Si Perpignan fait oublier les multiples échecs locaux du RN (dont le 7e secteur de Marseille et Mantes-la-Ville), Bouguenais est à la droite en Loire-Atlantique ce qu’est Perpignan au RN : la seule ville reprise à la gauche, ou peu s’en faut.

Partout ailleurs, droite et centre reculent, parfois au profit de la gauche seule, parfois de la gauche plurielle. L’extrême-gauche entre au conseil municipal de Nantes à la faveur de l’alliance avec les Verts et conquiert Basse-Indre. L’abstention massive (jusqu’à 7 électeurs sur 10 à Nantes et Saint-Nazaire) plombe le scrutin.

Ces communes qui restent à droite

La droite ne peut pas s’enorgueillir de conserver beaucoup de bastions – parmi les 27 communes qui ont eu un second tour, citons tout-de même quelques unes. D’abord Blain, où le maire ex-Nouveau centre Jean-Michel Buf s’impose de 34 voix (1045 contre 1011 voix) sur la gauche unie, ou encore le Pellerin, où François Brillaud de Laujardière gagne de 3 voix (667 contre 664 voix) sur les écolos, qui ont annoncé qu’ils ne feraient pas de recours.

En revanche, comme prévu, à Donges le maire sortant François Chéneau s’impose largement (48.14%) pour 39.7% de participation sur ses 3 poursuivants ; idem à Guérande où Nicolas Criaud repasse avec 47.14% (et 35.6% de participation). Au Croisic Michelle Quellard entamera son troisième mandat et creuse l’écart sur Françoise Thobie (1190 voix contre 1014), au détriment du marcheur Jean-François Chanteur (241 voix au 1er tour, 154 au 2nd), qui reste à la porte du conseil municipal.

Piriac : la liste Sauvegardons Piriac s’impose par surprise

En revanche à Piriac où le sortant Paul Chainais était donné favori, le retrait de la 3e liste (Emmanuelle Dacheux) au soir du 1er tour a profité à la liste divers droite Sauvegardons Piriac, menée par Jean-Claude Ribault, qui s’impose de 32 voix (593 contre 561 voix).

Gaël Bourdeau, élu avec Sauvegardons Piriac, réagit : « On a effectivement créé la surprise, et c’est probable que des électeurs de la liste d’Emmanuelle Dacheux, voire ses colistiers, ont voté pour nous ; pourtant une alliance avec sa liste avait échoué, suite au désaccord de certains [11] colistiers. A titre personnel, j’aurai préféré que l’élection soit refaite en septembre, car l’abstention massive  fait que l’élection ne représente plus grand-chose ; on voit aussi une poussée de la gauche alliée aux écolos – il faudra voir s’ils sont en mesure de relancer l’économie locale, j’en doute ».

Le Pouliguen vivra : Norbert Samama élu

L’annexion du Pouliguen par La Baule – pour récupérer le port – a échoué : héraut de l’indépendance de la commune, Norbert Samama a été élu. Plus largement que prévu après un dépouillement serré, puisqu’il s’impose avec 1271 voix contre 994 pour Alain Doré, avec une participation en hausse (58.18% contre 51% au 1er tour).

Le troisième homme est une femme, Valérie Ganthier, dont l’électorat est divisé par deux (630 au 1er tour, 376 au second), il semble s’être reporté sur Norbert Samama, lui aussi pour l’indépendance du Pouliguen, qui avait séduit 993 électeurs au 1er tour. Alain Doré, parachuté depuis la Baule et considéré comme proche de Franck Louvrier, a donc perdu son pari de prendre la ville après le port, qu’il gère.

Municipales à la Baule : est-ce vraiment fini ?

A la Baule, Franck Louvrier s’impose de 484 voix (avec 50.2% de participation) contre le marcheur Jean-Yves Gontier, allié au général de Zuchowicz et soutenu par le maire sortant Yves Métaireau. Une victoire plus large que prévu au bout d’une campagne chaotique et délétère, qui consacre la victoire surtout du vieux routier de la droite locale Gatien Meunier et des cercles sarkozystes.

