Roman provocateur se déroulant près de Saint-Malo, Le blé en herbe, longtemps après le film de Claude Autant-Lara, fait l’objet d’une nouvelle adaptation, cette fois-ci en bande dessinée.
Phil a seize ans et Vinca quinze. On pourrait croire qu’ils sont frère et sœur. Chaque année, ils passent leurs vacances ensemble, en Bretagne, près de Saint-Malo, dans une maison louée par les deux familles. Mais cet été marque un tournant : c’est l’amour qui commence à naître entre eux. Pourtant, Mme Dalleray, pleine de charme, fait irruption dans la vie de Phil et éveille en lui un désir troublant. Phil, flatté par l’attention de cette femme belle mais âgée, lui rend en cachette des visites nocturnes, que Vinca ne tarde pas à découvrir. Ce glissement vers l’interdit menace ce qui liait jusque-là les deux adolescents… À la fin de l’été, la mystérieuse Mme Dalleray s’en va. Dans les derniers jours de leur séjour estival, Phil et Vinca prennent conscience qu’une saison de leur vie s’est close. Ils découvrent l’expression des sentiments amoureux, qu’ils éprouvaient déjà l’un pour l’autre, sans vraiment se les avouer.

Sidonie Gabrielle Colette, dite Colette (1873-1954), critiquée à l’époque pour être féministe, bisexuelle et athée, reste par son style l’un des grands écrivains français. Elle portait une grande attention à la justesse des mots, notamment lorsqu’ils s’exprimaient la nature ou une sensualité librement épanouie.
Il faut savoir qu’à plus de quarante ans, trompée par son mari, elle était devenue la maîtresse de son beau-fils, qui avait alors seize ans. Cette relation, qui dura cinq années, nourrit le Blé en herbe, publié en 1923. Ce livre fut écrit lors des vacances de Colette, dans sa propriété de Roz-Ven, à Saint-Coulomb, entre Saint-Malo et Cancale. L’histoire conte l’initiation sentimentale et sexuelle de deux adolescents parisiens, amis depuis leur plus tendre enfance. Les marques de tendresse abondent tout au long du récit, lors de promenades ou de baignades. Mais ce n’est qu’à la fin du livre qu’ils se découvriront charnellement. Lors de sa sortie, il y a un siècle, ce roman provocateur fut considéré comme une véritable atteinte aux bonnes mœurs.

On ne compte plus les romans de Colette adaptés à l’écran : La Vagabonde, Claudine à l’école, L’Ingénue libertine, Chéri, La Chatte Mitsou, Julie de Carneilhan, Gigi… En 1954, Claude Autant-Lara adapte Le Blé en herbe, avec Pierre-Michel Beck, Nicole Berger, Edwige Feuillère, mais aussi, dans un rôle de second plan, Louis de Funès. Selon Philippe d’Hugues, « Le Blé en herbe mérite aujourd’hui de figurer sur la liste des classiques majeurs du cinéma français » (Le Figaro.fr, 8 août 2006).

Laura Carpentier, née en 2002 en Bretagne, lectrice avide, découvre Colette au lycée. L’idée d’adapter Le Blé en Herbe en bande dessinée lui vient pendant ses études d’animation 2D à l’école Pivaut de Nantes, dont elle sort diplômée en 2024. C’est ainsi qu’en 2026, Laura Carpentier publie son premier album : Le Blé en Herbe.
Elle représente Mme Dalleray avec pudeur, habillée de blanc, et nettement moins âgée que dans le film d’Autant-Lara. Son graphisme élégant respecte le ton du récit. Son travail à la gouache est d’une grande douceur.

Le blé en herbe, 22 euros, 144 pages. Editions Sarbacane.
Kristol Séhec.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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