Krzysztof Bosak est vice-président de la Chambre des députés de Pologne et coprésident du parti nationaliste polonais Confédération de la liberté et de l’indépendance, crédité de plus de 14 % dans les sondages d’opinion, ainsi que président du Mouvement national (Ruch Narodowy) qui est l’une des deux composantes de cette formation politique aux côtés de Nouvel Espoir (Nowa Nadzieja). Lionel Baland l’a rencontré et interrogé, pour Breizh-info, lors du 35e Forum économique, à Karpacz.
Krzysztof Bosak : Je tiens d’emblée à préciser que le Mouvement national est présent en force lors du Forum économique. Nous sommes venus à 40 personnes et constituons la plus grande représentation de tous les temps de notre mouvement au cours de cet événement.
Breizh-info : Le parti Droit et justice (PiS), dirigé par Jarosław Kaczyński, semble vouloir déplacer sa ligne politique dans la direction de celle de la Confédération de la liberté et de l’indépendance. Comment réagissez-vous ?
Krzysztof Bosak : Je ne pense pas que le dirigeant de Droit et justice, Jarosław Kaczyński, ait pris une telle décision. Bien sûr, des représentants politiques de cette formation insistent sur certains arguments ou principes qui sont importants au sein des objectifs politiques de la Confédération de la liberté et de l’indépendance. Cela relève avant tout du marketing politique et constitue de la pure propagande, mais certainement pas un changement d’agenda politique de ce parti. Droit et justice reste ce qu’il a toujours été : une formation plutôt centriste, un parti de droite démocrate-chrétienne à l’ancienne et un peu populiste. Une grande différence entre eux et nous existe toujours.
Breizh-info : Mateusz Morawiecki, Premier ministre de 2017 à 2023, n’est plus membre de Droit et justice. Comment expliquez-vous cette rupture à l’intérieur de cette formation politique ?
Krzysztof Bosak : Je n’estime pas qu’une différence idéologique existe entre ceux qui ont fait sécession avec Mateusz Morawiecki et ceux qui sont restés avec Jarosław Kaczyński. Le conflit est clairement une dispute entre dirigeants. Il s’agit d’une question d’ambition, de désir d’être le prochain Premier ministre, de diriger le parti et, peut-être aussi, dans une certaine mesure, d’une divergence portant sur la manière de faire de la politique. Jarosław Kaczyński est quelque peu anachronique et autoritaire dans ses rapports avec les structures et les cadres du parti. Mateusz Morawiecki tente d’être plus moderne et de donner une meilleure image publique, mais l’analyse de ses idées et de son agenda politique le fait apparaître plus centriste que Jarosław Kaczyński. Son projet n’est pas intéressant pour les électeurs de droite.
Breizh-info : Mateusz Morawiecki peut-il aller au pouvoir avec la Coalition civique (KO) [le parti centriste europhile qui constitue le principal élément du gouvernement actuel] ?
Krzysztof Bosak : Des rumeurs affirment que Mateusz Morawiecki est en contact avec la Coalition civique et que lui ou son parti seront inclus dans la prochaine coalition gouvernementale. Mais, selon moi, pour le moment, la situation est complètement floue. Il ne l’admettra cependant absolument pas car il désire capter les électeurs de Droit et justice qui détestent Donald Tusk et la plate-forme gouvernementale en place. Je pense que cela pourrait advenir. Le cas n’est pas si rare en politique, de dirigeants qui ne connaissent pas eux-mêmes quel sera leur avenir. Des opinions affirment que sa volonté n’a pas été de faire sécession et de construire un nouveau parti politique, mais seulement de négocier sa place au sein du parti Droit et justice. La scission s’est produite par hasard, de façon surprenante. La dynamique du conflit l’a surpris et il a réalisé la rupture sous la pression de personnes qui le soutiennent et qui sont fatiguées de la tyrannie qu’exerce au sein de Droit et justice Jarosław Kaczyński et qui sont, de plus, peut-être aussi effrayées par l’absence de perspectives d’être élues une nouvelle fois au Parlement.
