On le sait peu mais en Andorre, petit pays coincé entre l’Espagne, la Catalogne et la France, la seule langue officielle est le catalan. Même si l’espagnol, le français et l’anglais sont largement parlé pour des raisons économiques et touristiques, le catalan reste l’un des fondements de l’identité andorrane.
Or cette identité risque d’être mise à mal avec l’embauche prochaine de 450 travailleurs dans l’hôtellerie issus de pays hors espace Schengen, le tout pour des contrats allant jusqu’à neuf mois et ce « afin de pallier la difficulté croissante de recrutement » précise notre confrère local de la Veu Lliure.
L’Association hôtelière andorrane (UHA) estime que ce projet pourrait être utile à certains établissements. Son président, Jordi París, déclare qu’« une entreprise pourra probablement en tirer profit » et souligne que cette phase de test permettra d’évaluer la viabilité du modèle avant son extension. L’association a également transmis au gouvernement plusieurs propositions d’ajustements, mais préfère attendre les résultats avant d’en juger l’efficacité.
Le programme stipule que les travailleurs doivent justifier d’au moins deux ans d’expérience professionnelle, être titulaires d’un contrat validé avant leur arrivée en Principauté et bénéficier d’un logement fourni par l’entreprise. De plus, les employeurs prennent en charge 50 % des frais de voyage.
Cette mesure intervient à un moment où le secteur du tourisme alerte sur de sérieuses difficultés à recruter du personnel pendant la saison estivale, ce qui, selon l’UHA, engendre des tensions dans la prestation de services.
Quid de la maîtrise de la langue catalane ?
Bien que la nécessité de garantir le fonctionnement du principal moteur économique du pays soit évidente, le recours massif à la main-d’œuvre étrangère en provenance de pays non membres de l’UE soulève un débat qui ne saurait se limiter exclusivement au monde des affaires.
Premièrement, cette politique met à l’épreuve la capacité du pays à préserver le catalan comme langue officielle et couramment utilisée dans les espaces publics et professionnels. L’intégration de centaines de travailleurs qui, comme on peut s’y attendre, ne maîtrisent pas la langue exige la mise en place de dispositifs d’accueil linguistique efficaces. Sans cet investissement, le risque existe que l’espagnol ou d’autres langues se consolident comme langues de communication dans des secteurs stratégiques tels que l’hôtellerie-restauration, compromettant ainsi les objectifs de normalisation linguistique promus ces dernières années.
Deuxièmement, la cohésion sociale risque d’être compromise si ces intégrations sont envisagées uniquement sous l’angle du remplacement de postes vacants. L’intégration des nouveaux travailleurs exige des politiques publiques qui dépassent le cadre du contrat de travail : formation en langue catalane, connaissance des institutions, des droits et devoirs, et aménagements leur permettant de participer pleinement à la vie sociale du pays durant leur séjour.
Plusieurs experts en politiques migratoires s’accordent à dire que l’intégration est plus efficace lorsqu’elle s’accompagne d’un processus d’accueil structuré. À défaut, des dynamiques de ségrégation, des difficultés de communication avec la population résidente et le sentiment croissant que les besoins économiques priment sur les objectifs de cohésion nationale peuvent se développer.
Enfin, ce projet pilote met en lumière un débat fondamental : dans quelle mesure l’économie andorrane dépend-elle d’un modèle fondé sur le recours récurrent à une main-d’œuvre temporaire ? Sans actions parallèles visant à améliorer les conditions de travail, à faciliter l’accès au logement ou à promouvoir les qualifications professionnelles des résidents, le recrutement local risque de devenir une solution structurelle à un problème aux causes bien plus profondes.
Andorre découvre la burqa et le burqini !
Difficulté supplémentaire : cette affaire de recrutement intervient alors que la principauté est en plein débat sur l’interdiction ou non de la burqa et du burqini sur son territoire.
Toujours selon La Veu Lliure, le parti politique Andorre Endavant a annoncé son intention de présenter un projet de loi visant à interdire le port du niqab et du burkini en Principauté. Cette annonce a été faite lors du débat d’orientation politique qui se tient cette semaine au Conseil général (le parlement andorran -NdBzhInfo).
Comme l’a expliqué le parti, cette initiative répond à des raisons de sécurité nationale ainsi qu’à la volonté de défendre la dignité et les droits des femmes .
Le parti dirigé par Carine Montaner considère que ces vêtements sont incompatibles avec les valeurs d’égalité et de coexistence qui, selon le parti, doivent prévaloir dans le pays.
Le projet de loi a été annoncé dans le cadre des interventions dans le débat sur l’orientation politique, où le parti a exposé ses principaux axes d’action et les initiatives législatives qu’il prévoit de promouvoir.
Pour l’instant, Andorre Endavant n’a pas précisé le contenu exact du texte de loi ni la portée précise des interdictions qu’elle entend proposer. La proposition devra suivre la procédure parlementaire en vigueur avant de pouvoir être débattue et soumise au vote du Conseil général.
Le débat a été relancé ces derniers jours en Andorre suite à la présence de deux baigneuses portant des burkinis au centre sportif de Serradells, un vêtement qui n’est actuellement pas interdit dans la Principauté.
Andorra Endavant est un parti politique souverainiste andorran et fortement sceptique sur l’immigration extra-européenne.
Photo : Diego Delso (Wikipedia)
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