« À qui profite le crime ? », demande Mustapha Laabid. Qui l’a dénoncé à Tracfin ? À coup sûr, une carrière politique brisée.

Il est habituel qu’un condamné se pose en victime. Mustapha Laabid (LREM), député de Rennes – Bruz, n’échappe pas à la règle. Condamné par le tribunal correctionnel de Rennes à trois ans d’inéligibilité, six mois de prison avec sursis, mais aussi 10 000 euros d’amende pour détournement de fonds publics, notre homme pleurniche. Il se dit victime d’une cabale. « Avec l’étiquette LREM, j’ai remporté les élections législatives sur une circonscription imprenable appartenant au PS depuis 36 ans. Je n’étais pas dupe de ce que peut produire le pire de la politique et je savais que l’amertume de certains était grande au regard de la violence et de la haine que j’ai pu entrevoir pendant la campagne » (Le Télégramme, Bretagne, jeudi 22 août 2019).

Une victoire due au dégagisme

La vérité oblige à souligner que la victoire de Laabid dans cette circonscription n’est pas le fait de Mustapha mais celui du dégagisme, tornade qui a balayé les positions socialistes dans l’agglomération rennaise  – comme à nantes. Si le candidat LREM s’était appelé Le Gall ou Tartempion, il aurait été élu de la même manière. Mais la tambouille des marcheurs voulait qu’un candidat de la « diversité » fût désigné à Rennes…

Savoir qui se trouve à l’origine de la dénonciation à Tracfin taraude Laabid : « Je ne saurai jamais d’où vient cette dénonciation. » Pourtant, il dénonce  « les petits soldats de la maire [qui] se régalent et rongent cet os de la supposée non – probité d’un élu de la Nation de surcroît d’origine supposée étrangère et de religion maléfique. » (Le Télégramme, Bretagne, jeudi 22 août 2019).

Une élection qui passe mal chez les socialistes

On conçoit volontiers que les socialistes rennais n’aient pas digéré le ralliement de Laabid aux marcheurs. En effet, pour devenir directeur régional de la Fondation agir contre l’exclusion et président du collectif Intermed dans le quartier « sensible » du Blosne, à Rennes, il fallait évoluer dans les eaux du PS et de l’hôtel de ville (Nathalie Appéré). À coup sûr, Laabid appartenait au « système » qui tient la ville de Rennes. Mais il a trouvé que la soupe était meilleure chez les marcheurs ! Et puis LREM offrait à un immigré marocain la possibilité de devenir député, chose qu’il n’aurait pas trouvée au PS où toutes les places étaient prises.

Il n’y a pas que dans l’entourage du maire de Rennes que l’on trouve des gens qui critiquent Laabid. C’est aussi le cas dans les milieux associatifs. Ainsi André Métayer, président des Amitiés kurdes de Bretagne, écrit au député : « Imaginez la réaction des adhérents de notre association, dont le siège social se trouve dans votre circonscription, en apprenant que vos notes d’hôtel 4/5 étoiles de Marrakech et de Paris sont réglées avec la carte associative et remboursées par l’Assemblée nationale sur votre compte personnel (…) Votre groupe politique ferait mieux de vous conseiller de démissionner. » (Ouest-France, Rennes, mardi 13 août 2019). Voilà qui devrait inciter Laabid à élargir le champ de ses investigations…

Bernard Morvan

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