Microbiote buccal : l’alcool seule boisson associée à un changement, devant le thé et le café

Publicité

Les gros buveurs hébergent dans leur bouche environ 10 espèces de bactéries de plus que les abstinents. Le chiffre circule depuis une présentation faite au congrès Nutrition 2026 et relayée début août par la presse américaine. Il mérite d’être examiné de près, parce qu’il recouvre 2 travaux distincts et qu’il ne dit pas ce qu’on lui fait dire.

La bouche humaine abrite plus de 700 espèces bactériennes, dont 400 à 500 dans la zone sous-gingivale, sous la ligne des gencives, où l’oxygène est rare et où se déclarent les maladies parodontales. Cet écosystème réagit à l’alimentation, au sommeil, aux médicaments, au stress. Un déséquilibre prolongé — les chercheurs parlent de dysbiose — est associé aux parodontites, mais aussi à des pathologies générales : maladies cardiovasculaires, diabète, maladie d’Alzheimer.

Deux études, pas une

La première a été publiée en janvier 2024 dans le Journal of Nutrition par une équipe conduite par Samantha Maley, à l’université de Buffalo. Elle porte sur 1 179 femmes ménopausées suivies dans le cadre de l’étude OsteoPerio, elle-même adossée à la Women’s Health Initiative. Les prélèvements ont été faits par pointes de papier insérées dans les poches gingivales de 12 dents, puis séquencés par ARN ribosomique 16S. La consommation d’alcool a été mesurée par questionnaire alimentaire.

La seconde n’est pas publiée : elle a été présentée au congrès Nutrition 2026 et n’a donc pas encore été soumise à l’évaluation par les pairs. C’est celle-ci qui fournit le chiffre de 10 espèces supplémentaires, et la comparaison avec le thé, le café et les boissons sucrées. Elle a utilisé des échantillons de bain de bouche, et non des prélèvements sous-gingivaux.

Publicité

Ce que montre l’étude publiée

Sur les 1 179 participantes, 67 % consommaient de l’alcool et 14 % déclaraient au moins 1 verre par jour. Le vin représentait 66 % de l’alcool total consommé dans l’échantillon.

Le résultat principal tient en 2 points. D’abord, la composition d’ensemble de la flore sous-gingivale — ce que les auteurs appellent la bêta-diversité — diffère significativement selon le niveau de consommation, une fois pris en compte l’âge, le tabac, l’indice de masse corporelle, le brossage, le fil dentaire, les visites chez le dentiste et une dizaine d’autres variables.

Ensuite, la richesse en espèces au sein d’une même bouche est plus élevée chez les plus fortes consommatrices : 127 espèces observées en moyenne dans le groupe à 7 verres par semaine ou plus, contre 116 chez les abstinentes. C’est de cet écart que vient le chiffre de 10 bactéries supplémentaires.

Sur les 245 espèces analysées, 19 ressortaient comme associées à la consommation d’alcool avant correction statistique. Après correction de Bonferroni, une seule tenait : Selenomonas sp. oral taxon 133, dont l’abondance relative était plus faible chez les grosses consommatrices. Aucune association significative au niveau du genre.

Une diversité plus grande n’est pas une bonne nouvelle

C’est le point contre-intuitif de ces travaux. Dans la plupart des contextes — flore intestinale notamment — une diversité microbienne élevée est considérée comme favorable. Dans la zone sous-gingivale, c’est l’inverse : les auteurs rappellent que l’augmentation de la diversité est associée à la sévérité de la maladie parodontale. Leur hypothèse est que l’alcool pourrait favoriser les parodontites précisément en augmentant cette diversité.

Deux mécanismes sont avancés. L’alcool affaiblit la capacité de phagocytose des neutrophiles, cellules clés de la défense antibactérienne, ce qui peut permettre une prolifération et une pénétration bactériennes accrues. Il réduit par ailleurs le flux salivaire, ce qui acidifie la cavité buccale — un environnement qui favorise justement les bactéries associées aux maladies des gencives.

Les praticiens interrogés par Epoch Times pointent le même mécanisme dans la pratique quotidienne. Ambereen Fatima, dentiste dans le Massachusetts, dit surveiller en particulier le verre pris juste avant le coucher, l’alcool asséchant la bouche au moment où la salive cesse de jouer son rôle de rinçage. Le vin et la plupart des mélanges à cocktail sont acides et sucrés par-dessus le marché.

Le vin, la bière et les spiritueux

L’étude de 2024 a examiné les 3 types de boissons séparément. Aucune différence significative de bêta-diversité selon le type d’alcool. Pour la diversité intra-buccale, le vin ressort — mais avec une réserve décisive : chez les femmes qui ne buvaient que du vin, aucune association significative n’apparaît, sur aucun des 3 indices testés.

Les auteurs l’expliquent par la puissance statistique : le vin pesant les deux tiers de l’alcool consommé, il était mécaniquement plus facile d’y détecter un effet que pour la bière ou les spiritueux. Leur conclusion est explicite : c’est probablement la quantité totale d’alcool qui compte, pas la nature de la boisson.

Selon la présentation de 2026, l’alcool est la seule catégorie de boisson associée à une modification d’ensemble de la flore buccale. Thé, café et boissons sucrées n’auraient eu que peu ou pas d’effet, des travaux antérieurs ayant même relevé des bénéfices possibles du café et du thé non sucrés.

