Cocaïne, cannabis, protoxyde d’azote : une enquête de la BBC révèle l’ampleur des ventes illicites dans les commerces de proximité britanniques

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Une enquête au long cours menée par la chaîne publique britannique BBC, diffusée cette semaine, documente avec une précision accablante l’emprise prise par des réseaux criminels organisés sur une partie des supérettes et commerces de proximité au Royaume-Uni. À l’aide d’équipes d’enquêteurs infiltrés et de caméras cachées, les journalistes Ed Thomas, Patrick Clahane et Rebecca Wearn se sont procurés, en quelques minutes et par-dessus le comptoir, de la cocaïne, du cannabis, des médicaments sur ordonnance et du protoxyde d’azote dans plusieurs établissements des Midlands de l’Ouest.

Une « rue sans loi » à Cradley Heath

Point de départ de l’enquête : Cradley Heath, petite ville du Black Country dans les Midlands. Une source anonyme au sein des forces de l’ordre avait signalé à la BBC que sur à peine trois cents mètres de rue principale, les réseaux de trafiquants opéraient en toute liberté — une rue décrite comme « sans loi » par cet informateur.

Les journalistes s’y sont rendus. Dans un commerce baptisé Cradley Market, un homme se présentant sous le prénom d’Akwa propose d’emblée à l’enquêteur infiltré la liste de ses produits : « J’ai de l’herbe, de la coke, tout ce que tu veux, je peux te régler ça. » Il a fallu, selon le reportage, quelques secondes seulement pour qu’un premier gramme de cannabis (3,5 g pour 30 livres) change de main dans l’arrière-boutique. Quelques heures plus tard, un gramme de cocaïne, facturé 95 livres, était livré sur place après un simple appel téléphonique. L’homme a également proposé, photos à l’appui depuis son téléphone, des médicaments sur ordonnance, dont de la prégabaline — un antiépileptique et anxiolytique dont le détournement a été associé à une forte augmentation des décès outre-Manche.

Confronté par la BBC, l’intéressé a nié les faits. La municipalité de Sandwell, sollicitée, a indiqué travailler avec la police pour lutter contre ces trafics.

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Dudley : « C’est la pire situation depuis vingt ans »

L’enquête se poursuit quelques kilomètres plus loin, dans la commune voisine de Dudley. Kuldeep Maan, responsable local du Trading Standards — l’équivalent britannique d’une brigade de contrôle de la consommation et de la répression des fraudes —, livre aux journalistes un constat sans détour : la vente dans les commerces de proximité de drogues illégales, de cigarettes de contrebande et de vapes non réglementées n’a jamais été aussi importante depuis vingt ans. Trente-neuf commerces ont été fermés en douze mois dans sa circonscription, mais chaque descente met également au jour cannabis, cocaïne, protoxyde d’azote et médicaments sous ordonnance contrefaits.

Dans les quartiers commerçants de Lye et Brierley Hill, les enquêteurs de la BBC observent la présence de guetteurs à l’extérieur des commerces, chargés de repérer d’éventuelles interventions policières. L’équipe de journalistes est elle-même prise en photo par des employés de ces magasins. Dans quatre établissements de Lye, du protoxyde d’azote et des cigarettes illégales leur sont proposés. Dans un commerce de Brierley Hill, des vapes au cannabis étiquetées à 20 livres l’unité sont exposées ; dans un autre, les enquêteurs sont dirigés vers un appartement situé au-dessus du magasin, où le cannabis est vendu par un couple. La confrontation prévue avec les vendeurs a dû être abandonnée à la vue de deux chiens de type pitbull sans laisse.

Du gaz hilarant vendu à des enfants

Kuldeep Maan alerte par ailleurs sur un phénomène préoccupant : les signalements de vente de protoxyde d’azote à des mineurs se multiplient dans le secteur. Classé comme drogue de catégorie C au Royaume-Uni, ce gaz — légal pour certains usages professionnels mais dont la possession ou la fourniture à des fins récréatives est illégale — peut provoquer des lésions cérébrales durables en cas d’inhalation répétée. Il est particulièrement prisé des jeunes, qui l’inhalent généralement à l’aide de ballons.

