Lionel Devic (Fondation pour l’école) « Aucun terroriste islamiste n’est jamais sorti d’une école hors contrat » [Interview]

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Emmanuel Macron l’a annoncé la semaine dernière : sous prétexte de lutter contre le «séparatisme islamiste », ce dernier entend, via un projet de loi qui sera débattue à l’Assemblée nationale, interdire l’instruction en famille (l’école à la maison) et renforcer contrôles et brimades visant les écoles hors contrat.

En première ligne face à ces mesures qui vont frapper des Français qui n’entendent pas que l’Etat leur dicte de A à Z comment ils doivent instruire leurs enfants, Lionel DEVIC, président et co-fondateur de la Fondation pour l’école a répondu à nos questions.

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Lionel DEVIC : J’ai l’honneur de présider, depuis 2010, la Fondation pour l’école, œuvre que nous avons fondée à quatre en 2006 ; elle a été reconnue d’utilité publique par l’Etat en 2008, au regard de son objet statutaire qui est « de susciter un renouveau éducatif en France en concourant à l’essor d’établissements libres ».
Depuis 2011, comme la Fondation de France ou l’Institut de France, la Fondation pour l’école est une fondation abritante qui accueille  11  fondations sous égide, qui œuvrent toutes dans le domaine de l’éducation, sur des axes spécifiques (la ruralité, les écoles maîtrisiennes, etc.).

La Fondation pour l’école porte la conviction que notre paysage éducatif doit évoluer, se diversifier, pour mieux répondre aux besoins des enfants et stimuler le système actuel, qui ne donne pas satisfaction. Pour développer l’offre scolaire en France, la Fondation soutient donc les écoles indépendantes (dites hors contrat) car elles ont, contrairement aux écoles publiques et privées sous contrat, la liberté de pouvoir proposer des projets d’établissements différents, en adaptant leurs programmes aux enfants qu’elles accompagnent et en recrutant elles-mêmes leurs professeurs. Ces écoles sont bien entendues légales et reconnues par l’Etat.

La Fondation pour l’école a 3 grandes missions. D’abord le soutien aux écoles : elle forme les créateurs d’école, finance les établissements (car la liberté choisie coûte cher…), et leur apporte un conseil technique et juridique gratuit au quotidien. Ensuite, elle forme les professeurs, de la maternelle à la terminale, via ses deux instituts de formation, l’Institut Libre de Formation des Maîtres (qui est un établissement d’enseignement supérieur délivrant un diplôme équivalent d’un M2) et l’Académie du Professorat. Enfin, la Fondation oeuvre pour le rayonnement de ces écoles auprès de tous, pouvoirs publics, porteurs de projets, parents d’élèves… car l’école concerne tout le monde !

Comme père de famille de 9 enfants, et avocat conscient des enjeux institutionnels relatifs à la question scolaire, je ne perds pas de vue que la liberté scolaire que nous souhaitons effective passe par la création de dispositifs de financements publics, directs ou indirects, des écoles indépendantes.

Vous avez adressé un communiqué à la presse suite aux propos d’Emmanuel Macron sur la fin annoncée de l’école à la maison et sur le contrôle renforcé des écoles hors contrat. N’est-ce pas particulièrement inquiétant de voir l’Etat vouloir pénétrer jusque dans les foyers ?

Lionel DEVIC : Nous sommes en effet très inquiets, car on touche là à une liberté fondamentale inscrite au coeur de notre Constitution. Aujourd’hui les parents ont l’obligation d’instruire leurs enfants, mais ont la liberté de choisir le système qui leur convient le mieux : soit à l’école (publique, privée, indépendante), soit à la maison. Demain, cette obligation d’instruction (qui a déjà été étendue l’année dernière aux enfants de trois ans) va devenir une obligation de scolarisation en établissement : c’est une rupture absolument fondamentale du contrat passé entre l’Etat et les familles depuis la loi Ferry de 1882 . L’Etat souhaite aujourd’hui prendre le contrôle total sur la modélisation des esprits de nos enfants, en lieu et place de leurs parents. Cette vision totalitariste a montré par le passé qu’elle ne pouvait mener que vers des dérives et basculer hors du champ démocratique : il ne faut jamais oublier les leçons de l’histoire…

Je rappelle deux choses : d’abord, les enfants scolarisés à la maison ne sont pas « hors système », ils sont bien déclarés auprès des académies, et doivent se soumettre à une enquête à caractère sociale tous les deux ans et à un contrôle pédagogique tous les ans : c’est là que l’Etat doit mieux assumer son rôle. Je ne nie pas que le séparatisme islamiste peut se jouer à ce moment précis ; les chiffres sont rares mais il semble qu’on parle de 2000 à 3000 enfants, soit 0,02% des enfants : l’Etat ne peut-il pas se concentrer sur ceux-là plutôt que de punir les familles des 48000 autres enfants concernés ?

Ensuite, les écoles hors contrats sont déjà très contrôlées, notamment depuis la Loi Gatel. Les conditions d’ouverture, les modes de financement des établissements et les conditions de recrutement des enseignants sont déjà inscrites dans la loi et très contraignantes : l’Etat  peine-t-il à remplir la mission qu’il s’est lui-même fixée en 2018 ? Les contrôles des contenus pédagogiques sont fréquents, par le biais d’inspections inopinées et répétées au sein des établissements. Ce qui est très contradictoire dans les dernières annonces c’est que l’Etat reconnaît lui-même que les dérives islamistes naissent d’abord au sein de l’école publique et sous contrat : en effet, aucun terroriste islamiste n’est jamais sorti d’une école hors contrat ! N’est-ce pas plutôt aux écoles publiques et privées sous contrat, inspectées en moyenne une fois tous les 7 ans, qu’il faut imposer plus de contrôles en ce domaine ? C’est ce que demande la Fondation pour l’école : un traitement égalitaire de tous les établissements dans la lutte contre le séparatisme islamiste, avec les mêmes contrôles pour tous.

