Ils sont 11 associations et collectifs, rejoints par des élus des communes et intercommunalités du Morbihan, à s’être donné rendez-vous ce lundi 28 septembre à Plouharnel. Objectif : déposer leurs dernières contributions et un communiqué commun au registre de l’enquête publique sur le raccordement électrique des parcs éoliens Bretagne Sud 1 (AO5) et Bretagne Sud 2 (AO10), le jour même de sa clôture. L’enquête s’est ouverte le 17 août 2026 et se termine ce 28 septembre à 17 h 30.
Parmi les signataires figurent la Fédération Environnement Durable, la Fédération de la Protection de la Baie de Quiberon, des Îles et du Grand Site Dunaire, Gardiens du Large, Génie du Lieu, Gens de Bretagne, Gerveur da viken, PIEBÎEM, RETM et Amis de Saint-Gildas et du Rhuys, Sites & Monuments et l’Union Belliloise.
Une enquête sur les câbles, pas sur les éoliennes
Le premier grief porte sur la procédure elle-même. L’enquête ne concerne que le raccordement assuré par RTE : poste en mer, câbles sous-marins, atterrage à Erdeven, liaison terrestre et poste de Pluvigner. Les parcs éoliens proprement dits, soit 40 machines pouvant atteindre 380 mètres de hauteur selon les associations, n’ont fait l’objet d’aucune enquête comparable sur leur principe même. Les signataires parlent de « paradoxe » et de « scandale démocratique ».
Ils rappellent que le débat public de 2020, organisé en pleine période de Covid, avait déjà consulté la population sur l’emplacement des parcs avant que le projet soit arrêté : la hauteur des éoliennes annoncée à l’époque était inférieure de 100 mètres à celle d’aujourd’hui.
Autre lacune pointée : le dossier ne démontrerait pas l’utilité publique du projet, notamment son bénéfice supposé en matière de réduction des émissions de CO2 en France. Les associations affirment que l’Autorité environnementale relève elle-même ce manque.
Mégalithes, dunes et zones de pêche
Sur le fond, le raccordement concentre à lui seul une série d’atteintes jugées « révoltantes » par les opposants. Le tracé traverse un espace mégalithique inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2025, touche le Grand Site Dunaire, des zones Natura 2000 et des zones humides, et nécessite des dérogations aux protections des espèces protégées.
En mer, des dizaines de km² supplémentaires seront réglementés, s’ajoutant aux 130 km² occupés par les éoliennes, où la pêche deviendra impossible. Le tout pour une facture de 1,6 milliard d’euros pour le seul raccordement, financée via la part fixe des factures d’électricité. Le projet vise à relier un premier parc de 250 MW prévu pour 2032 et un second de 500 MW attendu entre 2033 et 2034, à partir d’un poste en mer situé à 29 km de Groix et 23 km de Belle-Île.
4 112 contributions en ligne
Au 27 septembre à 11 h 56, le registre numérique comptait 4 112 contributions électroniques, un volume élevé pour ce type de consultation, d’autant qu’elle s’est déroulée en partie en plein été. Selon le décompte des associations, 85 à 90 % des avis sont défavorables au projet, avec une opposition particulièrement ancrée dans les communes directement concernées. Les registres papier déposés en mairie ne sont pas publics et seront intégrés à l’analyse finale de la commission d’enquête, présidée par Michelle Tanguy.
Côté institutions, une vingtaine de conseils municipaux ou communautaires, ainsi que le syndicat mixte des Dunes Sauvages de Gâvres à Quiberon, ont rendu un avis négatif, confirmant celui déjà exprimé lors de la consultation préliminaire de novembre 2025.
Le précédent corse
Les signataires invoquent l’exemple du cap Corse, où une commission d’enquête a émis un avis défavorable sur un projet de parc éolien flottant italien. Il s’agit du projet ATIS, porté par une filiale d’Eni Plenitude en mer Ligure, dans les eaux italiennes, à 27 kilomètres du cap Corse. Les associations espèrent que la commission morbihannaise aura « la clairvoyance et le courage de faire de même ».
Elles estiment qu’en dépit de probables injonctions gouvernementales à accélérer les dossiers d’éolien en mer, le préfet pourra difficilement ignorer l’opposition exprimée par les habitants et les élus du Morbihan et du Finistère sud, qui devrait selon elles conduire à un refus des autorisations demandées par RTE. La commission d’enquête doit désormais rendre son rapport et ses conclusions motivées.
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