Maître Eric Delcroix : « Les liberté de conscience et d’expression n’existent plus en France et en Europe » [Interview]

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Les éditions Akribeia viennent de sortir un nouvel ouvrage d’Eric Delcroix, avocat à la retraite, auteur notamment de deux livres majeurs sur l’effondrement du système pénal en France et de nos libertés individuelles avec Le Théâtre de Satan suivi de Manifeste Libertin.

Son nouvel ouvrage, intitulé Droits, conscience et sentiments, fait mouche alors que notre société semble tomber de plus en plus dans le totalitarisme.

Voici la présentation du livre par son éditeur (à commander ici) :

Les droits de l’homme permettent désormais tout, y compris et d’abord la répression de la pensée et la censure, au nom d’une morale abstraite qui dénature et supplante le droit au nom du Bien. Les droits de l’homme, dans leur logique de subversion, ont fait passer l’individu de l’état de sujet de droit privé à celui d’acteur de droit public ayant des droits constitutionnels, dits « fondamentaux », qui corrodent l’impératif de l’intérêt général censé être garanti par l’État. L’exemple vient d’Amérique; il mêle l’acte fondateur de la Convention universelle des droits de l’homme de 1948 et le mythe de l’État de droit, fondé sur un concept étranger qui s’est répandu depuis insidieusement chez nous. Pour Maître Delcroix, les libertés de conscience, de pensée et d’expression ne relèvent pas des droits de l’homme, mais de la liberté de l’esprit intrinsèque à la civilisation européenne. Elle est aujourd’hui menacée, spécialement à l’heure où un nouvel ordre moral nous enserre dans ses rets et nous assomme de ses prêches incessants. Pour les droits de l’homme contemporains, la liberté de conscience est réduite à la liberté religieuse, alors qu’ils la bafouent en interpellant le sujet de droit dans son for intérieur pour en extirper le péché capital de discrimination! Éric Delcroix a déjà développé ses idées dans des plaidoiries, des conférences et des livres. Le présent ouvrage en est un résumé actualisé saisissant, accessible aux non-juristes. Il s’agit d’une mise en garde et d’un signal d’alarme contre une société totalitaire rampante et une justice devenue structurellement partiale.

Nous avons interrogé Eric Delcroix à son sujet, mais aussi sur le regard que porte l’avocat retraité sur l’évolution de la Justice en France.

Breizh-info.com : pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Maître Eric Delcroix : J’ai été avocat au barreau de Paris pendant trente huit ans et j’y ai découvert l’involution décadente des libertés publiques en France, singulièrement quant à la liberté d’expression des idées et des sentiments. J’ai vu apparaître les lois subversives, Pleven (1972), Fabius-Gayssot (1990), Lellouche (2003) et Perben (2004).

Breizh-info.com : 15 ans après Manifeste Libertin, qu’est-ce qui vous amène à reprendre la plume avec Droits, conscience et sentiments ?

Maître Eric Delcroix : Toutes ces lois vont dans le même sens, savoir ravir au sujet de droit (vous et moi) son arbitraire intime, pour le livrer à l’inquisition des consciences, ce qui était interdit depuis les Lumières (et c’est ce qu’elles eurent de meilleur). Illustration élémentaire : les testings, qui visent à condamner cet arbitaire intime. La puissance publique (ou la LICRA !) n’a pas à nous confesser et à rechercher ce qui est au fond de nos coeur, pensées, arrières pensée ou phantasmes ; l’antiracisme permet tout et c’est même à ça qu’on le reconnaît, comme le disait Michel Audiard parlant des cons !

Breizh-info.com : Quel regard porte l’avocat que vous êtes sur l’évolution, en matière pénale, des lois encadrant, réprimant, pénalisant, la liberté d’expression ?

Maître Eric Delcroix : Les liberté de conscience et d’expression n’existent plus en France et en Europe (Voir Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, Charte européenne des droits fondamentaux et autres Conseil constitutionnel qui vont dans ce sens et paralysent également les libertés collectives des nations, au nom d’un droit humanitaire qui rime avec délétère : bref, tout ce qui correspond à l’Etat de droit, incongruité importée en France par ces institutions totalitaires). Le droit, de simple et lubrifiant social, est devenu depuis 1945 une idéologie d’essence principalement américaine donc gavée de moralisme et de prêches.
Vous êtes libre de vous exprimer si vous restez rigoureusement fidèle à la philosophie égalitariste des droits de l’homme (le communisme, mais dans la sauvegarde de la Bourse). Avocat de Faurisson pendant 28 ans, et condamné moi-même pour délit d’opinion (ma seule décoration – 1996), j’en sais quelque chose !

