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Le Rouge et le Noir version France Télévisions était l’un des rendez-vous de la rentrée du groupe public : 4 épisodes, une coproduction franco-belge tournée entre l’Île-de-France, les Hauts-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes, 600 costumes, un passage par Canneseries en avril, une bande-annonce matraquée tout l’été. Le lancement du 31 août a rassemblé environ 2,5 millions de téléspectateurs, une 3e place derrière « L’amour est dans le pré » et « Camping Paradis ». Pour une case événement adossée à l’un des sommets du roman français, c’est peu.
Un roman de 500 pages en 4 épisodes
Le scénario de Georges-Marc Benamou et Gilles Taurand conserve la charpente : Verrières, l’adultère avec Louise de Rênal, le séminaire de Besançon, l’hôtel de La Mole, la grossesse de Mathilde, la lettre qui précipite la chute. Le reste passe à la trappe. Les manœuvres de Julien auprès de Mme de Fervaques pour rendre Mathilde jalouse disparaissent, et avec elles une bonne part de la mécanique de calcul qui fait le personnage. Les strates politiques et religieuses de la Restauration, cœur battant du livre, sont réduites à un décor.
À l’inverse, la série ajoute : Louise de Rênal finit au couvent, épilogue que Stendhal n’a jamais écrit. Et certaines scènes ne sont pas coupées mais retournées. Le vase japonais que Julien brise dans le roman, image de son amour saccagé, c’est ici Mathilde qui le lui casse sur la tête. Le geste change de main, donc de sens. Les dialogues, eux, ont été modernisés jusqu’à ce que Télé-Loisirs y voie « un Gossip Girl en costumes ». La formule est cruelle mais elle circule, et personne à France Télévisions n’a jugé utile de la contester.
Victor Belmondo, un Julien Sorel sans feu
Le problème central tient en un nom. Victor Belmondo, 32 ans, hérite d’un rôle écrit pour un garçon de 18 ans dévoré d’ambition, un plébéien qui hait sa condition et brûle de la quitter. À l’écran, il traverse les épisodes avec une élégance molle et une diction sourde. Les spectateurs qui déposent leurs avis sur Allociné ne s’y trompent pas : le mot qui revient est « fade », suivi de « plat », « inexpressif », « transparent ». Beaucoup s’arrêtent au 2e épisode. La majorité des notes publiées depuis le 21 août oscillent entre 0,5 et 2 sur 5.
La comparaison avec Gérard Philipe, chez Claude Autant-Lara en 1954, revient dans presque toutes les critiques. Elle est injuste, mais elle est inévitable dès lors qu’on annonce une adaptation « fidèle ». Le petit-fils de Jean-Paul Belmondo n’a pas choisi son patronyme ; il a choisi ce rôle-là, qui exige exactement ce qu’il ne donne pas.
Autour de lui, l’attelage est déséquilibré. Virginie Ledoyen, 49 ans, campe une Louise de Rênal que plusieurs spectateurs jugent trop âgée pour le rôle, et surtout privée de toute chair passionnelle : le couple ne dégage rien, ce qui est un obstacle sérieux dans une histoire qui repose entièrement là-dessus. Camille Razat en Mathilde de La Mole a du tempérament mais une articulation qui laisse filer les mots. Patrick Timsit en monsieur de Rênal, Patrick Mille et Romane Bohringer sont les 3 noms que même les avis les plus assassins épargnent. C’est peu pour une distribution de cette ampleur.
Le lac du Bourget pour la Franche-Comté
Le soin apporté à l’image est réel, personne ne le conteste. Gaël Morel, ancien acteur d’André Téchiné, a refusé le spectaculaire clinquant qui plombe la plupart des fictions françaises en costumes, et quelques spectateurs saluent cette sobriété : pénombre, nuances, absence de surlignage. Le procédé exige toutefois des acteurs habités pour ne pas virer à l’atonie.
Reste une décision qui hérisse les lecteurs de Stendhal : Verrières, le bourg franc-comtois où tout commence, est figuré par le château de Chindrieux, en Savoie, au nord du lac du Bourget. Ce n’est pas un détail de repérage. Le milieu provincial de Franche-Comté, sa hiérarchie sociale, sa mesquinerie de notables, c’est la matrice qui fabrique Julien Sorel. Déplacer le décor, c’est effacer ce qui explique le personnage.
La presse divisée, les spectateurs beaucoup moins
Les critiques professionnelles ont couvert tout le spectre. Ouest-France y voit « une adaptation fidèle et très réussie ». Le Figaro s’en tire par une formule tiède : « sans prétention qui n’ennuie pas ». Télérama estime qu’il en « reste peu de choses ». Le Parisien ne s’embarrasse pas : « atmosphère fade, acteurs en roue libre… Un naufrage ! ».
Les avis des téléspectateurs, eux, sont massivement rangés du côté du Parisien. Quelques voix isolées défendent la série — un spectateur n’ayant jamais lu le roman salue la sobriété du dispositif et le jeu de Belmondo, un autre trouve la mini-série honnête en format court. Ils sont l’exception.
Ce que le service public appelle « faire vivre le patrimoine »
Interrogée par l’AFP en juin, Virginie Ledoyen se réjouissait de « faire vivre le patrimoine littéraire » et espérait que la série donne envie de lire ou relire Stendhal. Victor Belmondo, lui, expliquait que le scénario et la réalisation « fluidifient ce qui est ardu chez Stendhal ». On tient là, en une phrase, la ligne éditoriale du projet : le roman est un obstacle, la série est une passerelle. Sauf que la complexité psychologique de Julien Sorel n’est pas un défaut d’ergonomie à corriger, c’est le sujet du livre. Une fois fluidifiée, il ne reste qu’une intrigue d’ascension sociale et d’adultère, filmée proprement.
C’est le même duo Benamou-Taurand qui avait signé en 2024 l’adaptation dystopique de La Peste pour France 2, et Georges-Marc Benamou avait participé en 2025 au scénario de La Rebelle, sur la jeunesse de George Sand. Le service public a manifestement trouvé son atelier de mise à niveau des classiques.
Les 2 derniers épisodes sont diffusés lundi 7 septembre à 21h10 sur France 2. L’intégralité est disponible sur france.tv depuis le 21 août. Le film d’Autant-Lara de 1954 existe toujours, et le roman coûte 4,50 euros en édition de poche.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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3 réponses à “« Le Rouge et le Noir » sur France 2 : Stendhal essoré en 4 épisodes”
Je n ai pas encore vu le 3 et 4 mais si on peut énumérer les faiblesses par rapport au roman qui dépassent les nécessités de réduction du genre comme vous l avez fait justement,nous avons passé lundi une bonne soirée par rapport à toutes les m..des des chaînes gratuites.
J’ai tenu jusqu’à la fin du 1er épisode. Merci Patrick Timsit, excellent.
La suite sans moi.
Éternel (faux) débat depuis les années 50. Un film ne vaut pas le livre adapté. Cela étant, si cela peut diffuser la culture commune et encourager les futurs lecteurs, pourquoi pas.