Agriculture. 43 % des exploitants français ne gagnent même pas le SMIC : l’angle mort scandaleux des lois agricoles

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Une étude inédite, publiée par l’Observatoire de la rémunération agricole équitable de Max Havelaar France à la veille des débats parlementaires sur la nouvelle Loi d’urgence agricole, vient de mettre des chiffres précis sur une réalité que des décennies de politiques publiques n’ont jamais réussi à corriger : 43 % des agriculteurs français vivent en moyenne sous le seuil du SMIC. Pis encore, 54 % d’entre eux gagnent moins que le salarié médian. Pour leur garantir à tous une rémunération minimale équivalente au salaire minimum, il manque chaque année 4,7 milliards d’euros sur la facture nationale – un déficit historique qui s’est creusé sur les deux dernières années.

Une étude qui change radicalement le diagnostic

Les chiffres sont connus depuis longtemps. La précarité paysanne est l’un des serpents de mer du débat agricole français, périodiquement remis sur la table à la faveur d’un suicide d’éleveur, d’une mobilisation de tracteurs ou d’une crise européenne. Ce qui distingue cette nouvelle étude, c’est sa méthode : pour la première fois, l’Observatoire ne se contente pas de décrire des moyennes statistiques. Il quantifie précisément ce qui manque, en euros, pour assurer à chaque exploitation française un revenu équivalent au SMIC.

Le résultat tombe comme un couperet : 3,3 milliards d’euros manquaient en moyenne chaque année sur la dernière décennie. Mais ce déficit explose littéralement sur les deux dernières années, atteignant 4,7 milliards d’euros en 2023 et 2024 – deux années records. Loin d’être conjoncturel, ce phénomène apparaît comme structurel, traduisant une incapacité durable du modèle agricole français à assurer une rémunération minimale dans l’ensemble des filières.

Comme le souligne Jules Colombo, délégué général de l’Observatoire, agir sur le prix payé aux producteurs reste aujourd’hui le levier le plus direct pour sécuriser durablement leurs revenus. Une affirmation qui, à la veille des débats sur la Loi d’urgence agricole – un texte qui ne place pas la question du revenu au centre de son dispositif – sonne comme une mise en demeure adressée au gouvernement et aux parlementaires.

Le mythe des « bonnes années qui compensent les mauvaises »

L’un des apports les plus précieux de l’étude tient à sa capacité à démentir une idée reçue tenace : celle selon laquelle l’agriculture obéirait à une logique de vases communicants, les bonnes années venant éponger les pertes des mauvaises. Les données présentées par l’Observatoire dessinent un tableau radicalement différent.

Année après année, la part des agriculteurs sous le SMIC oscille de plus de sept points en moyenne, créant une instabilité chronique qui empêche toute projection sereine. Plus inquiétant encore : même lors des années les plus favorables au secteur, un agriculteur sur trois reste sous le SMIC. Et 14 % des exploitations enregistrent en moyenne un résultat négatif – elles travaillent donc à perte.

Cette volatilité durable fragilise structurellement la capacité des exploitations à investir, à se projeter et à se transmettre. Pour un éleveur ou un céréalier confronté à une mauvaise année, la probabilité statistique de demeurer dans cette impasse les années suivantes s’avère élevée. L’ascenseur social agricole est en panne, et les exploitations fragilisées s’enlisent durablement dans la précarité.

Augmenter les volumes et exporter ne sauvera pas les paysans

L’étude prend également de front trois recettes magiques régulièrement servies dans le débat public : produire davantage, exporter plus, dérégler les contraintes environnementales. Conduite sur des séries longues pouvant atteindre trente ans selon les filières, l’analyse statistique de l’Observatoire est sans équivoque : l’évolution des revenus agricoles est fortement corrélée au niveau des prix payés aux producteurs, mais elle n’est pas significativement corrélée à l’évolution des volumes produits ou à celle des flux commerciaux.

Autrement dit : produire plus n’enrichit pas les agriculteurs. Exporter davantage non plus. Seul le prix au producteur fait réellement bouger l’aiguille des revenus. Une vérité économique qui contredit frontalement le discours productiviste tenu par une large partie de la FNSEA et du gouvernement depuis des décennies, mais qui légitime au passage les démarches de commerce équitable et de prix minimum garanti, comme le souligne Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France.

Pour les défenseurs d’une agriculture paysanne ancrée dans les territoires, cette démonstration constitue un argument de poids face aux apôtres de la course aux volumes et de la compétition mondialisée. Le salut des paysans français ne viendra pas de la conquête de parts de marché en Asie ou de la mécanisation à outrance, mais d’une juste rémunération de leur travail à travers des prix décents.

Des filières et des territoires inégaux face à la précarité

L’étude révèle par ailleurs des écarts considérables entre filières et entre régions, signe que la France agricole est en réalité plurielle.

Parmi les filières les plus exposées : 53 % des exploitants en céréales, légumineuses et oléagineux vivent sous le SMIC, 52 % dans la filière bovin viande, 51 % dans les filières ovines et caprines. Les filières fruitières (50 %), maraîchères (44 %) et horticoles (40 %) sont également gravement touchées. À l’inverse, la viticulture (38 %) et les autres grandes cultures comme la pomme de terre ou la betterave (34 %) apparaissent relativement plus résilientes – sans pour autant être à l’abri.

Cette cartographie révèle une vérité dérangeante : ce sont précisément les filières qui constituent le socle de la souveraineté alimentaire française – l’élevage bovin et ovin, les céréales, les fruits et légumes – qui sont les plus précarisées. Les éleveurs bovins, dont on déplore régulièrement la disparition accélérée, figurent parmi les premières victimes du système.

