La langue bretonne est-elle menacée par le gouvernement français ? Le combat culturel vu par un journal gallois

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La langue bretonne est-elle menacée par le gouvernement français ? Un journal nationaliste gallois, le Herald Wales, s’interroge dans un article qui retrace, vu de l’extérieur, l’histoire du combat pour la langue bretonne en prenant pour point de départ la récente manifestation de Quimper. Article que nous avons traduit pour vous ci-dessous.

Ils sont venus par milliers, une marée de drapeaux blancs et noirs pour protester contre les projets du ministre français de l’éducation de réduire l’enseignement de la langue bretonne dans le cadre du programme scolaire français. Langue au cœur de la Bretagne, le breton ou brezhoneg, comme on l’appelle dans sa langue maternelle, a toujours été une langue pour laquelle il faut se battre aux yeux des Bretons.

Historiquement, la langue bretonne a été attaquée, tout comme sa cousine galloise, qui appartient à la même branche des langues celtiques, ce qui a donné lieu à la formation du mouvement nationaliste breton.

Après des années et des années d’oppression de la part du gouvernement français, le Front de Libération Breton, plus connu en anglais sous le nom de Breton Liberation Front (FLB) a été formé dans les années 1960. De ce mouvement est née l’Armée Révolutionnaire Bretonne, formée en 1971, une branche armée du Front de Libération Breton avec l’intention de protéger la langue bretonne et de forcer le gouvernement français à reconnaître l’existence du peuple breton comme partie intégrante de la France. Plus de 200 attentats ont été perpétrés par l’Armée révolutionnaire bretonne, dont l’attentat de Roc Tredudon en 1974, dans le but de protéger la langue et de garantir l’identité bretonne pour les générations à venir.

Historiquement, le gouvernement français a toujours refusé de reconnaître la langue et le peuple breton, même vingt ans après l’explosion de Roc Tredudon. En juin 1999, deux jours après que le Président français de l’époque, Jacques Chirac, ait refusé de ratifier officiellement la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, un attentat a été perpétré contre la maison du Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, ainsi que contre des bureaux administratifs et des stations-service. En 2000, lors de l’attentat à la bombe contre le McDonald’s de Quévert, en Bretagne, il y avait eu plus de 200 attentats. Cela montre à quel point la langue était et reste importante pour les Bretons et combien de temps ils ont dû se battre pour la maintenir en vie.

Histoire de la langue bretonne

La langue bretonne a été introduite en Bretagne au cours des V et VIème siècle par les Bretons du Sud-Ouest de la Grande Bretagne. La Bretagne est située dans l’ouest de la France, la langue étant plus largement parlée dans des régions telles que les Côtes-d’Amor et le Morbihan. La publication du dictionnaire de Julien Maunoir a marqué le début de l’ère du breton moderne en 1659, bien que cette publication n’ait pas eu d’effet sur le breton oral. Les changements apportés au breton oral sont venus des publications religieuses, qui sont devenues une partie du vocabulaire quotidien, tout comme la traduction de la Bible par William Morgan a protégé la langue galloise de l’extinction, cela a eu un effet sur la protection du breton parlé.

Depuis la Révolution française de 1789, et le début de la première République française, la langue française a essayé de s’imposer comme la langue la plus importante en France. Les autres langues telles que le breton, le basque, l’occitan, le catalan et d’autres ont été rejetées car jugées non pertinentes et sans importance dans le cadre de l’universalisme français.

C’est au milieu du 19ème siècle qu’a commencé la politique d’éradication mise en œuvre pour tuer la langue. Peu de choses ont changé aux yeux du peuple breton par rapport aux normes d’aujourd’hui, avec beaucoup de personnes fermement opposées à l’appel du ministre de l’éducation à restreindre l’enseignement de la langue bretonne dans le programme français.

Menaces modernes

Selon un militant breton, « L’Etat français a réduit le nombre de classes en breton sans vote, et sans loi, seulement sur décision du Ministre de l’Education. Le ministre de l’éducation ne veut pas revenir sur sa décision de restreindre l’enseignement du breton dans les écoles mais depuis lundi dernier, les classes ont été réformées avec le Rectorat (l’autorité de l’éducation française en Bretagne). »

Parmi toutes les campagnes menées au fil des ans, la langue bretonne est restée très populaire auprès des habitants de la Bretagne, qui la considèrent comme un élément précieux de leur identité. Malgré cela, en raison de divers facteurs, on estime que le nombre de locuteurs sachant lire et écrire le breton est tombé à 500 000 (NDLR : le chiffre admis est plutôt de 200 000 aujourd’hui) par rapport aux 1,2 million de locuteurs recensés dans le cadre de l’enquête de Roparz Hemon en 1928. En moins de cent ans, cela montre que le nombre de locuteurs bretons a diminué de plus de moitié.

Malgré cela, la langue fait toujours partie intégrante de la vie quotidienne en Bretagne et pourrait très bien augmenter en nombre malgré le projet du ministre de l’éducation de restreindre l’enseignement de la langue dans les écoles. Les faits montrent que de telles attaques du gouvernement français ne réussissent jamais, mais incitent les gens à se battre davantage pour la langue. Un événement comme celui-ci pourrait se retourner contre le gouvernement et raviver l’enthousiasme des gens pour leur identité et leur langue. Nous voyons que beaucoup de gens font maintenant campagne pour plus de cours de breton dans le pays, et le fait que l’Etat français ait reculé dans la suppression des cours de breton a montré combien le gouvernement français est soucieux de ne pas fâcher le peuple breton et combien il craint de le voir protester.

Aller de l’avant

Le breton, en tant que langue, commence à être enseigné à plus de personnes en Bretagne par d’autres moyens que la seule salle de classe. Le site web www.brezhoweb.bzh, qui est un outil important pour aider les apprenants de breton à utiliser la langue plus fréquemment, et pour inciter les jeunes qui parlent la langue à continuer à utiliser le breton dans leur vie quotidienne. Le site est composé de fictions et de vidéos journalistiques sous-titrées en français. La langue est également utilisée sur YouTube avec des chaînes de cuisine qui vous expliquent pas à pas des recettes traditionnelles de Bretagne, le tout en breton.

Mais face aux attaques du gouvernement français contre cette langue, cette décision d’exclure la langue du programme scolaire français a commencé à se retourner contre le gouvernement français. Depuis la décision du ministre de l’éducation, un certain nombre de protestations ont eu lieu de la part de la population bretonne qui refuse de voir son droit à parler sa langue remis en cause.

Le temps nous dira ce que l’avenir réserve à la langue bretonne, mais ce qui est certain, c’est que c’est le peuple breton qui décidera du sort de sa langue et non le gouvernement français.

Crédit photo : DR
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