Plus de 6 millions d’euros ponctionnés dans les caisses de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), qui gère le compte personnel de formation. Un homme de 37 ans a été mis en examen le 17 septembre à Rennes pour escroquerie en bande organisée, blanchiment aggravé et association de malfaiteurs, puis remis en liberté sous contrôle judiciaire.
De Nantes à la Slovaquie
L’homme, lié à la région nantaise, est soupçonné d’avoir orchestré une vaste fraude au CPF entre décembre 2021 et septembre 2026. Ses centres de formation, visés par l’enquête, opéraient à Nantes, à Lunel-Viel dans l’Hérault, mais aussi en Pologne et en Slovaquie.
L’affaire s’ajoute à une longue liste. Depuis la monétisation du CPF en 2019, qui permet aux actifs de disposer de droits à la formation crédités en euros et utilisables via l’application Mon Compte Formation, le dispositif a attiré organismes fantômes, formations sans contenu et démarcheurs.
SMS, appels et plateformes offshore
Rares sont les détenteurs d’un téléphone qui n’ont jamais reçu d’appel ou de SMS les incitant à « utiliser leur CPF ». Ce démarchage massif a été opéré en grande partie depuis des plateformes téléphoniques installées principalement en Afrique du Nord et à Madagascar, spécialisées dans le détournement des crédits de formation.
La Cour des comptes alerte depuis longtemps. Dès 2007, elle dénonçait l’absence de contrôle sérieux des organismes de formation ; en 2012, elle écrivait au ministre du Travail sur l’opacité de l’utilisation des fonds. Plus récemment, elle a pointé les dérives nées du marché de plusieurs milliards d’euros par an ouvert par la réforme de 2019.
567 millions d’euros de soupçons en 2023
Les signalements reçus par Tracfin donnent la mesure du phénomène : 567 millions d’euros de soupçons de fraude au CPF en 2023. Après une baisse en 2024, liée au durcissement du cadre juridique, les montants repartent à la hausse : 221 millions d’euros en 2025 et déjà 88 millions d’euros à la fin du printemps 2026, selon une note interne de Bercy révélée par Le Figaro. Sur la seule base de ces signalements, plus de 10 % des sommes versées au titre du CPF pourraient être liées à la fraude.
Cette note signale une nouvelle tendance depuis début 2026 : la multiplication de sociétés frauduleuses vendant des formations en informatique, en bureautique et en intelligence artificielle.
Un déficit de 6,1 milliards d’euros en 2020
La facture ne se limite pas à la fraude. France compétences, qui finance l’apprentissage et le CPF, affiche depuis 2019 un déficit structurel, monté à 6,1 milliards d’euros en 2020 avant de se réduire progressivement. Les entreprises financent le système via la contribution à la formation professionnelle, prélevée chaque mois sur la masse salariale : près de 12 milliards d’euros en 2026.
Reste à charge à 350 euros en 2027
L’État a déjà serré la vis à plusieurs reprises : loi contre la fraude et le démarchage en 2022, déréférencement d’organismes douteux, participation forfaitaire de 100 euros en 2024 portée à 150 euros par décret en avril 2025, plafonnement du permis de conduire à 900 euros et du bilan de compétences à 1 600 euros.
Le projet de budget 2027 prévoit une nouvelle réforme : reste à charge porté de 150 à 350 euros, ciblage des formations éligibles, contrôles renforcés et priorité aux secteurs en tension, dont l’intelligence artificielle. Objectif : 300 à 350 millions d’euros d’économies, sur les 2,5 milliards demandés au ministère du Travail.
Chez les organismes de formation, la priorité donnée à l’IA inquiète. Arnaud Portanelli, cofondateur de la plateforme de langues Lingueo, redoute un appel d’air pour les fraudeurs, comme hier avec le permis moto : « En misant sur l’IA, l’État crée une nouvelle poche légale. » La réforme sera débattue au Parlement cet automne, lors de l’examen du budget.
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