Notre-Dame-des-Landes. Des zadistes radicaux reviennent sur la ZAD et barrent la RD281

Presque un mois après un barrage sur la RD81, vite défait par les gendarmes, des zadistes radicaux ont remis ça de façon plus nette. Ils ont construit le 10 août deux baraques en planches à l’est de la RD281, ex-route des chicanes (les Ardilières – la Pâquelais) puis enflammé une barricade une fois les constructions démontées par les forces de l’ordre. La route est restée fermée jusque samedi 11 à 16 heures.

Rappelons que la réouverture de la RD281 et le dégagement des cabanes et chicanes qui l’obstruaient avait été décidé par la majorité des ex-opposants à l’aéroport sous la pression des riverains mais contesté par les « irréductibles » proches de l’extrême-gauche anarchiste-autonome qui refusaient mordicus toute concession à l’État. En toile de fond la lutte entre deux aspirations contraires : le maintien d’une zone « contre l’aéroport et son monde », hors système et en guerre contre lui, ou la « normalisation » et le retour dans l’état de droit suite à l’abandon dudit aéroport.

L’intervention du 10 août pour détruire les deux cabanes s’est déroulée avec des drones. Les zadistes signalent que « les gens qui ont réceptionné l’un des drones, même s’ils sont cagoulés/gants coqués/tonfa et à bord de (2) voitures aux plaques [d’] immatriculation et logo masquées de scotch,  ressemblent plus à des sociétés de vigiles privées qu’à des keufs officiels ». Les deux cabanes ont été détruites, et une barricade mise en place par les zadistes dans la nuit et enflammée. La route – qui sort de rénovation – a été détériorée une fois de plus.

La réapparition des zadistes radicaux inquiète les habitants du coin

La réapparition des zadistes radicaux – qui s’étaient quelque peu fait oublier après les tensions de ce printemps – inquiète les habitants du coin, ainsi que ceux des ex-zadistes qui ont déposé des « fiches » pour des projets nominatifs agricoles, solidaires ou associatifs auprès des services de l’État. Ils se sont notamment engagés à ne pas apporter leur soutien matériel ou passif à des activités ou des menées illégales, donc à ne pas (ou plus) soutenir les « irréductibles » ou à leur laisser l’accès à leurs bâtiments, outils et installations.

« Heureusement que les gendarmes sont là, car les zadistes qui ne respectent rien et se croient à la guerre commencent vraiment à nous énerver », commente sobrement un paysan installé de longue date aux abords de la ZAD. « L’aéroport c’est fini, ils nous ont bien assez fait ch*** comme ça [lire notre enquête sur les avanies subies par les paysans, en deux parties] maintenant faut qu’ils comprennent qu’ils doivent dégager ou respecter les gens et l’État. On n’a aucune leçon à recevoir de fils de bourges qui haïssent ce qu’ils sont et les autres par la même occasion ».

Un nouveau collectif, les « radis-co »

Les « irréductibles » de leur côté se sont structurés en un nouveau collectif, les « radis-co » installé à la ferme – toujours squattée – de la Grée, au centre de très bonnes terres agricoles. Dans leur manifeste ce collectif se définit « contre l’autorité et toutes les formes de dominations, contre l’économie et ses logiques d’exploitation » et réunit les « personnes ne se reconnaissant pas dans la « stratégie administrative », c’est-à-dire ceux qui n’ont pas déposé de projets nominatifs ni négocié leur régularisation avec l’État.

Parmi leurs objectifs déclarés, « favoriser les squats, les réquisitions de lieux vides, l’occupation des lieux de pouvoirs et des projets inutiles ; remise en cause de l’appropriation des terres », ou encore « prôner l’anarchisme pour des bases sociales communes, considérantes, incluantes et égalitaires (sic) ». Tout un programme qui laisse entrevoir de nouvelles tentatives de reconstruire des squats sur la ZAD, notamment à l’est.

D’autres objectifs vont être plus difficiles à tenir : « imaginer d’autres moyens d’organisation pour prendre des décisions collectives que les réunions ou assemblées ; pas de hiérarchie, pas de paternalisme, pas d’élitisme ; s’opposer aux pratiques autoritaires, notamment dans nos espaces de lutte et les visibiliser » comme en témoigne un ex-zadiste : « s’il y a des groupes constitués parmi ceux qui ont choisi de négocier et de se régulariser [le POMPS, pas ouvert mais pas secret, le CMDO, comité de maintien des occupations et le CHIPS pour les plus connus], des petits chefs et des pratiques qu’on peut qualifier comme autoritaires, eux ils disent laver plus blanc que blanc et être les vrais anars, mais c’est pareil. Y en a qui décident dans leur coin et d’autres qui suivent, malheur à eux s’ils n’obéissent pas ».

Parmi les précédents connus, « des mecs tabassés et abandonnés aux abords de la ZAD. Y en a eu tant de la part du CMDO que des autres, c’est du pareil au même », continue notre ex-zadiste qui trouve que « l’aventure collective a été complètement pourrie par les enjeux de pouvoir. Finalement la victoire, c’est la pire chose qui nous est arrivée ».

La fin de la ZAD de Notre-Dame des Landes et des zadistes s’annonce palpitante…

Louis Moulin

Crédit photo : Breizh-info.com
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