Arkéa – CMB. J.P. Denis a bien mérité la Légion d’honneur et son salaire

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Pour 2017, le résultat d’exploitation d’Arkéa (CMB + Crédit mutuel du massif central + Crédit mutuel du Sud-Ouest) atteint les 610 millions d’euros, contre 466 pour l’exercice précédent (Ouest-France, vendredi 2 mars 2018). Ces bons résultats renforcent Jean-Pierre Denis, président d’Arkéa et du CMB, et Ronan Le Moal, directeur général d’Arkéa, dans leur volonté de divorcer de la Confédération nationale du Crédit mutuel. « La seule solution crédible, c’est la séparation. Nos performances ne doivent rien à la Confédération », insistent-ils (Ouest-France, id).

Reste à organiser la manœuvre de sécession. Dans une page intitulée « La liberté avant tout » et publiée dans Le Télégramme et Ouest-France (mardi 13 février 2018), les deux dirigeants indiquent que « d’ici quelques semaines, il appartiendra aux administrateurs des caisses locales de nos trois fédérations, et à eux seuls, de décider de l’avenir du groupe Arkéa ».

Le « et à eux seuls » laisse perplexe. Ne serait-ce pas plutôt aux sociétaires (porteurs de parts) des caisses locales réunis en assemblée générale – organe souverain dans le système mutualiste – de décider si Arkéa et le CMB restent dans la Confédération ou bien s’en vont ? Dans leur page de publicité, Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal ont raison de rappeler que le groupe Arkéa est « mutualiste et coopératif par conviction » (sic). Encore faudrait-il s’en souvenir lorsqu’il s’agit de prendre une décision stratégique et ne pas oublier dans quelles conditions historiques les caisses de crédit mutuel on vu le jour en Bretagne. A une époque où  le président du conseil d’administration de la caisse était le patron. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui puisque tout a été fait pour que le pouvoir soit exercé par le directeur (ou la directrice) – le président se contentant de compter les points après avoir été « recruté » à cet effet.

On raconte que Jean-Pierre Denis a mis son mandat dans la balance. En cas d’échec dans ce divorce annoncé, il démissionnerait. Une annonce imprudente car retrouver ailleurs un job présentant les mêmes avantages semble difficile. D’abord le président du conseil d’administration du CMB bénéficie d’une indépendance totale : dans la pratique, il n’a de comptes à rendre à personne ; ce qui n’est pas le cas du PDG de BNP Paribas confronté à des administrateurs qui représentent de solides intérêts économiques et financiers. Un exemple : dans la même période, Arkéa trouvait le moyen d’acheter le courtier et banquier en ligne belge Keytrade (Les Échos, mardi 8 décembre 2015), tandis que la direction générale fermait des agences rurales au prétexte qu’il fallait réaliser des économies ! Bien entendu, les sociétaires réunis en assemblée générale ne furent jamais consultés sur ces deux opérations ; on les mit devant le fait accompli.

Mais il y aurait plus grave pour Jean-Pierre Denis, chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur depuis mars 2016 : le salaire. De ce côté-là, le président Denis serait perdant s’il quittait la maison. « En 2015, Jean-Pierre Denis, le président de la banque mutualiste de l’ouest de la France et du Massif central, et Ronan Le Moal, son directeur général, avaient provoqué un tollé en obtenant une augmentation de leur rémunération d’un peu plus de 30%. En 2016, malgré les excellents résultats de leur entreprise, ils n’ont été récompensés que par une hausse de 1,55%.

Les deux banquiers ne sont pas à plaindre : en huit ans, leurs émoluments ont quadruplé ! Au titre de 2016, Jean-Pierre Denis recevra 1 599 931 euros, tandis que Ronan Le Moal aura 1 284 960 euros. Un niveau de rémunération élevé pour une banque de 9 000 salariés.

Le 7 avril (2017), le conseil d’administration d’Arkéa a approuvé à l’unanimité le versement envisagé pour les numéros 1 et 2 de la banque, avec un critère pour le moins surprenant : 12% de leur rémunération variable sont indexés sur « l’émancipation et la totale indépendance » de la banque envers la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM). » (Le Canard enchaîné, 12 avril 2017).

En neuf ans, la rémunération de Jean-Pierre Denis  a été « multipliée par quatre, pour atteindre 1,6 millions d’euros en 2016. Un record pour un groupe bancaire régional, qui dépasse largement les 720 000 euros perçus par Nicolas Théry, le patron du groupe Crédit mutuel, ou le 1,2 millions d’euros attribués à François Pérol, à la tête de BPCE (Banque populaire Caisse d’épargne) » (Le Monde, mardi 20 février 2018).

Conclusion : au vu de ces données, l’action de Jean-Pierre Denis n’apparaît pas désintéressée. C’est du mutualisme juteux ! Pourquoi les émoluments des dirigeants du CMB ne sont-ils pas présentés lors des assemblées générales ? A coup sûr, les sociétaires seraient fiers d’avoir des « patrons » aussi grassement payés ; ils seraient même capables de voter une augmentation.

Aujourd’hui, le choix est clair pour Jean-Pierre Denis : « La centralisation ou l’indépendance » (Ouest-France, 20-21 janvier 2018). Être soutenu par les patrons bretons, c’est mieux que rien, mais cela ne procure pas la force de frappe qui serait apportée si le président Denis pouvait compter sur le soutien franc et massif de la masse des sociétaires ; le CNCM serait contraint de mettre les pouces. Avoir été secrétaire général adjoint  de la présidence de la République sous Jacques Chirac, avec Dominique de Villepin comme secrétaire général, n’a pas doté Jean-Pierre Denis d’un solide sens politique. Éliminer les sociétaires de la gouvernance du CMB c’est pratique puisque le président a les mains libres, mais le jour où la mobilisation des sociétaires serait utile, le président Denis se retrouve bien seul.

B. Morvan

Crédit photo : Cremeto/Wikimedia(cc)
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