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La dernière boutade de « notre bien-aimé président » a fait mouche. Il a réduit les opposants descendus dans la rue à l’état de « Jojos au gilet jaune ». A voir certains meneurs, on serait tenté de dire : il n’a pas tort. Les médias ont montré en boucle une brochette d’égarés, olibrius, bas du plafond, complotistes, sous-marins, illuminé(e)s… Un vrai bonheur. La meilleure façon de discréditer cette explosion sociale égale à celle de 1968 et en fait plus grave encore.
Mais « notre bien-aimé président » devrait savoir qu’il ne faut jamais insulter l’avenir. De toute explosion politique et sociale jaillissent des femmes et des hommes inconnus jusque-là. Les exemples sont légion. En 1793, les grands terroristes, Danton, Robespierre, Saint-Just, Couthon, Carrier… En face, les chefs vendéens, inconnus au bataillon eux aussi, Cathelineau, Stofflet, Charette, Bonchamps… En 1870, durant la Commune, Louise Michel et Louis Rossel… Sous l’occupation, Jean Moulin, Brossolette, Estienne d’Orves…
Personne n’attendait Napoléon Bonaparte
Attardons-nous maintenant sur le cas de Napoléon Bonaparte. En voilà un que personne n’attendait. Oublions les auteurs napoléonâtres du genre André Castelot ou Laurent Deutsch et considérons ses débuts dans la vie. Un vrai « Napo en gilet noir ».
A 9 ans, il entre au collège d’Autun et trois mois plus tard à l’École militaire de Brienne. Des résultats scolaires juste suffisants pour intégrer l’École militaire de Paris. Il a 15 ans, chétif, le teint olivâtre, renfermé. Il sort de l’École militaire, 45° sur 58 promus. En garnison à Valence, il vit les souffrances du jeune Werther, songe au suicide. Un temps à Paris, il vit dans un meublé minable, ne voit personne sauf les filles du Palais-royal. En 1789, il se tient à l’écart des premiers troubles dans l’armée. Il ne songe qu’à une chose, retrouver la Corse. Il y restera jusqu’en mai 1792 où il commande un bataillon de volontaires. Cette promotion déplaît, c’est la vendetta, il manque d’être tué.
A l’été 1792, il est à Paris. Le 10 août, il assiste, au balcon, à l’attaque des Tuileries et ne bouge pas. Il préfère rentrer en Corse et s’implique dans les luttes claniques. Proscrit, avec toute sa famille, il s’établit à Marseille. La République à court d’officiers d’artillerie lui confie la reprise de Toulon sur les Anglais. Chose faite, le 18 décembre 1793.
La suite n’a rien de bien saisissant. Il s’est lié avec Augustin Robespierre, le frère cadet de l’Incorruptible. Il s’affiche ultra-jacobin mais retourne sa veste – pardon, son gilet – après le 9 Thermidor. Il lui faudra du temps pour retrouver un commandement et qu’enfin on lui confie une armée à la hauteur de ses talents. La suite est connue… Il sera durant deux décennies le conquérant le plus redoutable depuis Alexandre le grand.
Alors, de grâce, Monsieur le Président, n’insultez pas l’avenir. Des gilets jaunes pourrait sortir un autre « Napo au gilet noir ».
Jean HEURTIN
Photo : «Bonaparte au pont d’Arcole», peinture d’Antoine-Jean Gros (1796).© DR
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Une réponse à “Des Gilets jaunes sortira-t-il un « Napo au gilet noir » ? (L’Agora)”
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