Ce que ces travaux ne démontrent pas

Les auteurs de 2024 énumèrent eux-mêmes les limites, et elles sont substantielles.

L’étude est transversale : elle ne permet aucune conclusion sur la chronologie ni sur la causalité. La consommation d’alcool a été déclarée par questionnaire, méthode exposée à la sous-déclaration.

Surtout, lorsque les non-buveuses sont retirées de l’analyse, plus aucune association significative n’apparaît entre le niveau de consommation et la diversité bactérienne. Autrement dit, l’écart se joue entre boire et ne pas boire, et non entre boire peu et boire beaucoup — ce qui laisse ouverte l’hypothèse que d’autres différences entre buveuses et abstinentes expliquent le résultat. Les auteurs le reconnaissent noir sur blanc en conclusion.

Ces différences existent d’ailleurs dans les tableaux : les consommatrices les plus régulières étaient plus souvent fumeuses ou anciennes fumeuses (63 % contre 37 % chez les abstinentes), plus diplômées, plus minces, et consommaient moins de sucre. Les abstinentes avaient l’apport en saccharose le plus élevé et le score d’alimentation saine le plus bas.

Enfin, l’échantillon est composé de femmes ménopausées, à 96 % ou plus blanches et non hispaniques, largement diplômées, dans la région de Buffalo. La transposition à d’autres populations n’a rien d’automatique. La consommation de bain de bouche n’a pas été recensée, alors qu’elle modifie la flore buccale.

Steve Mascarin, dentiste à Toronto, rappelle par ailleurs dans Epoch Times que la maladie parodontale résulte d’une inflammation et d’une communauté bactérienne dans son ensemble, et non d’agents pathogènes isolés, et qu’elle dépend aussi de l’hygiène, du tabac, du diabète et du suivi dentaire.

L’étude de Buffalo a été financée par les National Institutes of Health et le département de la Défense américain. Ses auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Une réponse à “Microbiote buccal : l’alcool seule boisson associée à un changement, devant le thé et le café”

  1. subsidized Inhumanity Fest dit :

    Huile essentielle de clou de girofle TOUJOURS DILUEE, attention aux dosages 1 goutte = trois brossages de dents, ou trois bains de bouche (sans alcool) etc… .
    .
    Surprenant : diluer l’huile de clou de girofle 1 goutte dans 15cl l’huile alimentaire pour se faire des bains, ou en application locale directe (cotton tige) en cas de douleurs dentaires liées aux caries .

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

cerveau

Santé

Santé. 1 AVC sur 5 pourrait être mal compris — et donc mal prévenu, selon une étude publiée dans Circulation

A La Une, Sociétal

« Homo occidentalis » : Fourquet et Rabinovitch décrivent la grande bascule anthropologique de l’Occident

Rugby, Sport

Top 14. Toulon – RC Vannes : grosse rotation, premières de Kuruvoli et Jonas, Cotarmanac’h à l’ouverture… ce qui attend le RCV à Mayol

E brezhoneg, Local, NANTES, Sociétal, Société

Diwazh-Liger (44) : Petra ober gant ar banniel LGBT er vediaoueg ?

Economie

Inzinzac-Lochrist (56) : la Chambre régionale des comptes dresse le portrait d’une commune au bord du gouffre financier

Environnement

« Carbone » : le documentaire qui réhabilite l’élément le plus diabolisé de la planète

racket_fiscal_csg

Economie

Loire-Atlantique. Nantes, Saint-Nazaire, Saint-Herblain : les maires socialistes préparent les contribuables à la hausse des impôts locaux

Sport, ST-MALO

Saint-Malo. 118 bateaux, 13 jours de fête : tout savoir sur le Village Départ de la Route du Rhum

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire, Patrimoine

Wimille (62) : Une commune de plus à s’engager pour la langue picarde

Culture, Culture & Patrimoine

Revente de billets en France : Céline Dion et Lady Gaga font flamber les prix, les femmes restent minoritaires

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Gastronomie, Le Mag'

Châteaumeillant ou l’or rouge du Quincy

Découvrir l'article

Agriculture, Environnement, Le Mag'

Grand incendie de Gironde, une bombe à retardement pour le vignoble bordelais ?

Découvrir l'article

Santé

Santé. Les bains de bouche du commerce, faux amis de votre bouche ?

Découvrir l'article

Ensauvagement, Justice, RENNES, Sociétal

Rennes : sans permis et positif au cannabis, il fuit la police

Découvrir l'article

Santé, Vie Pratique

Barbecue : ce que certaines marinades peuvent masquer

Découvrir l'article

Santé

Vitamine B12 et vieillissement musculaire : ce que montrent deux nouvelles études sur la souris

Découvrir l'article

Ensauvagement, RENNES

Rennes : après les nuisances et les rixes, les attroupements interdits place de Bretagne

Découvrir l'article

Economie, Football, Sport

Coupe du monde 2026 : la bière à 24 dollars, ou comment les stades plument les supporters

Découvrir l'article

Santé

Maladie rénale chronique : une épidémie silencieuse qui touche des centaines de millions de personnes

Découvrir l'article

Sociétal

Pourquoi la gauche aime les raves illégales et déteste les banquets français ?

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.