Eugène Saccomano, inconditionnel de Céline

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Eugène Saccomano est parti à 83 ans. Les hommages n’ont pas manqué. Quelques voix (Pascal Praud) ont mentionné son goût pour les « belles lettres ». Il était un inconditionnel du docteur Destouches, Céline en littérature.

Je l’ai rencontré en 2005 ou 2006 à un salon du livre. Il s’embêtait. Le soir, à l’hôtel, un peu moroses, nous sirotions au bar. Il s’est présenté : juste « Eugène Saccomano », sûr de sa réputation. Je déteste le football professionnel. Il a insisté : le foot ! Alors sa voix m’est revenue aux oreilles. Gentil, le Saccomano mais, une fois les banalités échangées, nous n’avions rien à nous dire. Et puis, c’est parti sur la littérature, pas nos livres, mais les vrais, les grands écrivains. J’ai lâché Céline et il est parti, il a passé les vitesses. Une soirée mémorable, nous avons fait le vide, oublié les convives, le salon et décortiqué Céline.

En 1999, Saccomano avait publié Goncourt 1932, un roman qui campe les deux favoris du prix, Guy Mazeline pour  Les Loups et Céline avec son Voyage. C’est Mazeline qui l’emporta. Là-dessus, Saccomano les imagine se croisant, rue Lepic, à Marseille, à Rome… Un petit bijou qui passa presque inaperçu. A relire, de toute urgence. En attendant, goûtez cela, l’épilogue de Goncourt 1932 :

La postérité prend à contre-pied les certitudes les mieux ancrées.

Le temps qui passe nous indique que les Goncourt ont commis la plus grosse bêtise de leur histoire en 1932.

Mazeline s’en est allé revoir sa Normandie, vivant de son vieux prix Goncourt et de la retraite des journalistes, publiant le même roman simpliste et grisailleux à des sauces de moins en moins épicées. Il est mort à quatre-vingt-seize ans dans un appartement du Trocadéro. Il était gentil et cultivé.

Céline a publié deux des plus grands romans de ce siècle : Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit. Seul contre tous, il a révolutionné l’écriture dans sa forme et dans ses cris. Il a fait beaucoup d’enfants, comme l’Américain Henry Miller. Son carburant, c’était la haine. Sa ligne de conduite, le dérapage.

Sa vie agitée des années quarante est une toute autre histoire.

Il est mort à soixante-sept ans, habillé en clochard, dans une bicoque de Meudon.

Jean HEURTIN

* Eugène Saccomano, Goncourt 32, Flammarion, 1999.

Crédit photo :Wikipedia (cc)
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