Avec le lancement de LREM aux élections législatives de juin 2017, on a vu apparaître de nouvelles têtes ; ce fut le cas de Mustapha Laabid à Rennes. Mais son bonheur fut de courte durée car il avait des casseroles…

Il devrait s’en sortir

Avec d’habiles avocats et une bonne utilisation de la procédure, Mustapha Laabid (LREM), député de Rennes-Bruz, devrait s’en sortir. Certes, le tribunal correctionnel de Rennes l’a condamné à « trois ans d’inéligibilité, six mois de prison avec sursis, mais aussi 10 000 euros d’amende pour détournement de fonds publics ». Le procureur, mettant en avant des « manquements réitérés particulièrement nombreux », avait requis l’inéligibilité pendant cinq ans  et six mois d’emprisonnement avec sursis. Président du collectif rennais Intermed, jusqu’à son élection en juin 2017, Mustpha Laabid a été jugé pour avoir utilisé l’argent de l’association à des fins personnelles, pour un montant total de 21 545  euros, dont 15 000 euros de frais de bouche (…). Pour le ministère public, l’élu avait contracté ces dépenses « en connaissance de cause et jusqu’en décembre 2017, alors que député, il avait connaissance des lois de la République » (Ouest-France, mercredi 7 août 2019).

En application de l’adage populaire « c’est que la place doit être bonne », Mustapha Laabid n’a ni envie de retourner s’occuper de ses anciens clients (« jeunes en difficulté »), ni envie de retourner chez lui au Maroc. Car il possède de bonnes cartes dans son jeu. D’abord rien n’oblige le député à démissionner puisque la peine d’inéligibilité n’est pas assortie d’une mesure exécutoire. Ensuite son avocat a fait appel, d’où deux avantages : la décision est mise au frigo et tant que la cour d’appel n’a pas statué, M. Laabid demeure député. Et comme la justice brille par sa lenteur, il faut compter trois ans minimum ; ce qui nous amène après l’élection législative de juin 2022. Donc l’intéressé pourra terminer tranquillement sa carrière de député !

Une affaire gênante pour LREM

Cette affaire va gêner – un peu – Florian Bachelier (LREM), député de Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande et premier questeur de l’Assemblée nationale, et Carole Gandon (LREM), candidate à la mairie de Rennes, qui avaient apporté leur soutien au prévenu lors de sa comparution en juin. Plus malins, les autres députés « marcheurs » de l’agglomération rennaise (Laurence Maillart-Méhaignerie et François André) brillaient par leur absence. Elle est déjà loin l’époque où le candidat Emmanuel Macron, désireux de moraliser la vie politique, écrivait : « Ce qui importe, c’est de vérifier, en transparence, la probité et l’intégrité de celle ou de celui qui est nommé ministre. C’est pourquoi il faudrait subordonner l’accès aux fonctions ministérielles à l’absence d’inscription au casier judiciaire B, comme c’est déjà le cas pour la fonction publique. Et c’est d’ailleurs ce que nous avons fait pour les postes à responsabilité au sein d’En Marche ! » (Révolution – Réconcilier la France, XO Éditions). Dans son programme (« retrouver notre esprit de conquête pour bâtir une France nouvelle »), il proposait l’adoption d’« une grande loi de moralisation de la vie publique » qui comprendrait « l’interdiction pour tous les détenteurs d’un casier judiciaire (niveau B2) de se présenter à une élection » (page 27). Voilà deux textes qui pourraient concerner M. Laabid, que ce soit pour « les postes à responsabilités » ou bien « l’interdiction de se présenter à une élection ».

Deux responsables rennais d’Europe écologie-Les Verts, Lucie Koch Schlund « et Émilie Roch soulignent que « cette condamnation » reste « sans effet. Dans un souci de moralisation de la vie politique, EELV Rennes appelle les responsables de La République en marche (LREM) à tenir leur engagement de campagne, à savoir que tout candidat aux élections a un casier judiciaire vierge » (Ouest-France, Rennes, 10-11 août 2019). En présentant les choses ainsi, les deux militantes écolos risquent de se voir reprocher de tomber dans la discrimination et de s’acharner sur M. Laabid parce qu’il est marocain.

Qui a dénoncé M. Laabid ?

Reste la question centrale : qui a dénoncé l’intéressé au procureur et à la Police judiciaire ? Des membres de son association Intermed ?  Des « amis » de LREM ? Des « copains » de la communauté marocaine ? Officiellement on aurait affaire à un signalement de Tracfin…

Intermed, collectif dédié à l’insertion professionnelle et par le football n’avait plus d’activité après septembre 2016. Et plus de salariés à partir d’octobre 2016. Il reçoit un total de 96 000 euros de subventions, sur deux ans et demi (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, mardi 4 juin 2019). De l’argent bien employé puisque la carte bancaire de l’association servait, en particulier, à régler des notes d’hôtel 4/5 étoiles à Marrakech…

Bernard Morvan

Crédit photo : Circo3501/Wikimedia (cc)
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