Corse : faut-il s’étonner de la révolte nationaliste ? [L’Agora]

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Fabuleux État français !

Celui-ci s’étonne, en effet, des émeutes de Corti et de Bastia où des nationalistes, parfois très jeunes, attaquent les symboles de l’Etat français. Sans compter les 10 ou 15 000 manifestants pour la deuxième fois derrière la banderole « Statu Francese Assassinu ». 10 ou 15 000 manifestants, à l’échelle de la Corse, c’est énorme. C’est, en gros, comme si 2,5 millions de personnes manifestaient dans les rues de Paris !

Le premier responsable de la situation est l’Etat français. La victoire des nationalistes de Gilles Simeoni en 2015 et l’annonce de l’arrêt de la lutte armée par le FLNC-UC en 2014 signait la victoire des « modérés » sur les « durs », même si le très écouté Charles Pieri avait, dit-on, agi en sous-main pour ce changement de tactique : la victoire par la voix légale.

(Presque) plus de nuits bleues donc, les Corses pouvaient choisir leur destin à travers le jeu démocratique, l’anti-terroriste française pouvait, quant à elle, se réorienter à 100% sur les islamistes et tout le monde était content.

Le problème est que l’Etat français, entre temps, a oublié que les Corses ont voté par deux fois pour les Nationalistes à la tête de la Collectivité Territoriale et que, partant, les Corses demandaient… plus d’autonomie. Le quinquennat d’Emmanuel Macron s’est caractérisé par l’aveuglement de l’Etat en la matière. Le Monde résume la situation en ces termes : « Ces événements [depuis l’attentat contre Yvan Colonna] soulignent aussi l’occasion manquée avec la Corse pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. La réforme constitutionnelle lancée en 2018 mais bloquée par le Sénat ouvrait la voie à un statut plus différencié pour l’île, conférant de nouveaux pouvoirs réglementaires à la Collectivité de Corse, y compris en matière fiscale. »

En clair, et cela parlera aux lecteurs de Breizh Info, c’est un peu comme si la France avait élu Marine Zemmour et que 7 ans après (Simeoni a été élu président de l’assemblée de Corse en 2015), Bruxelles se rendait enfin compte qu’il était temps de mettre la pédale douce sur l’immigration.

Pourtant, le quinquennat d’Emmanuel Macron avait débuté par l’élection de trois députés nationalistes sur les quatre que compte l’île. Tout émoustillé par le triomphe des inconnus de la LREM, le monde médiatique parisien avait traité le sujet par-dessus la jambe. Petit à petit, la Corse sans bombe repartait dans son anonymat lointain. Les émeutes de Corti et Bastia rappellent à Paris que rien n’est réglé entre le Cap Corse et Bonifacio et qu’il est temps de s’en occuper. C’est toujours la même chose avec l’Etat français, sans violence, pas de résultat. Aujourd’hui, la Corse, demain la Nouvelle-Calédonie. Après demain de nouveaux Gilets Jaunes ou Bonnets Rouges.

Sept ans après le triomphe de Femu a Corsica aux Territoriales, cinq ans après l’élection des députés nationalistes à l’assemblée nationale française, les Corses en avait déjà ras le bol d’attendre que quelque chose bouge. Et l’attentat djihadiste contre Colonna est arrivé… Etincelle !

Mais pourquoi et comment est arrivée cette étincelle ?

Depuis des années, les Nationalistes mènent un travail de corsisation des esprits. Et ce travail devrait faire réfléchir en Bretagne. Car les « Natios » ont pénétré tous les rouages de la société. L’Université de Corti, passage obligé pour la jeunesse corse qui veut faire des études, est quasiment une annexe des partis nationalistes, à travers les organisations de jeunesse; depuis une semaine, « l’Università di Corsica » appelle même Macron « à initier de façon urgente un dialogue avec l’ensemble des acteurs institutionnels, politiques, économiques et culturels de la Corse afin que se tiennent dans les plus brefs délais des Etats Généraux sur un processus de reconnaissance permettant au peuple corse d’exister légitimement sur sa terre. » Imaginez la même chose de la part de Rennes 2 !

Les deux FDSEA de Haute-Corse et de Corse du Sud n’en disent pas moins en dénonçant « la volonté de ce gouvernement de ne pas donner volontairement tous les moyens et les compétences à une assemblée Corse et à un peuple Corse qui les réclament, condamne donc la Corse au sous-développement et à la misère. 
Dans ce contexte, la FDSEA de Haute-Corse, fidèle à ses engagements remontant à la Cave Depeille à Aléria, saura prendre toutes ces responsabilités si la situation devait s’empirer. »

Là encore, imaginez les 5 FDSEA bretonnes signer ce genre de communiqué !

Et ne parlons pas du principal syndicat de l’île, le STC, des syndicats lycéens, de l’église, des parents d’élèves, des clubs sportifs, etc… le nationalisme corse a profondément pénétré la société corse ! Il faut dire que celui-ci ne cherche pas à plaire en priorité aux sections « sociologie du genre » de la fac de Rennes 2.

Le nationalisme breton, quant à lui, courra cette année la Redadeg, événement populaire s’il en est, sur le thème du… « genre » ! De quoi bien le couper, une fois de plus, de l’immense majorité de la population bretonne qui n’en a rien à foutre des petits drames existentiels de certains hommes en robe.

Le nationalisme corse poursuit sa tâche d’encadrement de la société corse en lui parlant dans sa langue et en menant un travail social et politique national.

Le nationalisme breton, pour sa part, suit avec zèle la voie de garage de la Gauche française. Projet de société global et national d’un côté, groupusculisme entre NPA et Sandrine Rousseau de l’autre. Deux pays, deux ambiances.

Anne-Sophie Hamon

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0 réponse

  1. Ce n’est pas l’Etat français qui a tenté d’assassiner le tueur Colonna mais bien un musulman. La seule erreur de la France est de ne pas avoir expulsé cet islamiste que la lecture du coran a rendu fou furieux.

    1. Ce n’est pas l’Etat français qui a tenté d’assassiner? Hum, on entend plus parler de ce djihadiste bizarre non?

  2. quand dans une prison hypersécurisée avec vidéo pour « surveiller » 24h/24, des détenus dangereux, un djihadiste peut étrangler un corse, il y a de quoi être révolté, de là à commettre de la violence ? mais comme on peut le voir, il n’y a que la violence qui paie ! la suspension immédiate de la mesure pour les deux autres membres du commando en est la preuve!
    il est bon souhaitable que les gouvernement écoutent les doléances du « populo » avant que la colère se déchaine!
    mais il semble que les zotorités actuelles soient trop intelligentes et subtiles (comme le disait Legendre, un responsable larem il y a quelques 2 ou 3 ans)

  3. La Corse, c’est comme la Bretagne; l’ïle de beauté et la péninsule sont destinées aux Corses et aux Bretons.
    Et non pas aux riches bunkérisés du monde entier sur les si non pareilles côtes légendaires parmi un océan de misérables venant du monde entier, un peu partout.
    De toute façon, le « game » est « over » & les asperges sont à point.
    C’est en train de suffire.

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