La croix sans la foi : un essayiste américain dissèque la démocratie chrétienne allemande

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L’affaire est allemande, mais la question qu’elle soulève traverse toutes les droites européennes qui se réclament encore d’un héritage chrétien. Dans un texte publié le 9 août, l’auteur américain Joe Wozniak, formé à la théorie politique à Georgetown, part de la démission de Jens Spahn pour interroger ce qu’il reste de la démocratie chrétienne outre-Rhin.

Le fait

Le 18 juillet, Jens Spahn a quitté la présidence du groupe CDU/CSU au Bundestag. Ancien ministre de la Santé, longtemps cité parmi les chanceliers possibles, il avait eu un enfant avec son mari par le recours à une mère porteuse aux États-Unis. La gestation pour autrui est interdite en Allemagne, et Spahn s’était lui-même prononcé contre par le passé. Le chancelier Friedrich Merz, également président de la CDU, avait publiquement demandé ce retrait avant de le juger inévitable. Spahn conserve son siège de député.

La plupart des commentaires allemands ont retenu l’incohérence personnelle. Certains y ont vu l’occasion de plaider une libéralisation de la législation sur la procréation assistée. Wozniak, lui, considère que l’essentiel est ailleurs.

La thèse

Pour l’auteur, l’épisode est le symptôme d’une tradition devenue chrétienne de nom. Le parti fondé par Konrad Adenauer, écrit-il, entendait rebâtir l’Allemagne d’après-guerre sur des fondations morales et spirituelles précises, après la rupture du national-socialisme. Il aurait progressivement échangé cette ambition contre la respectabilité prudente d’un parti bourgeois dont l’objectif premier est la conquête et la conservation du pouvoir.

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Wozniak rappelle la matrice intellectuelle du projet : le refus simultané du collectivisme socialiste et d’un capitalisme purement matérialiste, dans la ligne de la doctrine sociale de l’Église, que Jean-Paul II formalisera en 1991 dans « Centesimus Annus ». L’affirmation centrale est anthropologique : la dignité humaine découle de la création de l’homme à l’image de Dieu, et l’ordre moral précède le politique au lieu d’en dériver.

Adenauer lui-même, dans ses mémoires, décrivait le conflit de son époque comme une opposition entre christianisme et matérialisme, y compris à l’intérieur des démocraties, et jugeait nécessaire l’existence de partis chrétiens capables non seulement d’imprégner la vie politique et économique, mais de créer les conditions d’une existence chrétienne pour les individus.

Le déclin, et ce qui l’explique

Wozniak ne fait pas de la CDU une coupable singulière. Il pointe une déchristianisation profonde de l’Allemagne, accélérée par la réunification : l’absorption de la RDA a fait entrer dans la République fédérale des millions de citoyens sans affiliation religieuse, après un demi-siècle d’athéisme d’État, rompant l’équilibre catholiques-protestants qui structurait le pays.

Le contraste est mesuré à l’échelle de deux décennies : d’Helmut Kohl, catholique rhénan qui parlait d’un tournant spirituel et moral, à Angela Merkel, dont les convictions propres sont restées un objet de débat. Il rappelle que la Loi fondamentale s’ouvre sur la responsabilité devant Dieu et devant les hommes, et que la Cour constitutionnelle avait, en 1975, jugé la légalisation de l’avortement incompatible avec le respect de la dignité humaine. Aujourd’hui, note-t-il, la discussion interne porte plutôt sur le point de savoir si le « C » du sigle exclut les non-chrétiens, question portée notamment par l’historien Andreas Rödder.

Sa critique la plus dure vise la stratégie d’accommodement : chercher la pertinence en épousant les valeurs séculières lui paraît une entreprise vaine, qui ne rapporte ni les convertis espérés ni la fidélité de la base. Il va jusqu’à évoquer le risque d’une reddition devant ce que Benoît XVI appelait la dictature du relativisme.

La croix comme folklore

L’épilogue proposé par Wozniak n’est pas Spahn, mais Markus Söder. En 2018, le ministre-président bavarois a instauré la Kreuzpflicht, l’obligation d’apposer un crucifix à l’entrée des bâtiments publics du Land. Restauration du christianisme dans l’espace public ? L’auteur y voit l’inverse. Söder avait justifié la mesure par l’identité culturelle et l’héritage historique bavarois, non par la signification religieuse de l’objet. La croix demeure, mais comme emblème folklorique plutôt que comme signe d’un ordre moral auquel gouvernants et gouvernés seraient également comptables.

Wozniak ajoute une objection stratégique à son objection de principe. Conserver les symboles en les coupant de leurs fondements sert d’abord à disputer un terrain culturel à l’AfD, qui menace désormais d’éclipser la CDU à droite de l’échiquier allemand. Il tient l’opération pour myope : un signe vidé de son contenu ne retient personne.

Ce que cela dit ailleurs

L’analyse concerne l’Allemagne, mais elle vaut question pour toutes les formations européennes qui invoquent des « racines chrétiennes » sans en tirer de conséquence politique. Elle a aussi ses angles morts, que le lecteur pèsera : elle suppose qu’un parti confessionnel reste possible dans une société largement sécularisée, et elle n’examine pas ce que la CDU aurait gagné ou perdu en refusant tout aggiornamento depuis 1990.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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