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Intervention d’Antoine Dresse le samedi 11 avril 2026 à La Maison de la Chimie. Antoine Dresse, né en 1996 est un philosophe belge, fondateur et animateur de la chaîne YouTube EgoNon, spécialisée en philosophie politique. Il contribue à la revue Éléments, où il tient une chronique de philosophie. Auditeur de la formation Iliade, il y intervient désormais comme formateur et dirige les quatre collections du pôle éditorial de l’Institut publiées par les éditions de la Nouvelle Librairie.
La liberté est l’un de ces mots-slogans que notre époque invoque sans relâche. On la brandit partout, dans les discours politiques, dans la publicité ou dans les indignations du jour. Nous sommes saturés de proclamations de liberté. Et pourtant il suffit d’observer un instant notre condition réelle pour sentir un étrange décalage : jamais nous n’avons autant parlé de liberté, et jamais nous n’avons été aussi souvent ramenés à une forme d’impuissance. Impuissance à peser sur le cours des choses, impuissance à transmettre, parfois même impuissance à nommer ce qui arrive sans être immédiatement rappelés à l’ordre.
Ce décalage tient peut-être à ceci : la « liberté » est devenue dans la pensée moderne, pour une large part, une déclaration. On l’affiche, on la revendique, on l’énonce comme un principe suffisant ou comme un droit inaliénable, comme si dire « liberté » faisait déjà exister des libertés. Mais une liberté réelle n’est pas un mot : c’est une capacité, et même un pouvoir.
La Constitution nous garantit le droit d’être libres, certes, mais ce droit ne nous rend pas effectivement libres, pas plus que le droit d’être riches ne garantit la présence de millions sur notre compte en banque.
Or, dès que la liberté est pensée comme un simple droit, on finit par la concevoir comme une simple absence d’entraves. Et si la liberté ne signifie plus qu’« être empêché le moins possible », alors toute discussion à ce sujet se réduit spontanément à la question de savoir ce qui nous empêche d’être libres. Pour les uns, par exemple, c’est l’État le premier coupable, du fait des impôts, des réglementations, de la bureaucratie, etc. Pour les autres, encore, c’est le Marché, par la dissolution des appartenances, la pression des intérêts ou la marchandisation du monde. Ces deux critiques sont loin d’être absurdes. L’anti-étatiste voit juste lorsqu’il décrit la liberté rognée par la tutelle administrative, la fiscalité et la réglementation, et l’instauration insidieuse d’une dépendance toujours plus grande au « monstre froid ». Et l’anti-libéral voit juste lui aussi lorsqu’il décrit une logique marchande qui tend à réduire les liens humains à des contrats, les héritages à des préférences et les appartenances à des options subjectives, bref, à dissoudre ce qui tient les hommes ensemble.
Mais si ces deux diagnostics touchent juste, c’est aussi parce qu’ils convergent plus qu’ils ne le croient. Car l’État moderne comme le marché ont besoin d’un même matériau humain, à savoir des individus séparés, désaffiliés et rendus interchangeables. Plus la société se défait, plus l’État doit administrer – et plus le Marché peut coloniser les existences. Voilà pourquoi le duel État contre Marché tourne souvent à vide : il n’est que le symptôme d’une définition appauvrie de la liberté, alors que la question décisive est celle des conditions de la liberté.
C’est ici que le thème de nos « libertés » prend tout son sens. Les libertés ne vivent pas dans l’abstraction ; elles ne se réduisent pas à un droit écrit ni à une permission. Elles existent comme des capacités concrètes, et ces capacités supposent un monde commun : des règles, des mœurs, des lieux, des médiations et des institutions vivantes. Quand ces formes se défont, la liberté demeure proclamée – et sans doute la proclame-t-on plus encore –, mais elle devient impuissante.
L’enjeu des conférences de ce jour sera donc, en partie, d’illustrer en quoi les libertés concrètes que nous défendons sont au contraire des puissances, des capacités d’agir, ce qui implique de renouer avec leur dimension sociale. Car une liberté n’est jamais un pur état intérieur : elle s’exerce toujours dans un monde d’hommes, avec des hommes et sur des hommes. Même lorsqu’on croit n’user que de sa liberté personnelle, on la déploie dans un tissu de relations, de devoirs, de loyautés, de conflits et de coopérations. Une liberté réelle est donc toujours, d’une manière ou d’une autre, un pouvoir situé.
Or, dès que l’on regarde les choses ainsi, une conséquence apparaît, souvent scandaleuse pour l’esprit moderne, à savoir qu’une liberté qui devient effective prend la forme d’une autorité. Cela paraît aller contre le bon sens tant nous sommes habitués à opposer ces deux notions de liberté et d’autorité. Pourtant, la seconde n’est que la finalité et le complément de la première. Bien sûr, il n’est pas question ici de l’autorité comme brutalité ou arbitraire, mais comme puissance reconnue, encadrée, durable et responsable. Autrement dit, la liberté ne s’accomplit pas contre toute règle ; elle s’accomplit lorsqu’elle trouve une forme qui la rend stable et transmissible. Là où cette forme manque, la liberté n’augmente pas. Elle se dissout en caprice et, de nouveau, en impuissance.
Pour le comprendre, il suffit d’observer quelques réalités simples. Quand on parle de défendre des libertés face à un État tout-puissant – par exemple les libertés des familles, des communes, des métiers ou la liberté religieuse –, on sous-entend à chaque fois des règles internes et une hiérarchie de compétences. La liberté d’une famille n’est pas l’absence de structure ; c’est, au contraire, la reconnaissance d’une autorité parentale en son sein qui implique devoirs et continuité. La liberté d’une commune ne consiste pas à être « sans pouvoir », mais à disposer d’un pouvoir réel sur place, enraciné et responsable devant les siens.
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Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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