Le conflit nord-irlandais appartient officiellement au passé depuis les accords du Vendredi saint de 1998. Officiellement seulement. Car à Craigavon, dans le comté d’Armagh, les vieux réflexes paramilitaires refont surface — et cette fois, les cibles désignées ne sont autres qu’une douzaine d’adolescents, dont plusieurs seraient mineurs.
Une rixe brutale filmée devant le Tullygally Tavern
Les faits remontent au lundi de Pâques. Une vidéo circulant depuis sur les réseaux sociaux montre une scène particulièrement violente devant le Tullygally Tavern, pub du quartier de Tullygally à Craigavon. Une vingtaine de jeunes y affrontent un groupe d’hommes plus âgés sortis de l’établissement.
Sur les images, l’un des hommes, apparemment équipé d’un bâton, tente de frapper un des jeunes avant d’être rapidement mis à terre. Plusieurs membres du groupe adolescent se jettent alors sur lui, le rouent de coups de pied et de poing sous les acclamations de certains témoins. D’autres bagarres éclatent simultanément autour d’eux. On entend distinctement, dans la bande-son, des cris de détresse émanant de jeunes filles suppliant que l’attaque cesse, alors que la meute se concentre en particulier sur un homme âgé.
Un « dernier avertissement » signé du « mouvement républicain »
Dans les jours qui ont suivi la diffusion de la vidéo, une publication autrement plus glaçante est apparue en ligne. Signée par un groupe se présentant simplement comme le « mouvement républicain », elle s’affiche sur un fond orné d’un fusil d’assaut — symbolique sans ambiguïté.
Le message dresse une liste de douze noms de jeunes accusés d’être impliqués dans des comportements antisociaux à répétition dans les secteurs de Lurgan et Craigavon, culminant selon les auteurs avec « une attaque violente et non provoquée contre un membre âgé de la communauté à Tullygally ». Le texte conclut par un ultimatum à peine voilé : il s’agit du « DERNIER avertissement » adressé à ces « voyous », sommés de changer de comportement sous peine que ce dernier soit « changé pour eux ». « Pas de seconde chance », conclut la publication.
La presse locale, dont l’Irish News, a choisi de ne pas publier les noms pour des raisons légales évidentes — les jeunes visés étant pour certains mineurs, et la menace constituant en soi un délit.
L’inquiétude monte dans les quartiers concernés. Plusieurs incidents auraient émaillé la période des vacances scolaires de Pâques, et la crainte d’une spirale de violence — avec potentiellement des blessés graves — est désormais palpable.
Le conseiller Sinn Féin Jude Mallon, cité par l’Irish News, a qualifié la vidéo initiale de « très préoccupante et totalement inacceptable », précisant que les personnes agressées sont « bien connues et respectées dans la zone ». L’élu a indiqué qu’il transmettrait avec ses collègues les informations dont il disposait à la police (PSNI), et a appelé les témoins à ne pas diffuser les images sur les réseaux sociaux mais à les communiquer directement aux autorités.
La police… pas encore saisie
Fait déroutant, dix jours après les faits, la PSNI (Police Service of Northern Ireland) indiquait n’avoir reçu aucun signalement ni aucune plainte officielle concernant l’incident du lundi de Pâques. Un porte-parole a confirmé que les officiers étaient « au courant de ces affaires » mais dans l’attente d’éléments concrets, invitant toute personne disposant d’informations à contacter le commissariat de Lurgan.
Le retour des démons
Derrière cette affaire locale se profile une réalité qui hante l’Irlande du Nord depuis des décennies : celle d’une justice parallèle exercée par des groupes armés se réclamant de la cause républicaine (ou loyaliste, selon les quartiers), et qui continuent, en marge des institutions, à « rendre la justice » dans leurs propres fiefs. Les « punishment beatings » (passages à tabac punitifs) et les listes noires publiées publiquement sont une vieille tradition de ces milieux, héritée des années sombres des Troubles.
Que des groupes paramilitaires puissent, en 2026, publier une liste nominative de douze jeunes accompagnée d’une menace explicite illustrée d’un fusil d’assaut en dit long sur la persistance de structures armées que les institutions nord-irlandaises peinent à faire disparaître. Le tout dans un contexte communautaire où la parole de la « rue » pèse encore bien lourd face à celle de la police.
L’affaire de Craigavon n’est, hélas, peut-être qu’un symptôme de plus d’un pays qui n’en a toujours pas fini avec ses vieux démons.
Photo ; DR
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3 réponses à “Irlande du Nord : les paramilitaires républicains menacent une douzaine d’adolescents après une rixe sauvage devant un pub”
Cela risque d’être plus efficace que la voie officielle qui comme chez nous protège les agresseurs
Ils ont raison car leur justice est aussi pourrie que la notre !On ne donne pas l’origine de ces pauvres mineurs …..non plus
Je crains que les mauvaises manières des mafias italo-irlandaises ne perdurent! Pauvre Irlande trahie pas sa noblesse complètement dégénérée qui a trahi l’Irlande 4 siècles plus tard elle ne s’en remet pas! A l’intention des personnes cultivées qui connaissent un peu l’Histoire de l’Irlande.