Cependant, il n’est pas impossible qu’il faille rejouer le match : la liste perdante n’exclut pas de faire des recours, tant à cause des événements de la campagne que de l’inflation franchement suspecte du nombre d’électeurs inscrits à la Baule – pas moins de 1934 en plus (sur 16.500 habitants) de juin 2019 à début février 2020. Le général de Zuchowicz, candidat au 1er tour avant de fusionner avec le marcheur Gontier, a déjà déposé plainte sur ce sujet fin mars dernier.

On pourra aussi se demander si, malgré des soutiens prestigieux (Edouard Philippe, le maire sortant Yves Métaireau…)  la liste alliée Gontier-Zuchowicz n’a pas été plombée par le soutien de la combinarde députée Sandrine Josso, éjectée avec perte et fracas dès le 1er tour (4.17%).

Droite : Bouguenais bascule après un demi-siècle à gauche

Bouguenais n’a plus été de droite après 1977, mais c’est terminé. La commune périurbaine dont l’anti-NDDL Françoise Verchère a été la mairesse emblématique passe l’arme à droite. Sandra Impériale s’impose avec 52.93% contre l’union des gauches autour du communiste Gauthier Lorthois, avec une participation de 38% (36% au 1er tour).

Et toutes ces communes qui basculent à gauche, encore plus à gauche, ou restent à gauche…

Mais en-dehors de Bouguenais et à la rigueur de Montoir-de-Bretagne, conquise par le centriste Thierry Noguet (57%) sur la gauche sortante, le bilan n’est guère reluisant pour les droites – que ça soit LR, l’aréopage des centristes, de l’UDI à En Marche, et évidemment le RN qui perd tous ses élus encore au 1er tour.

Ancenis, qui n’a probablement jamais été de gauche depuis la Révolution, entre dans une nouvelle ère avec l’élection de Rémy Orhon (gauche plurielle), avec 58.5% (et 50.8% de participation) face au fils de l’ancien maire et cacique de droite Edouard Landrain.

A l’est de Nantes, Sainte-Luce retourne à gauche avec Anthony Descloziers (53.19%) après avoir été conquise en 2014. Au nord-ouest, le bastion centriste Orvault passe l’arme à gauche, l’écolo Jean-Sébastien Guitton s’impose avec 41.75% contre 30.73% à son plus proche poursuivant Sébastien Arrouët.

A Saint-Nazaire, avec 31.88% de participation, le maire socialiste David Samzun repasse largement (57.15%) face à la gauche plurielle… soutenue par la droite et le centre, qui loupent leur pari du pire et disparaissent de la vie politique locale. Au vu du bilan franchement modeste – hors élus RN – de la mandature 2008-2014, marquée par les divisions de plus en plus nombreuses et picrocholines de la droite et du centre, les nazairiens y gagnent peut-être.

David Samzun se débarrasse aussi – ou peu s’en faut – de l’encombrant allié communiste et peut continuer la gentrification de sa ville. A Trignac, David Pelon loupe son retour – le sortant socialiste Claude Aufort s’impose avec près de 47% des voix dans la quadrangulaire.

A Nantes, avec une participation catastrophique de 31%, Johanna Rolland est largement réélue avec ses alliés Verts et extrême-gauche (59.67%), la droite ne réalisant que 27.6% et En Marche 12.71% – parmi ses quatre élus de la minorité, il y a deux députés (Valérie Oppelt, 2e circonscription, et Sarah el Hairy, 5e circonscription). La participation tombe à 15% dans certains quartiers, notamment Malakoff, et dépasse 40% dans certains bureaux (41.6% bureau 143 rue Noire –  un des bureaux emblématiques du quartier Viarme-Talensac-Hauts Pavés – , avec 35.8% pour Laurence Garnier et 14.4% pour Valérie Oppelt)

Plus au sud, Rezé s’enfonce à gauche toute : Hervé Neau bat largement le maire sortant PS Gérard Allard (6057 contre 2271 voix) ; à Basse-Indre, Serge David a redressé la commune et laisse un copieux excédent budgétaire au vainqueur Anthony Berthelot (49.5%), marqué plus à gauche. A Saint-Herblain avec 27% de participation, Bertrand Affilé rempile confortablement (43.19%). Pour le marcheur Matthieu Annereau, arrivé troisième, « le résultat est une énorme déception personnelle et collective ; avec moins de 27% de participation, nous sommes face à une catastrophe démocratique ».

Louis-Benoît Greffe

Illustration : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine