C’est peut-être le livre de la rentrée qui fera le plus parler dans l’année qui s’ouvre. Le 2 octobre paraît au Seuil « Homo occidentalis » (448 pages, 24,50 €), fruit d’une association inédite entre Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop et auteur de « L’Archipel français », et le psychologue clinicien et psychanalyste Ruben Rabinovitch. Leur thèse : les sociétés occidentales ne traversent pas une simple évolution culturelle, mais une véritable bascule anthropologique, qui a fait advenir un type d’homme nouveau.
De « l’ancien régime psychique » au nouveau
La méthode croise les données statistiques du sondeur et la parole des patients recueillie dans le cabinet parisien de l’analyste — « les entrailles du social », selon Rabinovitch. Le constat qui en sort : en l’espace de quelques générations, tout ce qui était resté stable pendant des siècles s’est mis à bouger en même temps — le rapport à l’amour et à la sexualité, au corps, à la mort, à l’autorité, à la collectivité. Les auteurs convoquent le philosophe italien Vico, pour qui toutes les nations, même les plus sauvages, ont en commun la religion, le mariage et l’ensevelissement des morts. Or la pratique religieuse s’est effondrée, le mariage est devenu minoritaire, la natalité s’écroule et 63 % des Français préfèrent désormais la crémation à l’inhumation. Les 3 piliers de Vico sont en ruine.
À « l’ancien régime psychique », fondé sur le devoir, la frustration et le sacrifice de l’individu au collectif — pesanteurs que les auteurs ne minorent jamais —, a succédé un « nouveau régime psychique » qui impose la jouissance, la performance et l’accomplissement de soi. Avec ses pathologies propres : quand les idéaux structurants s’effondrent, explique Rabinovitch, les individus sont « balayés par un nombre de likes qui s’effondre », un entretien raté, un corps jugé mal proportionné. D’où l’explosion des antidépresseurs, des addictions à la cocaïne et aux psychostimulants, de la solitude et de la dépression — nouvelles maladies de l’âme d’un homme désarrimé de son ancrage historique et généalogique, indifférent à transmettre. Symptôme parmi d’autres relevé par les auteurs : aux États-Unis, 51 % des propriétaires d’animaux de compagnie les considèrent comme des membres de la famille au même titre qu’un enfant.
Des vignettes cliniques saisissantes
Les extraits publiés par Le Figaro Magazine donnent la mesure du basculement à travers les patients de Rabinovitch : Baptiste, professeur d’université incapable de se sentir « légitime à exercer une autorité », y compris sur ses propres enfants ; Claudia, qui ne voit pas « pourquoi il faudrait que je transmette quoi que ce soit » ; ou Christine, devenue « Kandaïda » après avoir rejeté son prénom de naissance — son « dead name » — jugé trop chrétien, trop français et trop genré, au profit d’un nom forgé de toutes pièces pour être « le commencement d’elle-même ».
Face à cette liquéfaction générale subsistent, selon les auteurs, des « morceaux de granit » : entreprises familiales, lycées d’excellence, communautés monastiques, Légion étrangère, Puy du Fou. Mais Fourquet doute qu’ils annoncent un reflux : le regain des baptêmes d’adultes ou l’attachement au patrimoine relèvent selon lui du « mascaret », cette vague qui remonte le fleuve sans en inverser le cours. Quant à « l’internationale réactionnaire » dénoncée par Emmanuel Macron, les auteurs la voient comme un pur produit de la société liquide — Trump étant, selon Rabinovitch, « la forme premium du nouveau régime psychique ». Reste la question qui clôt leur enquête, et qu’une société vieillissante et sans enfants ne pourra éluder longtemps : ce monde-là est-il durable ? « Homo occidentalis », en librairie le 2 octobre.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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