Il y a des séries ratées dont on peut au moins parler avec plaisir, parce qu’un échec franc raconte quelque chose. « GIGN » n’offre même pas ce service. Elle est médiocre, au sens propre du terme : ni bonne, ni mauvaise, exactement au milieu, six épisodes qui glissent sans jamais accrocher. Et c’est ce qui agace, parce que le matériau valait mieux.
Le pitch était solide
Un chef de section sur le point de raccrocher. Un attentat qui frappe le GIGN chez lui. Un adversaire invisible disposant d’une tonne d’explosifs militaires volés, qui frappe de plus en plus près. Et, au milieu, Max, filleul de 25 ans du héros, fraîchement breveté malgré tout ce que celui-ci a tenté pour l’en dissuader, fils d’un frère d’armes tombé en intervention. Au fil de la traque, l’ennemi exhume un passé que David croyait enterré.
Sur le papier, il y a là de quoi tenir une saison entière : la culpabilité d’un survivant, la transmission d’un métier qui tue, le moment où un homme comprend qu’il a formé quelqu’un à mourir comme son père. Le scénario possède ses ressorts. Il ne les actionne jamais.
Ce qui manque : les gens
Le défaut principal tient en une phrase : on ne s’attache à personne.
Le commandant Caron traverse la série sans qu’on sache réellement ce qui le tient debout. Tomer Sisley livre une composition minimale, ce qu’on peut lui pardonner en partie puisqu’il s’est blessé pendant le tournage, mais qui laisse le personnage à l’état d’ébauche. Autour de lui, l’unité existe surtout par ses équipements. Les hommes ont un rôle tactique, pas une intériorité.
Quant aux femmes, elles ont beau être banquières ou militaires, la série les ramène systématiquement à la fonction d’épouse ou de mère. Ce n’est pas seulement daté, c’est paresseux : cela prive le récit d’une moitié de ses conflits possibles.
Il en résulte un objet étrange, tendu en permanence et pourtant sans intensité. La musique s’en aperçoit et tente de boucher les trous, ce qui ne fait qu’aggraver le diagnostic : quand la bande-son doit produire l’émotion que la scène ne produit pas, c’est que la scène ne fonctionne pas.
Ce qui manque, aussi : la crédibilité
Paradoxe cruel, car la série a été conseillée par la vraie unité et le soin apporté au matériel, aux locaux, aux procédures d’intervention frappe dès la première séquence tournée sur la tour de Satory. Visuellement, c’est irréprochable.
C’est du côté des comportements que tout se défait. Les personnages désobéissent, montent des expéditions punitives, emploient des armes non homologuées, mettent sciemment un camarade en danger. Des observateurs issus du milieu militaire l’ont relevé sans détour : un gendarme qui désobéit de cette manière, dans cette unité-là, relève de la pure fiction.
Le procédé n’est pas neuf. Un général ici, une commandante chargée d’enquêter sur le héros là : la série installe des personnages pare-feu, censés rappeler la règle au moment où l’écriture s’en affranchit. Une morale arrive à la fin du sixième épisode, et c’est d’ailleurs la seule surprise du programme. Cela suffit à couvrir la production. Cela ne suffit pas à rendre l’histoire vraisemblable.
La comparaison qui fait mal
Le vrai problème de « GIGN » n’est pas d’exister, c’est d’exister après les autres.
Canal+ a défriché ce terrain pendant quinze ans, et l’a fait avec une exigence que cette série n’approche pas. « Engrenages » tenait par ses personnages abîmés et son épuisement judiciaire. « Braquo » assumait la noirceur jusqu’à la nausée. « Le Bureau des légendes » a montré qu’on pouvait faire de la tension avec des conversations dans des bureaux, s’est vendu dans une centaine de pays et a fini par être classé par le New York Times parmi les meilleures séries étrangères de la décennie, avant qu’Hollywood n’en tire son propre remake.
Netflix lui-même sait produire mieux, ici comme ailleurs. Ce n’est donc pas la plateforme qu’il faut mettre en cause, ni le genre, ni même le budget : cinq mois de tournage entre Paris et Versailles, des séquences d’explosion et de déminage à répétition, la série dispose de moyens que le polar d’action français n’avait jamais eus. Elle en fait un usage strictement décoratif.
Le vrai cahier des charges
Reste à comprendre pourquoi. L’explication tient sans doute moins à l’incompétence qu’à la commande.
Depuis fin 2021, le décret SMAD oblige les plateformes à consacrer au moins 20 % de leur chiffre d’affaires réalisé en France à la création hexagonale. L’action présente à cet égard un double avantage : elle coche la case réglementaire et se localise mal culturellement, donc s’exporte partout. Le sigle GIGN, incompréhensible à Recife ou à Lviv, devient d’ailleurs Elite Force à l’international, et la francité s’évapore à la douane.
Vue sous cet angle, l’alternance de réalisme documentaire et d’invraisemblances scénaristiques n’est pas un accident : c’est la spécification du produit. À moitié authentique pour la caution, à moitié formaté pour le marché mondial.
Le résultat a atteint la première place mondiale sur la plateforme, en tête dans 47 pays, et une deuxième saison est annoncée. Commercialement, la démonstration est faite. Il restera à savoir si la suite décide, cette fois, de raconter quelque chose.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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