Après New York, l’Égypte des pharaons ou encore la Louisiane, les éditions Communiquance poursuivent leur collection Voyages avec « La Turquie », signé Jean-Luc Michel. Fidèle à la formule maison — des livres numériques interactifs à la maquette de beau livre, optimisés pour iPad et ordinateurs Apple, vendus quelques euros —, l’ouvrage propose en 19 chapitres et des centaines de photos originales légendées une plongée dans ce « lieu de confluence et de métissage » entre Orient et Occident, doublée d’analyses historiques fouillées qui en font bien davantage qu’un guide touristique.
De la Lycie à la maison de la Vierge : l’Anatolie d’avant les Turcs
Le parti pris du livre : alterner les époques pour restituer l’incroyable enchevêtrement des civilisations qui se sont succédé en Anatolie — Hittites, Lyciens, Grecs, Romains, Byzantins, Ottomans. Le lecteur chemine ainsi de la nécropole rupestre et du théâtre de Myra aux ruines d’Éphèse, avec sa bibliothèque de Celsus, ses maisons patriciennes et le souvenir du passage de saint Paul, en passant par la ville engloutie de Kekova, Laodicée — où une découverte majeure a été faite en 2024 —, Pamukkale et Hiérapolis. L’héritage chrétien, souvent minoré dans les guides classiques, occupe ici une place de choix : plus d’un millénaire de chrétienté anatolienne est raconté à travers les églises troglodytes de la vallée de Göreme en Cappadoce, l’église Saint-Nicolas de Demré — le vrai « père Noël » —, ou la maison de la Vierge Marie près d’Éphèse, dont l’ouvrage retrace les controverses, des visions d’Anna Katharina Emmerick à la méditation de Benoît XVI. Suivent naturellement Constantinople devenue Istanbul, Sainte-Sophie et la Mosquée bleue, le palais de Topkapi, le grand bazar et la cérémonie du Semâ des derviches tourneurs, porte d’entrée vers le soufisme.
D’Atatürk à Erdoğan : « une acculturation à l’envers ? »
Mais c’est par son copieux chapitre introductif que le livre se distingue : une histoire complète de la Turquie, qui n’élude ni le génocide des Arméniens, ni la question du « roman national » turc et de ses manuels scolaires, et va jusqu’à convoquer la génomique pour éclairer le peuplement anatolien. L’auteur y retrace la révolution kémaliste — alphabet latin imposé en 1928, abolition de la polygamie, droit de vote des femmes dès 1935, soit 10 ans avant la France — puis l’ère Erdoğan, ouverte en 2003, et le retour du religieux qui semble battre en brèche la modernité triomphante d’Atatürk. Jean-François Colosimo, cité dans l’ouvrage, qualifie les 2 hommes de « frères jumeaux dans l’exercice de l’autocratie » — mais visent-ils la même finalité, l’ouverture ou le repli ? Le livre pose la question d’une possible « acculturation à l’envers » et interroge l’avenir d’un pays déroutant, candidat à l’Union européenne dès 1987, membre de l’OTAN depuis 1952, et travaillé par la nostalgie de la puissance ottomane.
Le tout est complété d’informations pratiques sans langue de bois — des tapis et bijoux à négocier (comptez -30 à -60 % par rapport à la France, pas davantage) aux 2 séjours d’une semaine conseillés pour embrasser le pays, qui a accueilli 62 millions de visiteurs en 2024, dont environ 1 million de Français. Un livre-voyage érudit et superbement illustré, pour préparer un départ ou voyager depuis son fauteuil. « La Turquie », de Jean-Luc Michel, éditions Communiquance, disponible sur Apple Books.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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