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En Macronie, il est des crimes qui sont pris au sérieux. Pas tous certes, mais ceux qui touchent à des sujets sensibles sont pris très au sérieux. Pour peu que ledit vol ait eu lieu en mairie, et pour peu qu’il s’agisse du portrait d’Emmanuel Macron, notre cher président de la République, alors là, le sujet devient hautement sensible. Jugez-en.
Depuis février 2019, les Gilets jaunes ne se contentent plus d’aller battre le pavé des centres-ville le samedi après-midi. Certains ont décidé de frapper dur au cœur du système – notamment des militants de l’association Action non-violente COP21 (mouvement citoyen créé en 2016 pour relever le défi climatique).
Ils se sont immiscés dans le saint des saints de la République pour bafouer directement l’autorité du seigneur tout-puissant : comprendre, ils sont entrés dans des mairies, et ont dérobé la frimousse souriante et bordée de bleu-blanc-rouge de ce cher Président. Si, si. Et hop, parti sous le coude le joli cadre. Pourtant, on pourrait croire que le nouveau gouvernement avait anticipé la manœuvre et cherché à décourager d’éventuels voleurs : à la suite de l’élection présidentielle de 2017, le portrait officiel d’Emmanuel Macron envoyé dans les communes était plus grand que celui de ses prédécesseurs, ce qui avait suscité à l’époque une certaine polémique. Il faut croire que ces Gilets jaunes de haut vol n’ont pas peur de s’encombrer un peu, et ne se sont pas découragés pour autant.
La police sur les dents
En Macronie, ces voleurs sont coupables de crime de lèse-majesté. Autant dire que la riposte se doit d’être exemplaire. Tout le monde sur le pont. Et tout le monde, ça commence surtout par le service central de renseignement criminel (SCRC) et le bureau de la lutte anti-terroriste (BLAT) de la gendarmerie nationale. Car l’affaire est grave, on vous dit. On ne badine pas avec les sujets sérieux. Les terroristes sont dans la place, ils sont aux portes des mairies (enfin dedans…) Il faut agir ! Donc la gendarmerie sort l’artillerie lourde : rapport hebdomadaire du SCRC, passage au peigne fin de tous les comptes rendus de police judiciaire concernant des vols, histoire de voir si les mots « portrait Président » ou « ANV COP 21 » sont mentionnés et révèleraient un nouvel acte terroriste…
En Macronie, les impôts sont utilisés à bon escient pour que les citoyens puissent fermer les yeux tranquillement et dormir sur leurs deux oreilles : la lutte anti-terroriste est un sujet pris très au sérieux.
(D’ailleurs, le gouvernement a mis un point d’honneur à faciliter la tâche à quelques citoyens en gilet jaune : quand il s’agit de fermer les yeux, la moitié du travail est faite quand un œil est déjà crevé par un tir de flash-ball…)
Crédit photo : DR
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