Ces derniers jours, la presse locale mainstream se fait le relais de l’opération de communication du ministère de la Justice autour des dix ans de l’établissement pour mineurs (EPM) d’Orvault.

« Salle de classe entourée de murs », « mettre le paquet sur la rééducation et la réinsertion », lutte contre la récidive, bibliothèque etc. Une com’ qui fait oublier l’essentiel : cet établissement très coûteux en personnel et en moyens a raté en très grande partie son objectif premier  : lutter contre la récidive des jeunes délinquants.

Prévu à l’origine pour 60 jeunes détenus, l’établissement n’a jamais pu en accueillir plus de 45 sans qu’il ne devienne une poudrière : agressions de surveillants à répétition, avec ou sans armes et même émeutes comme en 2015 ou feux de cellule. Actuellement, il y a 30 pensionnaires et une unité de six places supplémentaires est censée ouvrir en 2019.

200 personnes interviennent pour une trentaine de jeunes

Il est aussi gourmand en personnel. 200 personnes dont 84 surveillants et une trentaine d’éducateurs y travaillent ou interviennent pour, rappelons-le, 25 à 40 jeunes.

C’est que l’éventail des activités est diversifié : outre les cours, salle de muscu, terrain de foot, bibliothèque, jardin, danse contemporaine, karaté, ateliers de cuisine ou de musique… « Bref, c’est un camp de vacances aux frais du contribuable », commente un surveillant de l’EPM, « et le vrai défouloir, ce n’est pas le foot ou la muscu, c’est nous ». 

La lutte contre la récidive : un raté si retentissant que le ministère de la Justice fait profil bas

En plus, le principal objectif – mettre en place des conditions de confort optimales pour lutter contre la récidive – ne semble pas atteint. Si la protection judiciaire de la jeunesse avoue « de 12 à 15% » de récidive, ce chiffre est en réalité beaucoup plus fort. « Quand on ne les revoit plus, c’est qu’ils sont devenus majeurs », explique William Cozic, délégué FO-Pénitentiaire à Nantes. « Ou alors ils ont eu une grosse peine et ne récidiveront plus avant leur majorité ».

Le syndicaliste relève aussi que « si la lutte contre la récidive était aussi bonne, Taubira puis maintenant Belloubet s’en seraient glorifiées dans des communiqués. Or le ministère de la Justice est très discret sur le sujet, donc ça ne doit pas être si bon ». Même si la récidive est difficilement quantifiable, « en moyenne, sur une trentaine de détenus, il y en a cinq ou six que l’on connaît déjà et qui ont déjà été au moins une fois à l’EPM ».

Cependant, le ministère a les moyens de brouiller les statistiques : « s’ils sont envoyés dans un autre EPM ou dans un quartier mineur de maison d’arrêt, ça ne compte pas dans les statistiques de la récidive ». Et idem s’ils recommencent une fois devenus majeurs, « et ils sont nombreux ».

Un tiers des détenus sont des vrais ou faux « mineurs isolés étrangers »

Actuellement, sur 30 détenus, 9 sont des « mineurs isolés étrangers ». Vrai ou faux, bonne question : des agents pénitentiaires nous avaient expliqué lors du mouvement de janvier dernier qu’ils ont eu des « mineurs étrangers isolés » sortis majeurs et revenus comme mineurs. « Avec une fausse attestation, bien souvent, la justice ne cherche pas à aller plus loin », relève, amer, un surveillant. Et dans le doute… le prévenu passe comme mineur. « On a des soi-disant mineurs qui ont des traits d’hommes de 25 ans, mais comme ils nous arrivent comme mineurs, il faut qu’on les mette avec de vrais mineurs qui sont alors en danger », nous disaient alors des agents.

Du reste, bien souvent majeurs – la France n’est pas la seule à connaître ce problème – les « mineurs isolés étrangers » ne sont souvent pas isolés non plus. C’est en véritables bandes organisées, souvent sur un ressort communautaire, qu’ils pillent Nantes et d’autres villes, en Bretagne comme ailleurs, s’adonnant à la délinquance de rue (vols à l’arraché, avec violence, à la tire, extorsions, vols de caisses…) et au deal.

Dix ans après son ouverture, l’EPM d’Orvault est loin d’être une réussite. Au contraire, il offre un exemple éclatant des imperfections et des limites du système pénitentiaire français : des prisons qui ne font plus peur qu’aux honnêtes gens, des centaines d’étrangers qui ne viennent en France que pour s’adonner à la délinquance – 14.964 purgent actuellement une peine, dont de nombreux marocains, algériens, tunisiens et roumains parmi eux – une justice des mineurs dépassée et incapable de prendre en compte les soi-disant « mineurs isolés étrangers », des peines qui ne font pas sens et des lois inapplicables et d’ailleurs mal appliquées. Bref, pas de quoi pavoiser, vraiment.

Louis-Benoît Greffe

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