Le Finistère procure une base politique mais ne permet pas de jouer dans la cour des grands, c’est-à-dire à Paris. Après plusieurs essais infructueux, Maël de Calan (divers droite)& tente une nouvelle opération, avec Edouard Philippe cette fois. “Coordonner“ une campagne présidentielle n’est pas une partie de plaisir mais plutôt un chemin de croix lorsque le “patron“ a des casseroles.
« J’ai beaucoup s’atomes crochus avec Edouard Philippe. C’est un homme d’échange, d’écoute, avec pour principale qualité l’humilité (…) On a affaire à un homme d’Etat… Avec un truc en plus », racontait David Robo (Horizons), maire de Vannes (Le Télégramme, jeudi 8 avril 2021). Il faudra attendre le dimanche 2 mai 2027 à 20 heures pour savoir si le maire du Havre est devenu effectivement un « homme d’Etat »… Même discours sur l’« homme d’Etat » avec Ronan Loas (Horizons), maire de Ploemeur : « C’est quelqu’un que j’apprécie et qui a la stature d’un homme d’Etat. Il sait faire la liaison avec le centre et porter cet étendard d’une droite modérée et humaniste qui est aujourd’hui un peu à terre » (Le Télégramme, vendredi 8 octobre 2021) Lui aussi devra attendre mai 2027… Certes, en ce moment, les enquêtes portant sur les intentions de vote ne lui sont pas favorables : au second tour, 48 % pour Philippe et 52 % pour Marine Le Pen (Elabe, La Tribune Dimanche, 12 juillet 2026)… mais patience la campagne ne fait que démarrer…
L’heure des courtisans a sonné, on a pu le vérifier lors du meeting à l’Adidas Arena (Paris). Ainsi Anne Le Hénanff (Horizon), ministre du numérique, est ravie d’avoir observé « un homme prêt. J’ai vu une basculer aujourd’hui. Il s’est livré aux Français. Il a pris le temps de raconter à chacun qui il était, d’où il venait, le cap qu’il donnait à la France et à son programme et les enjeux majeurs. » (Le Télégramme, lundi 6 juillet 2026) Dans les louanges, Maël de Calan (divers droite), président du conseil départemental du Finistère, est meilleur : il a vu en Edouard Philippe « un présidentiable, droit, carré, qui a les épaules et en même temps humain. Oui, il a fendu l’armure. L’exercice est réussi. » Dans le discours de l’ex-Premier ministre, le Breton note « des choses très fortes » sur la politique pénale, sur l’école, sur les finances publiques. « Cela fait douze ans qu’on parle de la règle d’or. Il a rappelé qu’il fallait lui donner une valeur contraignante. » (Le Télégramme, lundi 6 juillet 2026)
Ne pas confondre French American Foundation et franc-maçonnerie
Tant de belles paroles méritait récompense. Un rôle national ne peut que satisfaire de Calan – il en rêve depuis longtemps ; il sera « coordinateur de l’ensemble des porte-paroles (nationaux et thématiques). Un rôle d’animateur vis-à-vis de ceux qui devront, durant la campagne, décrypter auprès des médias les messages délivrés par Edouard Philippe, mais aussi riposter quand il s’agira de répondre à des interpellations de ses adversaires politiques. » (Le Télégramme, vendredi 24 juillet 2026) Voilà un job à temps complet. Or, président du conseil départemental du Finistère est également un job à temps complet pour lequel il touche une indemnité… Comme du temps de Raymond Marcellin dans le Morbihan, ce sera le directeur de cabinet qui fera le boulot pendant que le patron s’occupe de la “grande politique“ à Paris…