Breizh-info.com : Concrètement aujourd’hui, quels recours sont possibles ? Comment les citoyens peuvent-ils mettre la pression pour ne pas laisser passer l’article de loi à venir à l’Assemblée nationale ?

Lionel DEVIC : Les représentants de l’IEF sont extrêmement mobilisés, et nous leur apportons tout notre soutien, car il a une vraie proximité entre nous. Pour ces familles, comme pour celles qui font le choix de scolariser dans leurs enfants dans les établissements indépendants (dont certaines ont souhaité ne pas scolariser ceux de leurs enfants qui ont moins de 6 ans), le respect des libertés individuelles et constitutionnelles, notamment en matière d’éducation, est le socle de confiance sur lequel elles bâtissent leur relation avec l’Etat.

Aujourd’hui, l’Etat remet cette confiance en question sans discernement et s’apprête à piétiner les libertés individuelles de tous au nom du contrôle de quelques uns : c’est impensable.
Pour l’heure, nous en sommes réduits à attendre le contenu précis du texte du projet de loi ; nous agirons en fonction auprès du Ministère et en soutien des parents et parlementaires qui le contesteront, le cas échéant.

Breizh-info.com : Du côté de la Fondation pour l’école, avez-vous déjà reçu des appels, inquiets je suppose ?

Lionel DEVIC : Nous avons reçu des dizaines de courriers depuis vendredi dernier ! Les gens sont sous le choc, à la fois parce qu’on les assimile aux ennemis de la France, ce qui est grave, et parce qu’on remet en question une liberté constitutionnelle sans sourciller, ce qui est tout aussi grave. Surtout, les gens ne sont pas dupes : après l’IEF, les écoles indépendantes seront sans doute dans le viseur, malgré les immenses bienfaits qu’elles apportent au système scolaire et qui expliquent aujourd’hui leur croissance exponentielle. Cette année encore, nous avons identifié plus de 100 nouvelles écoles. Les gens nous appellent en ayant le sentiment que l’Etat se trompe délibérément de cible pour ne pas avoir à regarder ni à se donner les moyens de contrôler et sanctionner les dérives déjà parfaitement identifiées en certains lieux.

Breizh-info.com : Concrètement, parmi les terroristes islamistes qui ont frappé la France ces dernières années, certains ont-ils fréquenté des écoles hors contrat ou faisaient-ils l’école à la maison ? Le discours d’Emmanuel Macron à ce sujet n’est-il pas totalement hors propos ?

Lionel DEVIC : Je le redis avec force : aucun terroriste islamiste n’est jamais sorti d’une école hors contrat. Cette assimilation est parfaitement abusive et malhonnête. La vérité, c’est que tous les terroristes islamistes français sont issus du système éducatif classique, et que celui-ci est profondément touché par toutes sortes de dérives liées à une vision séparatiste de l’islam, depuis les menus à la cantine en passant par les cours de piscine, l’enseignement des sciences naturelles comme l’égalité femmes-hommes très souvent malmenée. Et, pour être plus direct encore, ce séparatisme est le fruit amer d’une absence générale de transmission du meilleur de la culture et de notre patrimoine français ; que leur avons-nous donné à aimer et à admirer ?

Avez vous des chiffres à proposer en matière de réussite éducative des enfants qui fréquentent les écoles hors contrat, et l’école à la maison ?

Lionel DEVIC :  Nous n’avons pas de chiffres officiels pour l’IEF car c’est une population très disparate, les raisons de scolariser son enfant à la maison étant extrêmement diverses : projet familial, choix d’une pédagogie particulière, solution de recours face à une pathologie comme la phobie scolaire ou un trouble de l’apprentissage., dépannage à l’occasion d’un déménagement, etc… Tous les cas sont uniques. Ce que nous savons en revanche, c’est que cette forme d’instruction est de plus en vogue, car certaines familles ne trouvent pas dans l’école classique de cursus qui répondent aux besoins éducatifs de leurs enfants. On a notamment vu, après cette première vague de Covid, des familles rejoindre l’IEF, non pas par peur d’une quelconque contamination à l’école, mais parce qu’elles ont découvert un parcours scolaire et familial qui les a enthousiasmé.

Pour ce qui est des écoles indépendantes, les chiffres de croissance du secteur parlent d’eux-même : 800 établissements il y a 10 ans, près de 1600 aujourd’hui (cf. notre annuaire en ligne www.ecoles-libres.fr). Les familles y trouvent ce qu’elles ne trouvent pas ou plus dans l’école classique et qu’elles souhaitent transmettre en priorité. Cela peut être la transmission rigoureuse des fondamentaux, une cohérence des enseignements par rapport à ce qui est vécu en famille, l’école dans la nature, des cursus adaptés à certaines difficultés d’apprentissage, un enseignement multilingue, une pédagogie particulière comme Montessori ou Freinet, ou encore des classes à petits effectifs où l’enseignant a la possibilité d’adapter son enseignement à chaque enfant. C’est précisément cette diversité éducative qui fait le succès de ces écoles et qui rend la liberté scolaire, garantie par notre Constitution, si essentielle.

Propos recueillis par YV

Illustration : DR
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