Le terroir et le pet de lapin

La précédente chronique sur le numéro 58 de la revue « Gallia » a évoqué mon grand-père Wisigoth qui ne se dissimulait pas derrière un jargon diplomatique. Mon grand-père était, par ailleurs, favorable à l’apprentissage du latin et du grec, et s’il tenait ces propos, c’était pour nous stimuler, lui qui était né en 1865, avant les coups de canons prussiens « du côté de Durtal » et le camp de Conlie de sinistre mémoire (ça faisait du 70 an en 1935 – et il vécut 99 an ! ). Certains se sont permis d’extrapoler et de livrer puants les propos d’un rédacteur bourguignon de « la Vie du Rail » qui, naguère, fit les bonnes soirées du sieur Pivot.

Cette incongruité m’a remis en mémoire, en passant, les propos dudit Pivot lors de l’installation de la chaîne culturelle ARTE en 1992. Il lui reprochait d’être franco-allemande. Son compère Cavanna, ex-STO, évoquait un bruit de bottes… Bref, ces deux concessionnaires de la télé et de l’édition mainstream se sont très bien remis de ces « impairs », en les oubliant pour toujours. L’honneur n’a pas de prix.

Désormais largement octogénaire, je ne crains plus qu’une chose : que le ciel me dégringole sur la tête. C’est-ce qui s’est produit la semaine dernière avec, sur ma colline, 50 centimètres d’eau dans ma cave où, par fainéantise, je laissais pourrir de vieux effets (qui ont produit un camion de déchets). 50 cm x 30 m2, ça fait 15 m3 qui ont été dispersés, dans la rue et les égouts, par les bomberos le soir venu. Mais je m’égare. Et merci pour votre attention.

Le rédacteur bourguignon de « la Vie du Rail » aurait désormais du souci à se faire (Dieu ait son âme ! ). Au lieu d’écouter de quel côté le vent porte ses pets, il lui faudrait admettre que sa Bourgogne – la même que celle de mon bon maître Raymond Dumay – file un très mauvais coton. Un ex-sorbonnard, géographe de son état civil, a récemment porté un coup terrible à l’article de foi ancestral du Grand Duché de Bourgogne établi par les Valois depuis le XIVe siècle : un cépage, un vin, au gré des aléas des saisons. Agissant pour les pinardiers internationaux (qui n’hésitent pas à « déguster en recrachant ! » cinquante vins à la file) il a proclamé urbi et orbi que la notion de terroir est une vue de l’esprit, que les climats des Côte de Nuits et Côte de Beaune sont des inventions de « pères moutardes » en mal de notoriété. Accueilli en héros par certains négociants modernes (qui jadis encore « élevaient » leurs vinasses au sang de bœuf et autres onguents régénérateurs), il travaille à la transformation d’un grand vignoble en annexe du mondial wine où le « goût du client » ordonne ! Le vin d’assemblage contre le vin monocépagique ! Tsss… Allez savoir pourquoi, dans mon entourage – mis à part les vins de Lalou Bize-Leroy et de quelques rares survivants du monocépage (à tester avec modération) -, nous nous tournons, en cette période de réchauffement climatique, vers les vins d’un « tout nouveau pays » : le Languedoc et le Narbonnais (redevenus vrais, même assemblés – ils annoncent le terroir sur les étiquettes des flacons ! ). En Bordelais, désormais, nous allons chercher sur la rive gauche de la Dordogne où, par force, le cépage merlot fait la loi.

« Comprenne qui pourra », disait Pompidou…

MORASSE.

Crédit photo : Arnaud 25/Wikipedia (cc)
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