Plusieurs choses rapprochent Philippe et de Calan. Certes, les médias s’empresseront de rappeler que les deux hommes ont été tous les deux porte-paroles d’Alain Juppé entre 2013 et 2016, mais ils oublieront de noter que tous les deux appartiennent à la même caste : les élites pro-américaines. Maël de Calan appartient à la promotion 2018 des “Young leaders“ de la French American Foundation (Le Figaro Economie, mardi 10 juillet 2018). Quant à Edouard Philippe (promotion 2012), il appartient à la “confrérie“ comme François Hollande, Alain Juppé (première promotion), Emmanuel Macron, Amélie de Montchalin, Najat Vallaud-Belkacem ou Jean-Noël Barrot. « Les Young Leaders sont sélectionnés sur trois critères : leur passion pour la relation franco-américaine, le fait qu’ils soient en passe de réussir leur vie professionnelle et leur capacité à diriger », explique Jacques Aschenbroich, le président de la French-American Foundation en France (Le Figaro, samedi 4-dimanche 5 juillet 2026)
Les « 65 ans », c’est pire que le ruban adhésif
A propos des interpellations des adversaires politiques d’Edouard Philippe, il y en aura une qui reviendra régulièrement sur le tapis – celle qui concerne l’âge du départ en retraite. « J’ai toujours dit que je considérais qu’il fallait bouger sur les retraites, bouger beaucoup. J’ai parlé d’un report de l’âge légal à 65, 66 ou 67 ans », déclare Edouard Philippe alors qu’il est Premier ministre (Aujourd’hui en France, dimanche 9 octobre 2022). Réaction agacée d’Emmanuel Macron : « Tous les Premiers ministres ont fait une réforme des retraites. Seul Edouard n’a pas réussi à aller jusqu’au bout de la sienne. Et maintenant le voici qui en propose une avec un départ à la retraite à 67 ans. » (Le Canard enchaîné, 12 octobre 2022) Nous faisons confiance à Maël de Calan pour mettre au point, avec l’aide des communicants, une “bonne“ réponse, moitié langue de bois, moitié “techno“ capable d’embobiner l’électeur. En effet, il ne pourra pas se contenter d’affirmer : « Travailler plus longtemps, travailler plus pour enrichir le pays, les salariés et réduire la dette. » (Le Télégramme, lundi 6 juillet 2026)
D’autres grands chantiers attendent de Calan. Ainsi, il lui faudra expliquer au bon peuple en quoi consiste cette magnifique déclaration d’Edouard Philippe : « Mon programme sera massif » (Le Point, 5 septembre 2024) Le Parquet national financier a ouvert une enquête judiciaire pour « harcèlement moral, favoritisme, détournement de fonds publics » (Le Monde, jeudi 21 mai 2026). Cette affaire concerne le maire du Havre, un certain Edouard Philippe… Là encore, le “coordinateur“ devra faire preuve d’imagination pour vendre aux journalistes une histoire crédible ; en effet, si Philippe se dit « innocent », cela ne suffira pas. Et convaincre les électeurs que l’affirmation d’Edouard Philippe est ferme et définitive : « Aucune décision non définitive de justice ne m’empêchera d’être candidat. » (Le Nouvel Obs, 18 juin 2026).
Un « robinet d’eau tiède »
L’année précédente, le candidat à l’élection présidentielle avait crié : « Je suis en colère » (Le Point, 29 mai 2025). Pourtant Eric Ciotti, l’ancien président de LR, se refuse à travailler avec lui : « En aucun cas. Edouard Philippe incarne ce magma central, sans audace et sans courage, qui a tiré la France vers le bas. Nous n’avons pas besoin d’un robinet d’eau tiède, de la poursuite du “en même temps“ » (Aujourd’hui en France, dimanche 1er juin 2025).
A coup sûr, Maël de Calan a du pain sur la planche pour séduire d’abord les médias puis les « foules sentimentales ». D’autant plus que Philippe fait une croix sur les électeurs du RN : « Un électeur qui vote RN est un électeur perdu pour nous. Les électeurs qui ont quitté la droite pour le RN ne feront pas le chemin inverse, contrairement à ce que s’imaginent les Républicains. » (Le Journal du dimanche, 20 juillet 2025)
Une question que tout électeur – breton ou autre – peut poser : combien Maël de Calan est-il payé pour jouer au “coordinateur“ ? Vu tous les ennuis et obstacles qu’il rencontrera, il mérite un gros salaire ! Voire une prime de résultat si Philippe arrive à l’Elysée.
Bernard Morvan
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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