Douze secondes. C’est le premier acompte que Jonas Vingegaard vient de prélever sur le compte de Tadej Pogacar, samedi soir sur les hauteurs de Montjuïc. Douze petites secondes glanées au terme d’un contre-la-montre par équipes de 19,6 kilomètres, mais douze secondes lourdes de sens : le Danois avait promis la force du collectif, et le collectif a parlé. La Visma-Lease a Bike a lancé la 113e édition de la Grande Boucle en patronne, et son leader a franchi la ligne seul, maillot jaune sur les épaules. Ceux qui rêvaient tout haut d’un Pogacar vulnérable ont, ce soir, un début de commencement de preuve.
Vingegaard, le seul à faire tomber le rouleur
Partie en avant-dernière position dans les rues catalanes, la formation néerlandaise a pris les commandes dès le deuxième pointage intermédiaire pour ne plus jamais les lâcher. Rodée à l’exercice, elle a déroulé jusqu’à la rampe finale où son leader, lâché seul, est allé cueillir le meilleur temps au sommet de la colline barcelonaise. Un chrono qui a fait mieux que la référence d’un homme pourtant taillé pour ça : le double champion du monde de la spécialité, monstrueux de puissance sur le plat, avait posé la meilleure marque provisoire avant d’être dépassé pour huit petites secondes.
« Je n’ai pas fait grand-chose, mes coéquipiers m’ont emmené parfaitement », balayait le Danois à l’arrivée, tout sourire. Une modestie de façade pour un homme qui se dit désormais plus fort que l’an dernier, auréolé de son récent succès sur le Giro. Trois ans sans maillot jaune, et le voilà de nouveau en or, exactement là où il avait promis d’être. « C’est la plus grande course du monde, celle qu’on veut gagner », martelait-il avant le départ. Parole tenue dès le premier jour.
Pogacar loin d’avoir sombré
Attention toutefois à ne pas enterrer trop vite le Slovène. Certes, son équipe a été en retrait sur la longue portion plate qui longeait la Méditerranée, et le voilà relégué au troisième rang de l’étape, derrière une formation britannique venue s’intercaler. Mais dans l’ultime ascension, le quadruple vainqueur du Tour a de nouveau montré les crocs, larguant au passage son propre lieutenant mexicain. Troisième du général, il ne connaîtra pas un Tour intégral en jaune, mais il se retrouve idéalement placé et récupérera le maillot à pois dès dimanche. Douze secondes de retard, ce n’est pas une déroute. C’est un avertissement reçu, pas une condamnation.
Le crève-cœur de la formation britannique
La grande déçue de la journée porte un autre maillot. Annoncée archi-favorite de l’exercice après son sacre sur Paris-Nice, la formation britannique avait tout misé sur un Français pour endosser la première tunique jaune. Le scénario a viré au cauchemar dès les premiers kilomètres : une crevaison a contraint le Normand à laisser filer ses coéquipiers, réduisant à néant les espoirs d’un maillot jaune tricolore. Chargé du final par défaut, le puissant rouleur italien a longtemps caressé le rêve de la victoire, meilleur temps provisoire en poche, avant que Vingegaard ne vienne tout balayer. La cruauté du vélo dans toute sa splendeur.
Seixas, une entrée en matière prometteuse
Au rayon des satisfactions françaises, un gamin de dix-neuf ans a répondu présent. Pour ses tout premiers coups de pédale sur la Grande Boucle, le prodige lyonnais a été sagement propulsé dans la dernière rampe par son équipe, qui a suivi le plan de course à la lettre. Résultat : une belle montée, une sixième place pour sa formation et, surtout, une dixième position au général qui le place déjà en embuscade. Le futur maillot blanc n’a que peu concédé à ses rivaux directs pour le podium, preuve que le poussin a déjà des allures de coureur accompli.
Le classement se dessine
Les autres cadors ont globalement répondu à l’appel catalan. Le maillot blanc espagnol de Lidl-Trek ne lâche que seize secondes au Danois, devançant de peu le Belge de la Red Bull-Bora-hansgrohe, qui a pris une option sur le leadership de son équipe en réglant son propre coéquipier allemand, le tenant du maillot blanc de l’an passé.
Ce contre-la-montre nouvelle formule a rempli son office : mesurer la forme des favoris tout en préservant les leaders jusqu’à la bosse finale, où chacun s’est livré. Le duel Vingegaard-Pogacar est lancé, et il promet. Rendez-vous dès dimanche sur les pentes du Château de Montjuïc, où le Slovène aura à cœur de rendre la monnaie de sa pièce. Le Tour n’a que quelques heures, et il tient déjà son feuilleton.
Photo ; © A.S.O / Thomas Maheux
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