Née d’une gestation pour autrui aux États-Unis, Olivia Maurel est devenue en quelques années la voix la plus identifiable du mouvement abolitionniste international. Porte-parole de la Déclaration de Casablanca, elle a passé 3 jours en Argentine, du 10 au 12 août, après une tournée au Chili. Universités, Parlement, ministère des Affaires étrangères, magistrats spécialisés dans la traite : le programme témoigne d’une porte largement ouverte dans un pays qui, jusqu’ici, ne dispose d’aucune législation claire sur la pratique.
Deux témoignages sur la même estrade
Le 10 août, à l’Universidad Austral, à 50 km de Buenos Aires, Olivia Maurel a participé devant environ 200 personnes à un panel intitulé « Ce qu’on ne vous dit pas sur la GPA ». Une médecin spécialiste de la médecine fœtale l’a ensuite interrogée devant le personnel et les étudiants de l’hôpital universitaire.
L’après-midi, à la faculté de droit de l’Université de Buenos Aires, un colloque interdisciplinaire a réuni juristes, médecins et témoins. Belén, ancienne mère porteuse qui cherche aujourd’hui à retrouver son fils, s’est exprimée avant elle. Verónica Toller, journaliste et directrice de l’Observatoire de la vulnérabilité et du développement humain, également en charge du comité exécutif argentin de lutte contre la traite, est intervenue au même panel.
Voir une femme ayant porté un enfant pour autrui et une femme née d’un tel contrat témoigner dans la même salle constitue, selon les organisateurs, une première. Des partisans de la GPA, dont certains personnellement engagés dans une démarche, assistaient à la séance ; les échanges se sont déroulés sans incident. Une jeune femme dans l’impossibilité de mener une grossesse à terme, et qui avait déjà entamé des démarches pour recourir à une mère porteuse, est repartie ébranlée.
Palais San Martín, Législature, Congrès
Le 11 août, Olivia Maurel a été reçue au ministère argentin des Affaires étrangères, au Palais San Martín, par le secrétaire d’État au culte et vice-ministre ainsi que par la directrice des droits de l’homme. La discussion a porté sur la déclaration conjointe d’États appelant à un moratoire international sur la gestation pour autrui, présentée le 22 juin dernier à Genève en marge de la 62e session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. L’événement avait été organisé par l’Italie, le Chili, le Cameroun et le Saint-Siège ; l’Argentine figure parmi les premiers signataires. Le texte n’est pas contraignant, mais il inscrit pour la première fois la GPA à l’ordre du jour international des droits de l’homme comme pratique transnationale, et non comme simple contrat privé.
Elle a ensuite donné une conférence publique à l’Assemblée législative de la ville de Buenos Aires, puis s’est exprimée devant des députés au Congrès de la Nation, à l’invitation de Nicolás Mayoraz, président de la commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre. Les échanges ont été conduits avec le juriste chilien Bernardo García Larraín et Débora Ranieri, présidente de l’association PRODECI.
Procureurs fédéraux et traite reproductive
La journée du 12 août a été consacrée à des rencontres avec des juges de plusieurs juridictions, des responsables de la lutte contre la traite des êtres humains et des procureurs fédéraux spécialisés dans les affaires de traite reproductive. C’est peut-être le volet le plus significatif de la visite : il déplace le sujet du terrain moral vers celui, autrement plus opérationnel, de la criminalité transnationale organisée.
Cette approche s’appuie sur le rapport remis en 2025 par Reem Alsalem, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence à l’égard des femmes et des filles, qui conclut que la gestation pour autrui relève de l’exploitation et de la violence faites aux femmes et aux enfants, et invite les États à travailler à son abolition par un instrument international juridiquement contraignant. Le Parlement européen a de son côté voté une directive faisant de l’exploitation de la GPA une forme de traite des êtres humains. L’Italie a fait du recours à la pratique un délit universel, y compris à l’étranger ; la Slovaquie l’a interdite par voie constitutionnelle en septembre 2025 ; le Chili examine un projet de loi d’interdiction.
Ce que demande la Déclaration de Casablanca
Le texte, dont Olivia Maurel est la porte-parole, formule 6 recommandations aux États : interdire la GPA sur leur territoire, refuser toute validité juridique aux contrats par lesquels une femme s’engage à porter puis à remettre un enfant, sanctionner les intermédiaires, poursuivre ceux qui y recourent sur le territoire national, poursuivre également leurs ressortissants qui y recourent à l’étranger, et travailler à un instrument juridique instaurant une interdiction mondiale.
En France, la GPA est prohibée mais la question du recours à l’étranger et de la transcription des filiations reste ouverte, à quelques mois d’une nouvelle révision des lois de bioéthique.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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