La Guyane n’est pas un territoire périphérique : avec 83 846 km², c’est le plus grand département français, une superficie comparable à celle du Portugal, et une région ultrapériphérique de l’Union européenne qui abrite le Centre spatial guyanais de Kourou, classé installation prioritaire de défense. C’est pourtant aussi, selon une analyse publiée par The European Conservative, l’une des frontières les plus poreuses d’Amérique du Sud : à quelques kilomètres des pas de tir d’Ariane, les fleuves Oyapock et Maroni, qui séparent la Guyane du Brésil et du Suriname, se traversent en pirogue en moins de dix minutes.
Un droit européen strict, des voisins beaucoup plus permissifs
Cette proximité crée une asymétrie structurelle. D’un côté s’applique l’intégralité du droit européen, parmi les plus stricts au monde en matière de lutte anti-blanchiment ; de l’autre, des juridictions bien plus permissives. Une étude de l’Instituto Escolhas citée dans l’article estime qu’en 2020, environ 19 tonnes d’or exportées du Brésil — 17% du total — n’avaient aucune origine ou permis d’exploitation vérifiés. Côté surinamais, la validation EITI 2024 attribue au pays un score de seulement 58,5/100. Résultat : selon des estimations de la gendarmerie française citées par le Pulitzer Center, environ huit tonnes d’or illégal seraient produites chaque année en Guyane, contre une seule tonne de production légale déclarée.
L’or, vecteur principal de blanchiment
Avec une once d’or ayant vu son prix bondir d’environ 280% entre 2015 et fin 2025, l’orpaillage illégal serait devenu l’une des sources de revenus les plus attractives pour le crime organisé en Amazonie, les corridors du plateau des Guyanes canalisant entre 80 et 120 tonnes d’or illégal par an selon l’analyse. Les réseaux impliqués formeraient une configuration hybride classique : le groupe criminel brésilien Primeiro Comando da Capital, qui blanchirait de l’or via des sociétés-écrans et des raffineries légales ; l’ELN colombien, taxant des sites miniers vénézuéliens ; des réseaux chinois finançant du matériel lourd côté surinamais ; et des réseaux libanais liés au clan Barakat, désigné par le Trésor américain en 2004 pour soutien logistique au Hezbollah. Une opération internationale menée en décembre 2025 avec Interpol a permis 198 arrestations, mais les flux se seraient rapidement réorganisés.
La « sortie verte » : quand l’or illégal devient crédit carbone
Fait plus récent et préoccupant selon l’auteur : la convergence entre économie de l’or illégal et fraude aux crédits carbone. Des enquêtes de la police fédérale brésilienne auraient mis au jour, via le réseau Banco Master/Reag Investimentos, la création de près de 169 millions d’unités théoriques de crédits carbone sur des terres publiques d’Amazonie, sans réduction d’émissions vérifiée ni acheteurs réels — pour une valorisation combinée d’environ 45,5 milliards de reals brésiliens. L’opération judiciaire « Carbono Oculto », lancée fin août 2025, a visé une quarantaine de fonds d’investissement liés à ce montage ; la banque centrale brésilienne a placé Reag en liquidation en janvier 2026. Les enquêteurs auraient baptisé ce mécanisme la « sortie verte » : des capitaux illicites réinjectés dans l’économie via des véhicules d’investissement présentés comme « verts », potentiellement attractifs pour des investisseurs européens.
Un enjeu de souveraineté pour l’Europe
L’auteur souligne que ces dynamiques affectent simultanément l’intégrité des frontières extérieures de l’UE, la résilience de ses marchés financiers face aux capitaux blanchis, l’intégrité du marché carbone européen, et l’autonomie stratégique spatiale, la Guyane hébergeant le principal spatioport du continent. Le contexte régional n’arrange rien : les tensions entre le Venezuela et le Guyana en 2025, avec l’incursion d’un navire militaire vénézuélien près d’une plateforme pétrolière d’ExxonMobil, alimenteraient l’instabilité du plateau des Guyanes. La cocaïne suivrait les mêmes routes que l’or : 2,8 tonnes ont été saisies en Guyane française en 2024, et la population carcérale des territoires d’outre-mer français a augmenté de 47% entre 2013 et 2023, en partie liée au narcotrafic.
Cinq axes de réponse proposés
L’analyse préconise cinq mesures : un commandement interministériel de résilience hybride pour les territoires d’outre-mer, associant armées, douanes, justice et renseignement ; une coopération transfrontalière permanente avec le Brésil et le Suriname, incluant des patrouilles fluviales conjointes ; une traçabilité obligatoire de l’or et des crédits carbone entrant dans l’UE ; un renforcement du filtrage des investissements étrangers en Guyane ; et l’intégration explicite du territoire dans les exercices de menace hybride de l’UE et de l’OTAN. Pour l’auteur, la Guyane ne doit plus être traitée comme un problème local d’orpaillage, mais comme un laboratoire des vulnérabilités stratégiques européennes du XXIe siècle.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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