Crimes français : Avec les suppliciées d’Appoigny et La disparue du cinéma débute une nouvelle collection littéraire entre polar noir et cauchemar judiciaire

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Les éditions 10/18 frappent fort,en partenariat avec Libération, avec leur nouvelle collection de True Crime, consacrée aux grandes affaires criminelles françaises. Un pari audacieux et réussi, dès les deux premiers opus : Les suppliciées d’Appoigny et La disparue du cinéma. Un cocktail redoutable entre roman noir, glauque à souhait, et enquête journalistique digne de Faites entrer l’accusé. Frissons garantis.

Quand la banalité du quotidien vire au cauchemar

Après avoir exploré les grands faits divers américains avec le magazine Society, l’éditeur 10/18 revient sur nos terres, avec la complicité des journalistes de Libération. Le principe : exhumer des affaires françaises parfois tombées dans l’oubli, mais qui ont pourtant fait trembler tout un pays. Des histoires de tortures, de disparitions, de silences complices… dans des villes que chacun connaît. À Appoigny, bourg tranquille de l’Yonne. À Strasbourg, cité européenne. Et demain, qui sait, peut-être près de chez vous.

Le résultat est glaçant. Car ces récits ne relèvent pas de la fiction. Ce sont des morceaux d’histoire criminelle, authentiques, documentés, racontés avec une plume vive et sans complaisance.

Les suppliciées d’Appoigny : dans la cave de l’horreur

Dans ce premier volume, Sabrina Champenois revient sur l’affaire Dunand, survenue en 1984 dans un pavillon apparemment sans histoire. Claude et Monique Dunand, couple en apparence ordinaire, ont séquestré deux jeunes femmes pupilles de la DDASS, Huguette et Michaëlla. Violées, torturées, livrées à une trentaine de « clients »… avant que l’une d’elles ne parvienne à s’échapper. Le témoignage fait l’effet d’une bombe.

Mais l’enquête révèle surtout un système d’une noirceur insondable : protection de l’agresseur, disparition opportunes de carnets contenant les noms des clients, témoins retrouvés morts… Malgré la gravité des faits, Claude Dunand sera libéré au bout de dix ans. Et jamais les « clients » n’auront à répondre de leurs actes. L’ombre d’un réseau, de complicités politiques ou administratives ? L’écho à l’affaire Emile Louis – autre tortionnaire de l’Yonne – est troublant.

Ce récit dépasse le simple fait divers : il dénonce l’impunité, l’indifférence envers les plus faibles, et l’inquiétante porosité entre les sphères de pouvoir et le crime organisé. Un livre coup de poing.

La disparue du cinéma : drame intime en huis clos

Le second opus, signé Guillaume Tion, se déroule en 1995 à Strasbourg. Une femme enceinte, Carole Prin, disparaît en se rendant à la maternité. Le compagnon, Roland Moog, au comportement froid et étrange, devient naturellement suspect. Mais aucun corps, aucune preuve. L’affaire piétine pendant quatre ans… jusqu’à la découverte macabre d’une malle contenant les restes de Carole et de son bébé.

Le récit, haletant comme un thriller psychologique, scrute avec précision la personnalité trouble de Roland Moog, projectionniste obsédé par le cinéma, menteur pathologique, enfermé dans ses scénarios intimes. Est-il un monstre dissimulé derrière la banalité ? Ou un homme dépassé par ses mensonges ? L’enquête ne répond pas à toutes les questions. Et c’est là toute la force du livre.

Une collection prometteuse… et dérangeante

En s’attaquant à des affaires moins connues que celles de Dupont de Ligonnès ou du petit Grégory, 10/18 et Libération réussissent leur coup. Le style est nerveux, littéraire mais très accessible (chaque livre se lit en quelques heures), et le travail d’enquête est rigoureux. Ces livres se lisent comme des polars, avec la sidération supplémentaire que tout est vrai.

Ces histoires nous rappellent que l’horreur ne porte pas toujours le masque du monstre. Parfois, elle a les traits banals du voisin d’à côté, du collègue discret ou de la mère de famille irréprochable. Et c’est peut-être ce qui fait le plus peur.

YV

📚 À lire :

  • Les suppliciées d’Appoigny, par Sabrina Champenois – Éditions 10/18
  • La disparue du cinéma, par Guillaume Tion – Éditions 10/18

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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