accrochent aux arbres et dans les plantations autour du square Daviais. Mais cette vision indigne de la « capitale verte de l’Europe 2013 » appartiendra peut-être bientôt au passé. Des changements sont annoncés à partir de mi-avril et témoignent de la volonté de la mairie de Nantes de reprendre (enfin) la main sur le marché de la Petite-Hollande.

La Petite-Hollande, zone de non-droit tolérée jusque là par la mairie de Nantes
Jusqu’alors, « nous faisons le travail deux fois », nous expliquent les agents du nettoyage. « D’abord nous nettoyons la place du marché, puis ensuite ses abords jusqu’à la place du Commerce ». Normalement, les marchés ne doivent pas être implantés dans l’axe des vents dominants. Mais celui-ci est historique. Cependant, l’arrêté relatif au règlement des marchés de plein air de Nantes (page 5) est très clair : « Des dispositifs sont mis sur les marchés pour recueillir les déchets, en conséquence les commerçants doivent tenir leur place dans le plus grand état de propreté. Il leur est interdit de déposer ou d’abandonner dans les allées ou sous leur étalages des débris et papiers de toutes sortes, sous peine de mise en demeure, puis verbalisation ».
Cependant il se trouve que comme pour bien d’autres choses (fils qui courent dans les allées, denrées en réserve de vente posées par terre, viande vendue sans vitrine ni réfrigération, mendicité agressive, les règles ne sont pas respectées à la Petite Hollande où règne en outre une forte insécurité tant pour les clients que les commerçants. « Bref, il y a deux lois. Une qui est respectée tant bien que mal sur tous les autres marchés et une pour la Petite Hollande », explique un commerçant. Où en fait de marché, c’est le souk, et jusque là la mairie préférait regarder ailleurs, « pour maintenir la paix sociale », résume crûment un agent de la Ville.

« La Petite-Hollande, c’est la déchetterie de tout ce qui n’a pas été vendu dans la semaine à Nantes »
Très fréquenté, le marché a une clientèle très populaire et cosmopolite – c’est aussi un des rares marchés de l’agglomération où l’on trouve des étals d’objets religieux, notamment des Corans, produits halals, voiles etc. vendus plus ou moins pêle-mêle.
Mais ce ne sont pas nécessairement ces bancs qui posent le plus de problèmes. « Le vrai problème, ce sont les légumiers du bas du marché qui récupèrent les invendus du MIN et font le tri ici en abandonnant tout ce qui est pourri », nous explique un agent de nettoyage. « Le MIN a pourtant ses structures pour trier les déchets, ces vendeurs – principalement d’origine nord-africaine – ont été prévenus à plusieurs reprises, mais là il y en a vraiment assez. Ils laissent des quantités de déchets et la Petite-Hollande, c’est en fait la déchetterie de tout ce qui n’a pas été vendu dans la semaine à Nantes ».
A cela s’ajoutent les cartons abandonnés dans le grand secteur textile du marché – qui est depuis quelques mois un peu plus nettement séparé du secteur alimentaire, même s’il déborde toujours des limites du marché dans les accès des secours et vers la station de tramway. Et les contenants en polystyrène des poissonniers, qui font le bonheur des mouettes et du vent – très légers, ils s’envolent facilement et peuvent non moins rapidement atterrir au fond du square Daviais ou près de la place du Commerce.

Les commerçants obligés de faire le tri des déchets, sous peine d’amende
Mais à partir de mi-avril, promis-juré, ça va changer. « Il y a un grand projet en cours pour remettre de l’ordre sur ce marché », nous explique encore un agent de la ville. « Il a pris du retard, mais la mairie a choisi les associations, il n’y a plus qu’à démarrer ». Lesdites associations récupéreront les invendus – une pratique qui existe déjà, mais de manière informelle.
Un des collectifs proche de l’extrême-gauche qui rayonne à partir de B17, un « lieu autogéré » situé dans une arrière-cour du 17, rue Bellamy, organise chaque premier samedi du mois une collecte des invendus, suivie de leur préparation, sous le nom Food not Bombs. A Talensac, le dimanche notamment, c’est une dizaine de personnes, jeunes et moins jeunes, qui récupèrent les caisses d’invendus et se les partagent, sous le porche de la salle Paul Fort – c’est à dire juste derrière les bancs des vendeurs de primeurs.
Outre la récupération alimentaire, l’accent sera mis sur la propreté. « Les commerçants seront obligés de faire le tri, ceux qui ne comprendront pas auront des amendes », poursuit l’agent. La Ville serait disposée à sévir, « ceux qui n’auront pas compris après une amende se verront expulser de ce marché et de tous les autres marchés nantais ». D’autant que la situation sanitaire semble aussi avoir été prise en compte : « il y aura des contrôles sanitaires sur ce marché au printemps ».
Reste à savoir si la chasse au travail dissimulé se fera aussi : « il y a quelques années, il y avait eu un contrôle URSSAF sur le marché de la Petite Hollande, nombre de bancs étaient vides. Les vendeurs s’étaient taillés dès qu’ils avaient vu les contrôleurs », ricane encore un commerçant nantais. Cela dit, «il n’y a pas eu d’autre conséquence et l’URSSAF, comme la DSV, ont préféré oublier certains bancs sur ce marché ». Reste à savoir combien de temps tiendra la volonté de la municipalité (PS) de faire (enfin) appliquer le droit à la Petite-Hollande.
Louis Moulin
Crédit photo : Breizh-info.com
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