Dans un commerce du centre-ville de Dudley appelé Dawood Grocery, le journaliste infiltré se voit remettre un sac de ballons et recevoir la consigne d’attendre à un coin de rue voisin. Quelques minutes plus tard, un homme cagoulé arrive, encaisse 25 livres et lui remet une bonbonne de protoxyde d’azote sans un mot. L’opération est répétée une seconde fois. Un commerçant du voisinage, refusant d’être identifié, confirme avoir vu régulièrement des personnes inhaler le gaz après l’avoir acheté dans cette boutique. L’établissement nie l’ensemble des faits rapportés par la BBC.

Des commerçants honnêtes sous pression

L’enquête donne également la parole à des commerçants victimes collatérales de cette emprise criminelle. Marius Boros, un Roumain installé à Dudley depuis treize ans et gérant d’une épicerie sur la grande rue, résume sobrement la situation : « Les gens ont peur de venir ici. Il y a beaucoup de bagarres, de couteaux, d’armes à feu. » Les supérettes pratiquant des prix cassés grâce à la vente de produits illicites ruinent, selon lui, les commerces respectueux de la loi. Il se dit aujourd’hui au bord de la faillite.

Diane Shawe, qui exploite un salon de coiffure dans le même secteur, dont la clientèle comprend notamment des patients atteints de cancer ou d’alopécie, affirme avoir vu ses vitrines brisées à quatre reprises en pleine nuit. Les images de vidéosurveillance montrent des hommes encagoulés lançant des briques contre ses fenêtres peu après leur remplacement. Après l’un de ces épisodes, deux hommes sont entrés dans son commerce pour l’intimider et lui demander si elle était « prête à vendre ». Ils voulaient y installer un salon de barbier.

Le cas des Midlands, loin d’être isolé, s’inscrit dans une dynamique plus large. En analysant de manière systématique les dépêches locales publiées ces derniers mois, la BBC a recensé plus de soixante-dix boutiques et locaux associés où drogues illégales — y compris méthamphétamine et héroïne — avaient été découvertes, de Bideford dans le Devon à Great Yarmouth dans le Norfolk, en passant par Belfast. La National Crime Agency et le Chartered Trading Standards Institute confirment que des groupes criminels organisés ont pris pied dans ces commerces de proximité à l’échelle nationale.

Un appel à l’action politique

Liam Byrne, député travailliste président de la commission des Affaires et du Commerce à la Chambre des communes, a réagi aux révélations de la BBC. « L’ampleur est effrayante, la facilité l’est tout autant », a-t-il déclaré, appelant son propre gouvernement à agir en urgence : renforcement des moyens dédiés aux contrôles, durcissement des sanctions, adoption d’une politique de tolérance zéro vis-à-vis du crime organisé qui, selon ses mots, « fait désormais des affaires sous nos yeux ».

Le Chartered Trading Standards Institute plaide notamment pour un allongement des durées de fermeture administrative — aujourd’hui limitées à trois mois en vertu de la législation sur les comportements antisociaux — à douze mois, avec possibilité de fermeture définitive pour les récidivistes. Les officiers du Trading Standards rapportent en effet que, passée la période de fermeture légale, les mêmes réseaux rouvrent très souvent dans un local voisin, sous une autre enseigne.

Le Home Office a répondu à la BBC en assurant que le gouvernement travaille avec la police, la National Crime Agency et les Trading Standards pour « prendre les mesures les plus fermes possibles contre ces activités commerciales criminelles ». Les polices locales, dont celle des Midlands de l’Ouest, indiquent pour leur part intervenir systématiquement en coordination avec leurs partenaires sur signalement.

Un miroir pour la France ?

Si l’enquête porte sur le Royaume-Uni, elle ne manquera pas de faire écho à une réalité française bien connue, notamment dans certaines zones urbaines où la superposition entre commerces de proximité, économie parallèle et trafics en tous genres est également documentée depuis plusieurs années. Le rapport britannique apporte toutefois une dimension supplémentaire à cette problématique : celle de la substitution progressive des commerces traditionnels par des boutiques directement contrôlées ou instrumentalisées par des réseaux criminels, jusqu’à redéfinir l’économie réelle de certains quartiers.

Le reportage complet de la BBC est disponible ici

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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