Comment résoudre la quadrature ? Chez les anglo-saxons, le chiffre du mois précède celui du jour, et la date du 14 mars s’écrit 3,14. Pour les mathématiciens locaux, c’est le Pi-day, « le jour du nombre pi ». 3,1415926535 etc. est un nombre à la fois irrationnel et transcendant. Voilà qui, à Londres, qualifie fort bien l’équation politique qui monte à l’horizon des députés des Communes.

Mardi 12, ils avaient repoussé pour la seconde fois l’accord de sortie de l’UE, négocié dix-sept mois durant par leur Premier ministre Theresa May. Mercredi 13, ils ont refusé l’application d’un Brexit dur, sans accord. Et jeudi 14, ils ont néanmoins demandé aux chefs d’États de l’UE, qui seront réunis en sommet les 21 et 22 mars prochains, de bien vouloir reporter au 30 juin la date du Brexit prévu à échéance du 29 mars. Le plupart seraient, pour des motifs strictement diplomatiques, prêts à accorder un tel délai de grâce. Il leur faudrait néanmoins obtenir une unanimité des 27. Autour d’une simple question : trois mois de rabiot, pour faire quoi ?

Si rien ne vient compéter la demande de prorogation, elle sera refusée. Comment la compléter, pour qu’elle ait quelque chance d’être acceptée ? Mrs May doit faire revoter les Chambres, avant le 20 mars, sur son Brexit négocié, et déjà refusé par deux fois aux Communes, en janvier et en mars. Si elle n’y parvient pas en début de semaine prochaine, il y aurait – ce que peu de députés souhaitent – un Brexit dur, sans accord politique, douanier ou commercial, à échéance du 29 mars. Un scénario qui laisserait en suspens le statut de l’Irlande, menacée de retrouver une frontière physique entre l’Ulster (Belfast) et la République d’Irlande (Dublin). Et déclencherait probablement de mémorables batailles navales entre les pêcheurs bretons ou espagnols et leurs homologues britanniques, du fait de l’imprécision de leurs zones de chalutage respectives.

Pas de nouveau référendum

Pour être certains de n’être pas doublés par les va-t’en-paix, les députés ont voté hier contre deux amendements proposant d’organiser une nouvelle consultation générale à propos du divorce du Royaume d’avec l’UE. En début de semaine prochaine, il ne restera donc que deux hypothèses raisonnablement ouvertes à la décision souveraine des Chambres : soit une acceptation de l’accord négocié par Mrs May, soit une sécession brutale dès le 30 mars à 0 h. Les conservateurs sont encore très divisés sur cette question. Il se pourrait néanmoins que Mrs May, à force de renvoyer les têtes politiques se heurter au même mur (son accord, ou rien), obtienne un vote majoritaire.

Il n’y aurait, à cette alternative, qu’une seule échappatoire : annuler par un vote la demande de séparation présentée à Bruxelles le 29 mars 2017, voilà très exactement deux ans, et rester dans l’UE. Est-ce vraisemblable ? Un nombre tel que π est dit transcendant quand il n’est la solution d’aucun polynôme à facteurs entiers. Mais il n’est pas sûr que les députés des Communes soient à ce point instruits de mathématiques élémentaires qu’ils puissent trouver, dans une telle définition, des repères propres à éclairer leurs indécisions.

Jean-François Gautier

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