Breizh-info.com : Comment expliquez-vous que personne sur la scène politique française, pas même ceux qui se prévalent d’un statut d’opposants politiques comme les principaux dirigeants du RN, n’entendent revenir sur ces dérives du droit français ?

Maître Eric Delcroix : En trois mots : Ignorance, électoralisme et lâcheté.

Breizh-info.com : Dans votre ouvrage, vous mettez en garde contre une société totalitaire qui se met petit à petit en place. Beaucoup vous rétorquerons que la République française n’est pas la Chine, la Corée du Nord, ou d’autres régimes autoritaires qui existent dans le monde …

Maître Eric Delcroix : Bien sûr que nous ne sommes pas en Chine, ni en URSS où j’avais été soutenir les dissidents (Brejnev regante 1973-1974). En occident c’est beaucoup plus subtile, mais les maîtres du discours éliminent toute dissidence, au nom du Bien, révélé derechef sur terre en 1945. A l’ombre de la Shoah, toute dissidence est regardée, sous un consensus quasi religieux effroyable, comme procédant du Mal…

Breizh-info.com : En tant qu’avocat, quel regard portez vous sur la magistrature française ? Peut-on parler de règne de « juges rouges » qui jugent souvent faiblement vis à vis des forts, fortement vis à vis des faibles ? La justice est-elle réellement indépendante du politique ?

Maître Eric Delcroix : Je porterais plutôt un regard nuancé sur la magistrature française, même si la situation s’aggrave, car elle est à l’image de la Société. Mais les choses se dégradent affreusement quand intervient l’Idéologie. Et dans l’après 1968 elle s’est infiltrée, là comme dans nombre d’institutions… Je ne dis pas une idéologie, car il n’y en a plus qu’une. J’aspire pour ma part à une neutralité axiologique du droit et de la magistrature, ce que l’on peut appeler l’impartialité ou, plus modestement l’aspiration à celle-ci. Les « juges rouges », qui ne sont que des Bobos et ne dérangent en rien le Système, en sont particulièrement éloignés…

Breizh-info.com : Finalement, le courant libertarien (libertin ?) que vous incarnez dans votre fonction d’avocat ne manque-t-il pas d’une relève ? L’erreur des partisans des libertés, et notamment d’une partie de la droite, n’a-t-elle pas été d’abandonner et de mépriser les carrières judiciaires au profit du militaire, de l’économique, laissant les clés à d’autres ?

Non pas libertarien, je suis aux antipodes de ces anglo-saxonneries ! Les libertins, au sens intellectuel du terme, constituèrent un courant européen des XVI° et XVII° siècle (Molière !), avant les illusions messianiques progressistes des Lumières. Il postulait qu’aucune inhibition morale ou théologique ne devait s’opposer au libre constat des réalités tangibles et vérifiables. Le puritanisme des droits de l’homme est à cet égard tout l’inverse, c’est une chape de plomb, que j’appelais déjà la Chape dans le Théâtre de Satan (2002).

Dans le Barreau, que j’ai quitté pour prendre ma retraite, écoeuré, il y a une heureusement certaine relève, mais rarement dans l’esprit, je le crains, que j’exprime dans Droit, conscience et sentiments.

Quant aux carrières dans la magistrature, la question est difficile, car l’ENM (Ecole nationale de la Magistrature) est infectée par l’Idéologie, qui s’y est instillée après 1968… Dans ces conditions, iriez-vous ? Il faudrait des capacités d’entrisme qui font défaut dans ces temps crépusculaires…

Illustrations : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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2 réponses à “Maître Eric Delcroix : « Les liberté de conscience et d’expression n’existent plus en France et en Europe » [Interview]”

  1. Droal dit :

    Européen d’origine bretonne, je ne suis pas français,

    Je n’en suis pas fier, mais je n’en ai pas honte.

    Comprendre la République, c’est revenir à ses fondamentaux: « Pas de liberté, pour les ennemis de la liberté ».

    La liberté, c’est la République et c’est elle qui décide de ce qui est libre et de ce qui ne l’est pas.

    Pour ma part , je n’ai jamais été libre: j’ai toujours fait ce que j’ai voulu.

  2. Richard dit :

    Et la Bretagne n’est pas une province française ?

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