Vitré : la chambre régionale des comptes alerte sur une dégradation financière devenue structurelle

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À Vitré, l’autofinancement net de la commune est tombé à 25 euros par habitant en 2024, contre 123 euros en moyenne pour les communes de taille comparable. Sans la hausse des taux d’imposition votée la même année, il aurait même été négatif. C’est l’un des constats les plus frappants du rapport d’observations définitives de la chambre régionale des comptes de Bretagne, délibéré le 10 mars 2026 et portant sur les exercices 2019 et suivants.

La juridiction financière a examiné la gestion de la sous-préfecture d’Ille-et-Vilaine sous trois mandatures successives : celle de Pierre Méhaignerie (jusqu’au 25 mai 2020), d’Isabelle Le Callennec (jusqu’au 3 juillet 2024) et de l’actuel maire Pierre Léonardi. Six recommandations en ressortent, principalement axées sur la gouvernance budgétaire et la gestion du patrimoine.

Un pôle dynamique mais des charges plus lourdes que la moyenne

Avec 18 998 habitants en 2021 et une croissance annuelle moyenne de 1,1 % portée désormais par le solde migratoire, Vitré reste un pôle urbain structurant aux portes de la Bretagne. La ville-centre d’une agglomération de près de 85 000 habitants conserve un profil économique solide, même si l’industrie (38 % de l’emploi privé) recule au profit du tertiaire.

Mais cette centralité a un coût. Étendue sur 3 703 hectares, la commune supporte un linéaire de voirie de 6,75 mètres par habitant, contre 4,81 en moyenne dans sa strate. Le budget voirie de fonctionnement atteint 4,3 % des charges de gestion pour une moyenne de 2,2 %, et les espaces verts 7,2 % contre 4,2 %. La ville assume par ailleurs de nombreux équipements de centralité : château, centre culturel Jacques Duhamel, parc des expositions, soutien au club de basket Aurore (Nationale 1), crèches.

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L’effet de ciseau qui ronge les marges

Le cœur du diagnostic financier tient en une formule : un « effet de ciseau émergent ». Les recettes restent stables en euros constants malgré une hausse de la fiscalité, tandis que les dépenses progressent sous l’effet de la croissance démographique et de l’inflation énergétique. Les dépenses d’électricité ont ainsi bondi de 0,574 million d’euros sur la période.

La commune a perdu une partie de son indépendance fiscale avec la suppression de la taxe d’habitation et l’exonération partielle de taxe foncière sur les locaux industriels. Désormais, 40 % de ses recettes sont faiblement évolutives, dépendant de dotations de l’État et de Vitré Communauté qui ne progressent que de 0,5 % par an. La dotation globale de fonctionnement par habitant n’atteint que 47 euros, contre 182 en moyenne dans la strate — un écart que le maire qualifie d’« abyssal » et « injustifié » dans sa réponse.

Résultat : l’épargne de gestion est passée de 3,9 à 3,3 millions d’euros entre 2019 et 2024. L’encours de dette a grimpé de 14,7 à 16,1 millions d’euros, portant l’endettement à 825 euros par habitant (803 en moyenne dans la strate), alors qu’il lui était inférieur en 2019. La capacité de désendettement, à 5,9 années, se rapproche dangereusement de la durée de vie moyenne de la dette. Sur six exercices, quatre se sont soldés par un résultat de fonctionnement négatif, la section ne s’équilibrant plus que par report de réserves — une situation que la chambre juge « ni pérenne ni souhaitable ».

Une gouvernance budgétaire jugée trop lâche

La chambre pointe une procédure budgétaire insuffisamment outillée. La « lettre de cadrage » 2025 ne comportait ni plafonds chiffrés ni hypothèses économiques structurantes. La programmation pluriannuelle des investissements est qualifiée de « théorique et lacunaire » : le rapport d’orientation budgétaire affichait 60,6 millions d’euros d’investissements sur 2025-2029 (12 millions par an), quand un document interne estimait la capacité réelle à 40 millions (8 millions par an). Les écarts entre orientations et budget primitif sont marqués, avec une épargne brute « divisée par plus de deux ».

L’organisation administrative interroge également. L’organigramme faisait apparaître deux directeurs généraux des services, ce qui est juridiquement impossible : le titulaire exerçait en réalité des missions d’expertise tandis que son adjoint remplissait les fonctions de DGS. Le maintien de ce poste sans exercice réel représentait un coût de 115 000 euros en 2024. Le maire a indiqué que la situation serait régularisée au 31 mai 2026, échéance du détachement.

La mutualisation des services avec Vitré Communauté, formalisée dès 2017, a permis une montée en compétence, mais a parfois été vécue par les agents comme « un éloignement et une dépossession », selon une évaluation externe. Cette organisation bicéphale appelle, selon la chambre, des procédures partagées plus rigoureuses.

Un patrimoine considérable mais mal connu

Le second volet du rapport concerne la gestion immobilière. Avec 531 hectares de surface cadastrale, le patrimoine vitréen figure parmi les plus importants du département, aux côtés de ceux de Rennes et de Saint-Malo. Mais sa connaissance reste lacunaire : l’inventaire comptable affiche 204,3 millions d’euros quand l’actif du comptable atteint 260,7 millions, un écart de 56 millions tenant principalement aux biens mis à disposition.

Des incohérences cadastrales conduisent même la commune à payer des taxes foncières sur des équipements transférés à un EPCI, comme l’usine de traitement des eaux et un château d’eau, pour plus de 34 000 euros en 2023.

L’audit mené dans le cadre du schéma directeur immobilier et énergétique a passé au crible 80 bâtiments : un tiers présente un usage partiel, inexistant ou non identifié. L’état technique est globalement dégradé, avec dix-sept actifs jugés préoccupants ou critiques. Faute de plan pluriannuel d’entretien, la commune gère son parc « par réaction plutôt que stratégiquement », ce qui expose à des rénovations lourdes et coûteuses. La chambre recommande l’achèvement du schéma directeur, l’acquisition d’un logiciel de gestion du patrimoine et une priorisation des investissements.

Des contentieux coûteux

Le rapport relève enfin plusieurs contentieux non provisionnés, dont une condamnation par la cour d’appel de Rennes en 2023 à indemniser des propriétaires expropriés dans la ZAC de la Roncinière pour 4,1 millions d’euros, partiellement couverts par une assurance (1,487 million). Cette ZAC, en fin d’aménagement, devrait accuser une perte d’un million d’euros à intégrer dans la programmation.

Les deux édiles ont reconnu la dégradation constatée. L’ancienne maire Isabelle Le Callennec a confirmé « l’analyse faite par la Cour », citant le Covid, le coût de l’énergie, le contentieux de la Roncinière et la baisse des dotations de l’État. Pierre Léonardi a indiqué que la plupart des recommandations faisaient « d’ores et déjà l’objet d’actions engagées », tout en contestant celle relative au calendrier budgétaire.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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