J’ai connu Johannesburg en 1985. Je me rendais alors en Afrique australe pour un reportage auprès de l’armée sud-africaine, sur la frontière de l’Angola, et j’avais passé quelques jours dans la ville. J’avais loué une voiture, roulé au hasard, exploré Johannesburg et Pretoria. Je garde le souvenir d’une métropole ordonnée, propre, efficace, où les infrastructures fonctionnaient avec une régularité presque européenne.
Quarante ans plus tard, le Financial Times décrit une autre ville. Des usines doivent faire venir leur eau par camions. Les poubelles s’amoncellent, les véhicules municipaux restent parfois immobilisés faute de carburant, la compagnie d’électricité menace de couper le courant pour factures impayées. Johannesburg perdrait chaque année 12 milliards de rands en dépenses irrégulières ou non autorisées. Certaines entreprises finissent par transférer leurs activités vers le Cap, malgré le coût considérable d’un tel déménagement.
L’article explique fort bien les mécanismes de la catastrophe : dix maires en dix ans, coalitions instables, corruption, sous-investissement, effondrement des compétences techniques, municipalités principalement dirigées par l’ANC. Les entreprises en viennent à réparer elles-mêmes les routes, entretenir les postes électriques ou financer leurs propres installations d’eau. Elles paient leurs impôts, puis paient une seconde fois pour obtenir les services que l’impôt devait financer.
Tout cela est juste. Il manque pourtant la question qui devrait précéder toutes les autres : que s’est-il passé entre la ville que j’ai connue en 1985 et celle que décrit le Financial Times en 2026 ?
L’Afrique du Sud de 1985 vivait sous un ordre politique qui allait disparaître moins de dix ans plus tard. Ce bouleversement ne fut pas seulement électoral ou constitutionnel : il transforma l’État, ses administrations, ses modes de recrutement, ses équilibres politiques et la transmission de ses compétences. Or, lorsqu’on constate qu’en une génération une grande métropole a perdu une partie de sa capacité à fournir l’eau, l’électricité, la sécurité ou simplement à entretenir ses rues, il serait naturel d’examiner aussi les causes de cette transformation historique. Curieusement, c’est toujours au moment d’aborder cette question que les analyses deviennent beaucoup plus pudiques.
Le Financial Times s’en approche. Il parle de corruption, de gouvernements ANC, de disparition des compétences techniques, d’instabilité politique. Puis il s’arrête. Comme tant d’autres journaux occidentaux lorsqu’ils racontent les centrales électriques en panne, l’explosion de la criminalité ou la déliquescence des services publics sud-africains, il décrit admirablement les symptômes et devient soudain circonspect lorsqu’il faudrait remonter à la source de la maladie.
C’est peut-être cela, le plus intéressant dans certains articles : non ce qu’ils disent, mais le point précis où ils cessent de poser des questions.
Je n’irai pas plus loin non plus. Il existe manifestement des sujets sur lesquels la prudence commande encore de savoir se taire..
Trystan Mordrel
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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6 réponses à “Johannesburg, la question que personne ne pose”
Un problème de vinaigre ?
Tout est dit dans l’article pas besoin de chercher plus loin c’est bientôt notre tour
Excellent article. C’est justement lorsque l’on ne va pas jusqu’au bout du raisonnement en disant et écrivant les causes de tous ces désordres que l’on va solutionner tous ces problèmes vitaux pour l’Afrique du sud. Et malheureusement c’est en train d’arriver chez nous .
Revenir au réel est toujours cinglant face aux soi-disant idées reçues ou aux idéologies. Nul doute que l’ANC est totalement responsable de la décadence que connait l’Afrique su Sud (sauf pour le Rugby), c’était prévu, tous ceux qui avaient vécu en Afrique l’avaient prédit. Les Sud Africains blancs furent témoins de ce qui se passa en Rhodésie, devenu le Zimbabwe, avec son dictateur marxiste Mugabe, le massacre des fermiers blancs, la chasse au blancs, obligés de fuir pour souvent l’Australie, le NZ afin de ne plus connaitre ce racisme aux conséquences terriblement économiques, car lorsqu’on chasse ceux qui produisent, ont la connaissance et le savoir, sans leur permettre la transmission pour faciliter la refonte du pays dans une sorte de « vivre ensemble », en corrigeant les erreurs passées, on ne peut s’attendre qu’au pire. Si vous voulez vous divertir en en apprenant sur l’Afrique du Sud, lisez ou relisez les polards de Deon Meyer….instructif et vous invitant à en savoir plus !
L’ Afrique du sud est le seul pays à avoir démantelé sa bombe atomique à la fin de l’apartheid ,développement séparé des bantous ,des indiens, des métis et des blancs dirigeant démocratiquement l’Afrique du Sud dirigé à présents par des despotes noirs ruinant l’Afrique du Sud, devenue une République bananière despotique corrompu faisant regretter l’apartheid même aux bantous. j’ai vécu en Afrique du Sud 3 mois en 1973 avant que ce pays soit devenu un enfer pour tous avec un record de crimes journaliers.
L’apartheid (« développement séparé ») tant décrié n’a jamais été mis en œuvre. Il aurait dû aboutir à un Etat ethnique blanc Afrikaner. Au lieu de ça, on organisa une société pluriethnique où chaque couleur correspondait à une caste. Ce genre de société ne dure jamais très longtemps, comme nous allons bientôt l’apprendre à nos dépens.