Pour passer devant la cour d’appel de Rennes il paraît qu’il faut attendre un délai de quatre ans. Mustapha Laabid a droit à un traitement de faveur : trois mois.

Dans l’affaire du collectif Intermède, association du quartier « sensible » du Blosne à Rennes, Mustapha Laabid (LREM), député de Rennes Bruz, avait eu droit, en première instance, à six mois de prison avec sursis, à 10 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité. Le tribunal correctionnel de Rennes avait vu un détournement de fonds publics alors qu’il était président de cette association ; il utilisait l’argent de cette dernière à des fins personnelles – par exemple pour régler des notes d’hôtel 4/5 étoiles à Marrakech. Un avocat finaud aurait expliqué aux magistrats qu’il n’y avait pas lieu de reprocher à un Marocain de prendre ses vacances au Maroc… Si Laabid était Breton, il aurait certainement eu envie de prendre ses vacances en Bretagne… Simplement Quiberon aurait remplacé Marrakech pour les notes d’hôtels 4/5 étoiles.

Qui a dénoncé Laabid ?

Donc M. Laaabid n’est pas content ; il a décidé de faire appel. L’affaire sera examinée le 20 novembre par la cour d’appel de Rennes. Mais il est également triste : « Ça fait dix-huit mois que ça me pourrit mon mandat ! Un député sous le coup d’une condamnation a du mal à faire valoir ses compétences et son expertise. Ils ont gagné. » (Le Télégramme, Bretagne, jeudi 7 novembre 2019). Mais la grande question demeure : qui a dénoncé M. Laabid ? Qui sont ces « ils » ? Ce dernier a sa petite idée : « Des forces obscures qui se sont agitées pour me dénoncer auprès de Tracfin. Je ne saurais jamais qui a été à la manœuvre (…) Je me battrai jusqu’à la dernière seconde pour qu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils souhaitent : mon inéligibilité. » (Le Télégramme, Bretagne, id.)

On peut avancer quelques hypothèses quant aux « ils » et aux « forces obscures » : ses anciens amis de l’hôtel de ville (le PS), des islamistes, des Marocains jaloux de sa réussite politique, des marcheurs qui visaient la place, des habitués des milieux associatifs qui avaient remarqué des « anomalies » dans le fonctionnement d’Intermède, des francs-maçons à cheval sur le principe d’honnêteté…

Si la cour d’appel maintenait l’inéligibilité de Laabid, la situation ne serait pas pour autant catastrophique pour ce dernier. En effet, il pourrait « faire valoir ses compétences et son expertise » chez lui au Maroc. Et démarrer une seconde carrière politique…

B. Morvan

Crédit photo : Jean lenavetier/Wikimedia (cc)
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