Nous devons analyser le contexte au sein de Droit et justice afin d’en apprendre beaucoup sur la situation qui règne au sein du centre droit, en nous concentrant sur les actes et propos des députés et des dirigeants, plutôt que sur les idées, car nous faisons face à un cercle de politiciens agissant de manière pragmatique.
Breizh-info : En matière migratoire, la situation est-elle pire qu’à l’époque du gouvernement Droit et justice de Mateusz Morawiecki ou est-elle la même ?
Krzysztof Bosak : Elle est un peu différente, pas meilleure et pas pire ! La politique migratoire connaît de nombreux soubresauts. Des changements ont lieu dans notre système législatif. Le marché de la main-d’œuvre reste ouvert et les frontières sont toujours fermées pour l’immigration illégale. La ligne officielle est un peu plus progressiste. Mais, dans les faits, les choses sont identiques car nous avons la même administration et les mêmes gardes-frontières. Des amendements législatifs ont été apportés au système universitaire, afin de combattre la présence de faux étudiants, de migrants qui utilisent des visas estudiantins afin de venir en Europe. De petits problèmes sont résolus, mais l’image globale reste la même. Donc, le marché du travail demeure ouvert à l’immigration de masse non-européenne et l’état des choses est très mauvais.
Breizh-info : Quelle est la position de votre parti par rapport à la présence en Pologne de réfugiés ukrainiens ?
Krzysztof Bosak : Nous considérons que tous les privilèges sociaux spéciaux pour les réfugiés et immigrants ukrainiens doivent être abolis. Ces personnes sont avantagées dans notre système de sécurité sociale ou de retraite. Notre point de vue est devenu quasi conforme aux idées dominantes. Presque tous les partis politiques affirment ce que nous avons commencé à dire quelques années auparavant. Même le président de la République Karol Nawrocki a déclaré signer, pour la dernière fois, l’extension de certains privilèges pour l’année prochaine. Donc, nous avons rencontré le succès dans le développement de notre position politique. Mais, nous avons besoin de changements significatifs afin de mettre fin à cette politique injuste qui place les personnes disposant d’un passeport ukrainien au-dessus des citoyens polonais. Après un mois de travail légal en Pologne, le droit au système de santé ou de retraite polonais leur est octroyé et l’argent est ensuite envoyé en Ukraine. Cela ne devrait pas être ainsi.
Breizh-info : Le président de la République Karol Nawrocki est-il proche des idées de la Confédération de la liberté et de l’indépendance ?
Krzysztof Bosak : Actuellement, ses actions se situent entre la ligne de Droit et justice et celle de la Confédération de la liberté et de l’indépendance. Il est honnête en ce domaine et a une vision patriotique et conservatrice claire. Il tente de trouver un équilibre entre différents groupes d’électeurs, ainsi qu’entre les positions parfois contradictoires de Droit et justice, de la Confédération de la liberté et de l’indépendance et d’autres composantes du champ politique. Ce n’est pas facile, car la scène politique est traversée par de profonds conflits.
Breizh-info : Désirez-vous ajouter un élément ?
Krzysztof Bosak : J’aimerais souhaiter le meilleur à tous nos lecteurs francophones, quel que soit le pays dans lequel ils vivent. Nous entretenons maintenant une bonne coopération avec le Rassemblement national au sein du Parlement européen et j’ai eu une réunion fructueuse avec le président de ce parti Jordan Bardella. J’espère que la conjoncture en France évoluera dans la bonne direction et que les forces patriotiques auront la possibilité de résoudre les problèmes économiques et sociaux. Nous espérons que nous aurons de bons exemples à suivre après les élections présidentielles et législatives françaises.
Propos recueillis par Lionel Baland
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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