Loi sur les langues régionales : retour sur une journée historique

A LA UNE

La défense de cette loi a l’assemblée en deuxième lecture avait visiblement été préparée minutieusement par Paul Molac. Fort de ses expériences passées, celui-ci s’était assuré du soutien d’un plus grand nombre de députés à travers le tissu associatif autour des langues régionales mais aussi à travers une astucieuse préparation d’artillerie sur les réseaux sociaux.

Après un premier passage à l’assemblée et un tour par le sénat, l’enjeu de ce jeudi était de rétablir les deux amendements phares de la loi qui avaient été supprimés en commission : la reconnaissance de l’immersion en langues régionales dans le public et l’obligation pour les maires de verser le forfait scolaire aux écoles associatives immersives (dans les faits de droit privé) même si les élèves ne résident pas dans la commune. Cette dernière question étant notamment le point nodal des difficultés des écoles Diwan en milieu rural quand les élèves viennent de différentes communes et que la moitié d’entre elles refuse de verser le forfait scolaire.

Loyauté totale des députés pro-langues régionales

L’impression générale de la journée a été la collaboration loyale et parfaite de tous les députés sensibles à la question des langues régionales pour une même cause. Aucun clivage partisan n’est apparu lors des débats. L’autonomiste breton de Gauche Paul Molac a été admirablement secondé par le LR breton Marc Le Fur, lui-même aidé par la dissidente RN Emmanuelle Ménard qui aura porté la voix des occitans. Thierry Benoît, l’UDI breton amoureux du gallo, aura également apporté sa pierre à l’édifice en collaboration avec l’autonomiste corse Michel Castellani et des députés alsaciens LR particulièrement remontés. Les députés LREM bretons Yannig Kerlogot, Erwan Balanant ou Liliana Tanguy ainsi que le député LR basque Vincent Bru ou le réunionnais Naillet auront fait preuve d’une totale loyauté à l’encontre de Paul Molac qui menait les débats et choisissait les amendements à garder ou non, en fonction de considérations tactiques.

Festival de niaiseries

A l’opposé, l’attitude de certains députés LREM et de l’ensemble du groupe La France Insoumise a été navrante. L’emblématique Aurore Berger aura été à la hauteur de ses prises de position précédentes. « Nos enfants doivent certes avoir la possibilité d’apprendre des langues régionales mais ils méritent mieux qu’une « bonne connaissance de la langue française ». » dira notamment la députée. Ses collègues partisans des langues régionales lui rappelant que les résultats en français des écoles immersives sont largement supérieurs à la moyenne française.

Mais la palme de la niaiserie, avec félicitations du jury, reviendra à la France Insoumise. A la tête des bataillons bolchéviques, on retiendra les interventions fanatiques de Bastien Lachaud, député de la Seine Saint-Denis, arguant « qu’en réalité, l’enjeu de cette proposition de loi est de renforcer la loi Carle en augmentant le financement public destiné aux établissements privés ». Le laïcard Paul Molac, ayant bataillé pour l’ouverture des classes bilingues dans l’enseignement public breton aura apprécié la saillie… En écoutant Bastien Lachaud, le béotien avait l’impression que le versement du forfait scolaire à l’école Diwan de Guingamp allait automatiquement retirer de l’argent à l’école Rosa Luxemburg de Bondy. Psychatrique !

LFI contre le peuple

L’imposteur François Ruffin a eu une attitude ambigüe : plaidoyant pour le picard il n’aura, au final, pris part à aucun vote ! Les Insoumis ont voté à l’unanimité contre la loi, la seule députée du groupe, l’ardéchoise Béatrice Taurine, ayant voté pour a indiqué ensuite s’être trompée ! Depuis, dans les milieux bretons, basques ou occitanistes majoritairement de gauche, c’est la curée contre les antennes locales de LFI, ceux-ci, notamment en Bretagne, s’étant prononcés opportunément pour les langues régionales au cours des dernières semaines. Comment dit-on « contradictoire » en patois bolchévique ?

Jean-Luc Mélenchon en bon lèche-babouches aura brillé, au cours des débats, par une éloge de son nomadisme électoral : « N’étant pas breton mais franc-comtois d’adhésion et de bien d’autres régions, ayant été élu du grand Sud-Ouest, puis du Sud-Est… »

Avant de se définir de façon curieuse : « En tant que multiculturaliste, admettez que le Maghrébin européen que je suis,… »

La députée LREM Fadila Khattabi lui rétorquant dans la foulée :

« Moi je le suis ; vous non ! »

On n’est jamais trahi que par ceux qu’on adule…

Le leader minimo, ayant vraiment fermement décidé de « changer de race » (tout est possible de nos jours), il ajoutera à l’adresse des députés pro-langues régionales :

«(…)  j’apprécierais que, le moment venu, vous manifestiez la même tendresse vis-à-vis de l’arabe ou de l’amazigh que vous le faites pour tant de langues aujourd’hui ! J’espère que vous le ferez ; cela rendra certains d’entre vous plus tolérants. »

La France Insoumise aura donc été à la pointe du ridicule, de la jacobinerie et de l’ethnomasochisme lors de cette journée historique. Mais les deux cocus de l’histoire auront surtout été Jean-Michel Blanquer et Christophe Castaner, président du groupe LREM à l’assemblée. Ces derniers ont bataillé contre cette loi et notamment contre les articles emblématiques proposés par Paul Molac or, au final, ce ne seront pas moins de 100 députés LREM qui voteront POUR alors que seulement 57 voteront CONTRE, les rebelles, dont la plupart des députés bretons, entrant ainsi en parfaite dissidence avec leur président de groupe.

Premier round ?

Enfin les discussions ont été dominées par l’absence complète des députés RN. AUCUN DEPUTE DU RASSEMBLEMENT NATIONAL N’ETAIT PRESENT lors de cette journée.

La loi aura finalement été adoptée à une large majorité. La quasi-totalité des députés bretons présents ont voté POUR, le restant s’étant abstenu.

Lors des échanges, notamment du côté du LR breton Marc Le Fur, les observateurs ont pu clairement comprendre que cette loi n’est qu’un premier round sur la question du patrimoine local immatériel. Le costarmoricain indiquant sa volonté de faire bouger les lignes sur la question de l’enseignement de l’histoire des régions et des cultures régionales à l’école. Plus d’une fois il aura interpellé le ministre Blanquer sur le sujet.

L’enjeu est désormais de savoir si cette loi audacieuse fera l’objet d’un examen du Conseil d’Etat ou non. Et surtout, qui sera le député (LFI ?) saisissant la juridiction en question pour essayer de retoquer une loi pourtant adoptée à une large majorité. Le professeur de droit constitutionnel et ancien Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas a d’ores et déjà indiqué que la loi Molac ne rentrait pas en contradiction avec la Constitution. Les défenseurs des langues régionales ont, pour leur part, fait part de leur « vigilance » concernant les décrets d’application.

Crédit photo : DR
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4 Commentaires

  1. Dommage que le racisme anti-maghrébin sous-jacent dans votre exposé décrédibilise la juste défense de la cause de nos langues.

    • Ce qu’on appelle un procès d’intention.
      Quant aux bolcheviks, ils n’étaient pas du tout – en principe – contre les langues minoritaires. Même si, sans faire de procès d’intention, la langue russe était peut être quand même « plus égale que les autres ».

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