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Dans une fiction historique, l’hebdomadaire Valeurs Actuelles a publié un portrait de la députée Danièle Obono en esclave. Toute la classe politique française s’en indigne avec bruit. Car Danièle Obono n’est pas seulement une ex trotskiste devenue députée de La France insoumise, elle est aussi d’origine africaine. Née au Gabon en 1980, elle a été naturalisée française en 2011.
Depuis quarante ans, les fictions historiques sont une tradition estivale de Valeurs Actuelles. L’hebdomadaire caricature régulièrement les ténors de la politique française en personnages des siècles passés. Les portraits sont souvent peu flatteurs. Est-il pire d’être représentée en esclave qu’en comploteur, en assassin ou en usurier ? Apparemment oui. Comme si les esclaves n’étaient pas des victimes.
Victimes de qui, à propos ? Le personnage mis en scène par Valeurs Actuelles est aux prises avec les marchands d’esclaves africains. Et c’est peut-être là que le bât blesse vraiment. Chacun sait que les fournisseurs de la traite transatlantique étaient des Africains, mais certains n’aiment pas qu’on le rappelle.
Marche des esclaves
La représentation de l’esclavage n’a pas toujours suscité l’indignation à Nantes. Du temps où Jean-Marc Ayrault en était le maire, la ville avait sa propre fiction historique. Une « Marche des esclaves » a été organisée chaque année à partir de 2006 avec l’accord de la municipalité. Jouer le rôle d’un esclave était alors considéré comme honorifique.
Cependant, la manifestation de 2011, encadrée par une « Brigade anti-négrophobie », est allée trop loin. « Une trentaine de comédiens enchaînés et en haillons ont pris part à une ‘Marche des esclaves’ dans les rues de la ville, qui a fait sa fortune au XVIIIe siècle sur le ‘commerce triangulaire’, racontait alors 20 Minutes. Ils étaient encadrés par deux négriers européens, qui criaient ‘’Avancez, bande de nègres !’’ entre deux coups de fouet et de bâton. »
C’était trop. « C’est comme si on demandait aux Juifs de théâtraliser leur marche vers les fours crématoires », avait protesté Octave Cestor, conseiller municipal d’origine antillaise, très engagé dans la commémoration de l’esclavage à Nantes. L’année suivante, l’inauguration du Mémorial de l’abolition de l’esclavage avait permis aux socialistes nantais d’imposer des cérémonies d’inspiration plus sobre.
E.F.
Illustration : la Marche des esclaves 2011 à Nantes, photo BI, DR.
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