La Bretagne mieux lotie, l’Occitanie en grande souffrance

Sur le plan territorial, les contrastes sont également saisissants. L’Occitanie affiche le triste record de 57 % d’agriculteurs sous le SMIC. La Nouvelle-Aquitaine atteint 51 %, tout comme la Corse, classée en situation critique. L’Auvergne-Rhône-Alpes compte 47 % d’agriculteurs précarisés, soit plus de 21 560 exploitants concernés.

À l’inverse, la Bretagne fait figure de relative bonne élève avec 31 % d’agriculteurs sous le SMIC – soit 12 points de moins que la moyenne nationale. Un écart qui s’explique probablement par la structure historiquement coopérative de l’agriculture bretonne, par la diversification des productions et par la densité du tissu agro-industriel régional, qui assure des débouchés réguliers aux exploitants.

Cette relative résilience bretonne ne doit toutefois pas masquer une réalité crue : même dans la région française la mieux lotie, près d’un agriculteur sur trois ne parvient pas à se rémunérer au niveau du SMIC. Pour les paysans bretons, la précarité reste donc une menace concrète, particulièrement dans les filières d’élevage en pleine restructuration.

Quand le couple et la pluriactivité sauvent les meubles

Dernier enseignement, et non des moindres, de l’étude : pour beaucoup de familles paysannes, le revenu agricole ne suffit tout simplement plus à faire vivre le foyer. Les agriculteurs dont le conjoint exerce une activité non agricole bénéficient d’un niveau de vie supérieur de 14,6 % en moyenne à ceux qui n’ont pas de conjoint. Les pluriactifs – ceux qui cumulent l’agriculture avec une autre activité, salariée ou indépendante – voient leur niveau de vie progresser de 19,5 % par rapport aux mono-actifs agricoles.

Ces chiffres en disent long sur la situation réelle de l’agriculture française : pour boucler les fins de mois, il faut désormais que l’épouse ou l’époux travaille à l’extérieur, ou que l’exploitant lui-même cumule plusieurs casquettes. Le métier d’agriculteur, autrefois capable de faire vivre dignement une famille, est devenu pour une large part incapable d’assurer cette fonction sociale élémentaire.

Une question politique majeure pour la souveraineté nationale

Au-delà des chiffres, cette étude pose en réalité une question civilisationnelle. Une nation qui n’est plus capable d’assurer un revenu décent à 43 % de ses agriculteurs peut-elle prétendre maîtriser sa souveraineté alimentaire ? Peut-elle préserver ses paysages, ses bocages, ses élevages, ses traditions culinaires ? Peut-elle prétendre défendre la ruralité quand celle-ci est saignée à blanc par un système qui ne valorise plus le travail de la terre ?

Les réponses politiques apportées depuis des années – lois Egalim 1, 2 et 3, contractualisations, indicateurs de coûts de production, allègements fiscaux – ne semblent pas avoir produit les effets escomptés. Pis : les chiffres montrent que la situation s’est dégradée sur les deux dernières années, malgré l’arsenal législatif déployé. La nouvelle Loi d’urgence agricole, qui ne place pas la question du revenu au cœur de son dispositif, risque fort de connaître le même destin que ses devancières.

Pour les défenseurs d’une agriculture paysanne, ancrée, traditionnelle et rémunératrice, le diagnostic posé par cette étude constitue un outil précieux. Il identifie clairement le levier économique sur lequel agir – le prix payé au producteur – et démonte les fausses recettes du productivisme et de la fuite en avant exportatrice. Reste à savoir si les responsables politiques français, prisonniers depuis des décennies des lobbies agro-industriels et de la grande distribution, auront enfin le courage d’agir véritablement sur ce levier. À défaut, les paysans français continueront de disparaître, au rythme effarant de plusieurs centaines d’exploitations par mois. Et la souveraineté alimentaire de la France avec eux.

Méthodologie

L’Observatoire de la Rémunération Agricole Équitable s’appuie sur l’analyse des micro données issues du Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA) sur la période 2015–2024, couvrant plusieurs centaines de milliers d’exploitations agricoles françaises.

Elle combine des données économiques individuelles avec des simulations permettant d’estimer les montants nécessaires pour garantir un revenu équivalent au SMIC. L’étude intègre également des analyses différenciées par filière, par région et selon la structure des foyers agricoles. Ces travaux permettent d’aller au-delà des moyennes statistiques et de mesurer concrètement les écarts économiques au sein de la profession agricole.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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4 réponses à “Agriculture. 43 % des exploitants français ne gagnent même pas le SMIC : l’angle mort scandaleux des lois agricoles”

  1. Bibi56 dit :

    Pollution et subventions sont les deux mamelles de l’agriculture.

  2. guillemot dit :

    On ne peut pas signer des traités du type mercosur qui sont autant de coups de couteau dans le dos de nos agriculteurs, les ligoter avec l’explosion des règlements et subir les injonctions de la commission européenne et en même temps s’étonner de la paupérisation ( et à court terme la mort ) de notre monde agricole.

  3. RAYMOND NEVEU dit :

    Avant de dire n’importe quoi lisez un bilan d’exploitation agricole et apprenez à le lire, vous comprendrez si vous n’êtes pas trop cons à le lire…pour VIDER le POSTE BENEFICE votre gentille comptable va gonfler les postes AMORTISSEMENTS et IMMOBILISATIONS pour les plus importants…et bien d’autres postes annexes! Ah ils sont doués les péteux du café du commerce! Lorsque je signe un bail agricole genre 18-24 publiable je veux consulter le BILAN. Nous sommes en période d’arnaques républicaines: on veut nous faire croire que tous les engrais viennent du Golfe Persique!

  4. Andre COUTAND dit :

    Nous aimerions beaucoup vous y voir !

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