Le retour de Max Fridman, de Vittorio Giardino (bande dessinée).

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Vittorio Giardino, l’un des maîtres de la ligne claire italienne, a dans ses deux grandes séries dénoncé le régime communiste, tant pendant la guerre d’Espagne (Max Fridman) que lors du printemps de Prague (Jonas Fink). Dix-huit ans après ses dernières aventures, nous retrouvons Max Fridman en Autriche, en 1938.

Les première aventures de Max Fridman se déroulent en 1930, à Budapest. La guerre de l’ombre que se livrent les services du contre-espionnage a déjà fait une victime : les membres du réseau français Rhapsodie ont été éliminés. Le gouvernement français décide alors d’envoyer un enquêteur efficace « retraité » du service actif des services secrets : Max Fridman. Après la réussite de sa mission à Budapest, Max Fridman prend des vacances en Turquie. Les grandes puissances tentent d’y mettre la main sur un chercheur russe ayant fui le régime communiste.

Max Fridman se rend ensuite en Espagne, en novembre 1938. Il est à la recherche d’un ami anarchiste engagé dans les Brigades internationales. Tout porte à croire qu’il a été exécuté par les communistes. Bravant le danger, il rejoint le front de l’Ebre où les nationalistes entament la contre-offensive qui les mènera à la victoire finale. De retour à Barcelone, il se retrouve mêlé à la lutte intestine que se livrent staliniens et anarchistes.

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Les nouvelles aventures de Max Fridman se déroulent à Vienne. Les troupes de la Wehrmacht entrent en Autriche le 12 mars 1938, sans rencontrer la moindre opposition. Le mois suivant, le rattachement de l’Autriche au Reich est voté par 99 % des Autrichiens. C’est l’Anschluss : l’Autriche est annexée par l’Allemagne nazie. La famille Meyer, de confession juive, cultivée et profondément attachée à son pays, assiste, incrédule, à ce changement politique. Le père, Franz, médecin, reste convaincu que l’Autriche, pays de culture, va finir par rejeter l’idéologie du IIIème Reich allemand. Mais il se retrouve interdit d’exercer son métier dans la clinique publique. Puis sa fille Myriam est licenciée de la maison d’édition où elle travaille comme rédactrice. Seul un officier, von Trudhof, tente de leur venir en aide. Fin 1938, Franz Meyer comprend qu’il va falloir fuir avec sa famille. Il contacte une cousine germaine parisienne qui n’est autre que la mère de Max Fridman, revenu d’Espagne depuis seulement quelques semaines. Celui-ci, qui autrefois a eu une liaison avec Myriam, accepte de leur venir en aide. Mais les contrôles d’identité deviennent systématiques et le Reich délivre très peu de visas. Max Fridman, surveillé de très près par la police, monte alors un plan périlleux pour faire passer les Meyer en Suisse…

Il aura donc fallu attendre 18 ans, depuis la sortie du précédent album, pour que Vittorio Giardino nous raconte la suite des aventures de Max Fridman.

Vittorio Giardino est né le 24 décembre 1946 à Bologne. Ingénieur en électronique de 1969 à 1978, il dessinait le soir chez lui pour s’amuser, même s’il n’avait jamais fait d’études artistiques. Il s’est converti sur le tard au 9e art, à l’âge de trente et un an. Il se consacre dès lors exclusivement à la bande dessinée.

En 1979, il crée sa première série : Sam Pezzo. Cette histoire d’un détective rend hommage au film noir américain. En 1982, il commence les aventures de Max Fridman. En 1983 paraissent les premières planches de Little Ego, pastiche érotique du Little Nemo de Winsor McCay. Il reprend la veine policière en 1991 avec Vacances fatales. Il entame une nouvelle série en 1993, Jonas Fink, histoire d’un jeune garçon dans la Tchécoslovaquie des années 1950, sous le régime communiste. Le premier volume des aventures de Jonas Fink, L’enfance, a reçu l’Alph’art du meilleur album étranger au festival d’Angoulême en 1995.

S’adressant à un public d’adultes, il raconte le destin de personnages normaux dont les désirs sont contrariés par le cours de l’histoire. Fils d’un ingénieur servant dans l’armée fasciste puis après 1943 aux côtés des alliés, il se passionne pour les conflits du milieu du XXème siècle et se documente beaucoup pour ses œuvres.

Par son trait précis et minutieux, il a créé les meilleures bandes dessinées dénonçant la dictature communiste : Jonas Fink et Max Fridman. Giardino, au sujet de son héros Max Fridman, déclarait : « Nous avons des points communs : nous sommes tous les deux barbus, nous fumons la pipe et nous ne sommes pas très grands. Nos parcours politiques se ressemblent aussi : nous sommes de gauche mais nous avons perdu notre foi politique, sans pour autant renier nos convictions profondes. La différence, c’est que je n’ai pas connu la guerre » (Bo Doï, n°116, mars 2008).

Dans Max Fridman, Vittorio Giardino signe un récit très documenté sur la fin de la guerre d’Espagne. Précisant que « chaque camp agit selon sa vision des choses », il ne porte aucun jugement sur les motivations des nationalistes ou des républicains. Puis, dans ce nouvel album, il décrit la nouvelle société autrichienne alors qu’elle passe sous le contrôle du IIIème Reich allemand. La première partie se concentre, en 78 pages, sur les problèmes que rencontre la famille Meyer. Dans la seconde partie, un peu plus longue (86 pages), Max Fridman, fraîchement rentré d’Espagne, va tenter de mener les Meyer, sains et saufs, en Suisse. On retrouve la finesse de l’écriture de l’artiste, son insistance sur la psychologie, sa reconstitution soigneuse d’une époque (architecture, costumes…), sa construction subtile d’une intrigue où se mélangent espionnage, récit historique et romance.

Sa ligne claire, admirable de limpidité, restitue avec précision Vienne après l’Anschluss. Son trait est toujours aussi élégant.

Les éditions Glénat rééditent l’intégralité de cette série dans un nouveau format, plus réduit. Chaque volume est complété d’un cahier d’illustrations et d’une contextualisation historique par l’auteur. Le premier rassemble les deux premières aventures (« Rhapsodie hongroise » et « La Porte d’Orient ») et le deuxième regroupe le cycle espagnol (« No pasaran », « Rio de sangre » et « Sin ilusión »). Le troisième volume contient la totalité de cette nouvelle aventure se déroulant en Autriche en 1938.

Max Fridman, Volume 3, Hiver 1938 : Les Cousins Meyer, 192 pages, 25 euros. Editons Glénat.

Kristol Séhec

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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