Une cité résidentielle remarquablement conservée, datant de l’époque byzantine et enfouie dans le désert occidental égyptien : telle est l’une des deux découvertes archéologiques majeures annoncées ce samedi par les autorités du Caire. Deux trouvailles que le gouvernement égyptien espère mettre au service de son secteur touristique, ressource vitale pour un pays en manque de devises.
Une ville chrétienne surgie du IVe siècle
La première découverte, réalisée dans l’oasis de Dakhla, éclaire la vie quotidienne, le développement urbain et les activités économiques de la région au IVe siècle, à l’époque où l’Égypte faisait partie de l’Empire byzantin. Les quartiers exhumés s’organisent autour d’axes nord-sud croisés par des rues est-ouest, dessinant des places et des espaces publics — l’urbanisme soigné d’une véritable cité.
À la tête de l’agglomération, dominant les artères principales, se dresse une basilique datant du milieu du IVe siècle, flanquée des vestiges de deux tours de guet qui veillaient sur les abords. Les archéologues ont mis au jour une structure fortement fortifiée aux épais murs défensifs, ainsi que de nombreuses maisons dotées de salles de réception et de toits voûtés. Parmi elles, la demeure d’un certain Tisous, identifié comme diacre, aurait servi d’église domestique avant l’édification de la basilique — un témoignage précieux des débuts de l’organisation chrétienne dans la région.
Le site livre aussi les traces concrètes du quotidien : fours à pain, cuisines, meules de pierre pour la production alimentaire. Les fouilleurs ont également exhumé des monnaies de bronze bien conservées, ornées de portraits d’empereurs byzantins, d’inscriptions latines et de symboles chrétiens, ainsi qu’un ensemble de pièces d’or remontant au règne de l’empereur romain Constance II, qui gouverna de 337 à 361. Enfin, quelque 200 fragments de poterie, utilisés comme support d’écriture, portent des inscriptions détaillant transactions commerciales, correspondances et menus faits de la vie courante. Située dans la province de New Valley, l’oasis figure sur la liste indicative de l’UNESCO, à une marche de son inscription au Patrimoine mondial.
Dix-huit tombeaux près d’Alexandrie
La seconde découverte a été faite à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Alexandrie, sur le site de Marina el-Alamein. Les archéologues y ont dégagé dix-huit tombeaux anciens — onze creusés dans la roche, d’une profondeur moyenne de huit mètres, et sept construits en surface en calcaire —, portant à quarante-huit le nombre total de sépultures recensées sur le site. Vases, amphores, lampes, plats, autels et bassins de calcaire y ont également été retrouvés.
La responsable de la mission fait état d’un sarcophage de granit de 2,5 mètres, contenant des restes de squelette en cours d’étude, à proximité duquel gisaient les vestiges d’un sphinx de plâtre. Plus singulier encore, les fouilleurs ont découvert quatre pièces d’or placées dans la bouche de certains défunts — une pratique funéraire de l’époque connue sous le nom de « langue d’or ». Mis au jour en 1986, Marina el-Alamein correspondrait à l’antique cité portuaire gréco-romaine de Leukaspis, bâtie au IIe siècle et prospère jusqu’au IVe.
L’archéologie au service d’une économie fragile
Au-delà de leur intérêt scientifique, ces annonces s’inscrivent dans une stratégie assumée. Aux côtés du canal de Suez, le tourisme constitue l’une des principales sources de devises pour une Égypte à court de liquidités, et le tourisme patrimonial en forme un pilier. Or le secteur retrouve des couleurs après les années difficiles qui ont suivi le soulèvement de 2011, puis la pandémie. Le pays a accueilli un nombre record de 19 millions de visiteurs l’an dernier, en hausse de 21 % par rapport à 2024, et les quatre premiers mois de 2026 confirment la tendance, avec 6,1 millions de touristes contre 5,7 millions sur la même période un an plus tôt. En exhumant ces vestiges d’un passé chrétien et gréco-romain, l’Égypte mise autant sur sa mémoire que sur son avenir économique.
Photo : ministère du tourisme egyptien
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